ENVOI
Heureux, qui sur ta couche altière Put te surprendre et t'approcher, Edelweiss, âme de la pierre, Pudeur et grâce du rocher!
MARC AMANIEUX
Bibliographie. — Les Écolières, poèmes (Sandoz et Fischbacher, Paris, 1875); — Les Grandes Liittes^ poèmes (Sandoz et Fischbacher, Paris, 1878); — Claude Fer, drame en cinq actes et en vers, représenté sur la scène du Théâtre des Nations en 1881; — La Révolution, ^ohxnt [Les Grandes Amours, Les Grandes Luttes, Les Grands Drames, Les Grandes Lois] (Paul OUendorfF, Paris, 1889); — Le Drame Terrestre, poèmes (Paul OUendorff, Paris, 189 1); — Formose, poème (Paul OUendorfF, Paris, 1892); — La Chanson Panthéiste (Paul OUendorff, Paris, 1893); — La Divine Magie, poème (Paul OUendorff, Paris, 1908); — Les Morts Tragiques, théâtre en vers (Paul OUendorff, Paris, 1908); — Le Livre de Vérité, poème (Paul OUendorff, Paris, 1909).
En préparation: Léviathan, prose; Les trois Romans de la vie, deux volumes; L'Épopée de la Terre; La Cité des Soleils.
M. Marc Amanieux a collaboré à divers journaux et revues.
M. Marc Amanieux, né en 1851 à Pessac (Gironde) a fait ses études au collège protestant de Sainte-Foy-la-Grande. Il a habité alternativement Paris et la maison materneUe en Périgord.
Après avoir débuté, dès l'âge de vingt-quatre ans, par un petit volume de poèmes: Les Écolières, suivi en 1878 d'un nouveau volume : Les Grandes Luttes, fort bien accueiUis Pun et l'autre, U fit jouer en 1881, au Théâtre des Nations, une pièce à thèse, très discutée par la presse : Claude Fer, qui eut une trentaine de représentations. On trouvera cette pièce dans le récent volume de M. Marc Amanieux : Les Morts Tragiques.
L'œuvre complète de M. Marc Amanieux comprendra les parties suivantes: i" Chants de la Vie (La Douleur,
La Poésie): Le Drame Terrestre, La Chanson Panthéiste i 2" La lutte SOCIALE: La Révolution, Formose, Les Morts Tragiques (théâtre); 3* La LUTTE SCIENTIFIQUE: La Divine Magie; 4° La LUTTE PHILOSOPHIQUE: Le Livre de Vérité i 5" Le passé de l'Humanité, son avenir: L'Épopée de la Terre, La Cité des Soleils; 6" Études cosmogoniques : Léviathan (prose), Les Trois Romans de la Vie (prose).
La plupart de ces volumes ont paru, d'autres sont achevés ; quelques-uns n'existent encore qu'à l'état d'ébauche.
Les vers de M. Marc Amanieux, qui sont d'un poète et d'un penseur, révèlent une capacité et une profondeur de souffrance peu communes. Ils sont néanmoins — et la contradiction n'est ici qu' apparente — empreints de l'optimisme idéaliste le plus ardent.
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Le Pays des Eaux
La Bretagne. La mer. Un rocher riverain; Sur ce rocher, un bourg de cent feux.
Le marin Qui, pour rentrer, le soir, met le cap sur la côte, Découvre au ras des eaux la maison la plus haute, Et c'est elle, longtemps, que seule il aperçoit. On ne voit, en eflfet, brusquement devant soi, Tous les toits réunis éclore ainsi qu'un rêve Que lorsqu'on est entré dans l'arc que fait la grève.
L'endroit est savoureux, hospitalier, clément. Le havre, un peu dormeur, se fâche rarement. Au reflux, des canots sont à sec sur deux lignes. Des goélands crieurs, aussi blancs que des cygnes, Volent partout, glissant sur les flots presque plats. Le dimanche, le port est plein d'esquifs très las Que bercent sans accord les nappes remuées. Les vents, matin et soir, font ces vagues huées Si chères aux rêveurs, amis du bord des mers. C'est le pays des eaux et des parfums amers.
Or Carville, en ce temps déjà sombre, était l'hôte De la grande maison qu'on a vue, et la côte Florissait sous la loi de cet homme de bien. Les pêcheurs, que troublait son air olympien, Le tenaient pour un fils des prophètes bibliques. Il avait les vertus des chefs de républiques. La Terre l'attendait ainsi que le printemps. H portait les cheveux non poudrés et flottants. Et son corps de lutteur, au magnétisme étrange, Semblait un marbre brun taillé par Michel-Ange. Tous les maîtres récents, tous les saints précurseurs, Morts aimés, l'inspiraient comme des âmes sœurs: Montesquieu, Diderot, et Jean-Jacque, et Voltaire, Lui parlaient, dans ses nuits, de l'œuvre humanitaire.
MARC AMANIEUX
Il vivait, adorant les hommes et les champs, Remettant des murs neufs aux logis trop penchants, Dans les huches du pain, à la vergue des toiles. Ayant le cœur sur terre et l'œil dans les étoiles.
Souvent, quand l'ouragan faisait rage, il armait Sa chaloupe robuste, et Maupan, qu'il aimait Parce qu'il était brave autant qu'il était probe, Maupan, marin bronzé par tous les vents du globe, Le suivait et prenait le gouvernail en main. Alors c'était la lutte et l'effort surhumain. Carville, sur l'avant, baigné d'écumes blanches, Présentait un front calme aux chocs des avalanches. L'homme et la folle mer se mesuraient tous deux ; Et lui, sorti vainqueur du chenal hasardeux, Cherchant de ses yeux d'aigle, au loin, quelque naufrage. Battait de tous côtés le champ noir de l'orage; Puis, dans les cris de l'air et la clameur des flots, Il rentrait, ramenant parfois des matelots.
