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VALENTIN

(HENRI BOURETTE)

Bibliographie. — Poésies de Valeniin, publiées posthumément par les soins de M. M. -F. Laroussilhe et Jules Combarieu (J. Ginna, Cahors, 1885).

Valentin a collaboré au Réformateur du Lot, etc.

Valentin, de son vrai nom Henri Bourette, né le 19 mars 1840 dans le Nord de la France, où son père occupait l'emploi de vérificateur des contributions directes, est pourtant un véritable enfant du Quercj', puisqu'il vint à Cahors tout jeune, et qu'il y passa toute sa jeunesse et les dernières années de sa vie. Il fit ses études dans plusieurs établissements de la ville, entre autres au lycée, où il fut le camarade et l'ami de Gambetta. Partout il se montra peu studieux et élève médiocre. Dès sa dis-huitième année, — et sur les conseils de son père, — il s'engageait dans un régiment et partait pour l'Afrique; mais son caractère doux, son esprit d'indépendance répugnaient à la vie de caserne, si bien qu'il ne fit jamais qu'un soldat bien indiscipliné. Aucune mesure de rigueur ne lui fut épargnée : il connut l'affreux silo, les marches forcées à travers le désert, et toutes sortes d'humiliations qui le laissèrent toujours décoiiragé, brisé. Pour trouver l'oubli de sa misère physique et de sa souffrance morale, il s'adonna dès le début à la boisson, à la „liqueur aux reflets verts" surtout. En 1864, sur le point d'être Hbéré, il se laissa éblouir et ... griser, à Marseille, par un „ marchand d'hommes" qui l'acheta comme remplaçant: il dut repartir pour l'Afrique afin de remplir son engagement. H y resta jusqu'en 1872, et pendant ce nouveau séjour dans im milieu incompatible avec son tempérament, son fâcheux penchant pour l'alcool ne fit que s'aggraver. C'est pendant ses quatorze

années de service qu'il composa la première partie de ses Poésies, où il parle de sa vie à la caserne, de ses marches militaires sous le soleil d'Afrique, de ses misères et de ses souffrances.

Rapatrié en 1872, il resta huit ans à Bordeaux, et essaya vainement de tous les gagne-pain, se faisant tour à tour simple ouvrier au port, terrassier, emballeur de bouteilles, vendangeur, etc. Enfin, il revint à Cahors où des amis le recueillirent et l'entourèrent de leurs soins dévoués. Il publiait toujours des vers et aussi quelques articles en prose, dont la plupart parurent dans le Réformateur du Lot. Il mourut le 4 juin 1884, victime de son vice funeste.

„Valentin, dit M. Jules Combarieu, était né buveur, — et poète ... Ce meurt-de-soif était un artiste; il l'est resté jusqu'au bout, en dépit de la raale chance qui l'a opprimé de toute façon. Il y avait deux êtres en lui: l'un, délabré, vulgaire, asservi; l'autre, délicat, élégant, ailé, frémissant à tout ce qui est beau. D'après les vers qu'il a laissés, nous devons plaindre singulièrement ce passionné de l'absinthe: il la méprisait et en avait horreur. Il a eu beau traîner dans les casernes, les silos et les hôpitaux, il en est sorti avec une sensibilité exquise, célébrant plus que jamais le foyer; la famille, toutes les formes gracieuses et toutes les joies pures de la vie . . . La poésie devenait pour lui un retour à la moralité, une revanche de sa conscience sur sa volonté, une satisfaction donnée à cette jeunesse intérieure du sentiment qui avait survécu à tous les désastres et qui était la source vive d'où coulaient ses vers ..."

Rimes Simples

Aimer est une vieille histoire Dont j'ai gardé douce mémoire Et que j'ai lue à dix-sept ans.

Venez, aux heures de tristesse, O mes souvenirs de jeunesse, Me réjouir quelques instants.

Venez, venez, ombres chéries, Avec vos guirlandes fleuries Et vos couronnes de rayons.

Venez, jeunes filles vermeilles, Avec vos plus blanches corbeilles Toutes pleines d'illusions :

Chansons, fauvettes oubliées, Oh! revenez sous mes feuillées, Revenez, mes oiseaux bénis.

Je retrouverai dans ma joie Assez de duvet et de soie Pour vous créer de nouveaux nids.

{Poésies.)

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