C'est ainsi que, sacrés et forts parmi les autres,
Il surgit des sauveurs et grandit des apôtres ;
Et leur cœur vaste est plein de l'amour des maudits.
[La Révolution.)
Ame féline
Je suis la femme belle et vaine ; Je suis la chair dans sa verdeur ; Je me pare de l'impudeur Comme une sainte de verveine.
Mes sein bruns, carminés au bout.
Ont un fîlet bleu qui les coupe ; L'alkermès empourpre ma coupe ; L'amour rougit mon sang qui bout.
Que Vesta, dont l'autel flamboie, Se consacre au dieu qu'elle craint; Elle est la fille de chagrin.
Moi, je suis la fille de joie.
Mon pure était démon au ciel Et ma mère, ligresse aux jungles, C'est pourquoi mes doigts ont des ongles, Et ma grâce cache du fiel.
Que me fait mon être de fange Quand ma robe a l'éclat du jour?
Es-tu nabab ? J'ai de l'amour.
Me méprises-tu? Je me venge.
Mais, damnation! Je vieillis Malgré les philtres et les charmes, Et, si vous n'essuyez mes larmes, Tremblez, chrétiens que j'accueillis!
Si tu dis un seul mot qui raille.
Serais-tu le czar ou l'émir, Ne t'endors jamais sans frémir.
Car ma lame est dans ta muraille.
Je ne veux pas, vous le savez.
Mendier le pain de ma bouche; Ayant eu des roses pour couche. Je ne veux pas de ces pavés.
Or, hier, mon lit fut une borne.
Et des rôdeurs, aux goûts mesquins, M'ont dérobé les faux sequins Que je plaquais sur mon front morne.
Mais un mal, dont on tait le nom.
Me dépouillant bien mieux encore.
Prend la beauté qui me décore.
Et les passants me disent non.
Aussi, vous qui m'avez chassée Comme une chienne sans foyer.
Anciens amants, pour vous broyer.
Je lève ma main courroucée.
Après l'amour, dernier poison.
C'est la haine que je veux boire; Et de ma torche épuratoire J'incendierai votre maison.
MARC AMANIEUX
Puis, s'il croit enlm que mon âme, Quoique en métal, brûle aisément, Que Dieu emporte mon tourment Et qu'il fasse essayer sa flamme.
[Le Drame Terrestre.)
L'Homme ressuscité
C'est le troisième jour de la mort.
Les amis Du Christ ont embaumé son cadavre et l'ont mis En un sépulcre neuf, creusé dans une roche.
Madeleine survient. Pieuse, elle s'approche Et va prier devant la porte du tombeau.
Le matin règne encor ; le soleil frais est beau, Avec son disque net, au fond des vapeurs roses. Le jardin juif est plein d'anémones écloses. La saison vêt le sol de joie et de grand jour; Mais Madeleine, en deuil, pleure son dieu d'amour Son âme avec Jésus, hélas ! s'en est allée.
Oh! qu'il eût été doux d'aimer en Galilée! Elle songe au soleil bien plus beau de là-bas. Que les ramiers ont donc de suaves combats ! Nulle eau de lac ne vaut l'eau de Tibériade. Des lis, des lis partout croissent par myriade. Les champs sont clos de myrte et de vert câprier. Dans son pays, on peut vivre, aimer et prier Bien mieux qu'en cette terre à demi dénudée. Oh! pourquoi son Seigneur vmt-il donc en Judée? Pourquoi l'a-t-on battu de joncs et fait mourir ? Elle veut le pleurer toujours et le chérir. Et son amour charnel, chaste, multiple, étrange. Tantôt change ses yeux en fleuve et tantôt change Son cœur en un palais d'espoir et de fierté;
„Femnie, tu me verras mort et ressuscité;
Tu me verras vivant dans la mort, Madeleine."
Christ l'a dit. Elle épie et retient son haleine,
Car il a fixé l'heure, et le jour, et le lieu,
Et l'heure va se lire aux ombres avant peu,
Et c'est bien au tombeau qu'il a dit de l'attendre.
Elle joint les deux mains et dresse son front tendre, Et sa beauté reluit dans le soleil levant.
Tout à coup, elle sent remuer l'air, sans vent. Une puissance agit sur sa chair de mortelle. Elle pousse un grand cri . . .
Jésus est devant elle.
H brille dans ce corps pur et mystérieux Qui ressemble au premier, qu'on nomme glorieux. Et que trouve en sa mort l'homme qui va renaître.
— Rabboni!
Rabboni, c'est-à-dire mon Maître, C'est le seul mot que dit Madeleine à genoux.
Le Spectre la regarde, ineffablement doux.
Elle sanglote et tend vers lui sa main tremblante.
La voix du Christ est vague, et sa parole est lente.
— Va, fait-il et raconte à tous que tu m'as vu.
Soudain, dans un transport de tendresse imprévu, Où brûle un peu d'amour peut-être, il dit:
— Marie!
Puis, sublime, il repart pour les airs, sa patrie.
{^La Chanson Panthéiste.^
HIPPOLYTE BUFFENOIR
Bibliographie. — Les Premiers Baisers, poésies (Librairie des Bibliophiles, Paris, 1876); — Les Beaux Jours d'un poète, étude parisienne, plaquette (Ghio, Paris, 1880); — Les Allures viriles, poésie et prose (Uentu, Paris, 1882); — Robespierre, aperçus sur la Révolution, vers et prose (Dentu, Paris, 1882); — La Vie Ardente, poésies (A. Lemerre, Paris, 1883); — Les Drames de la place de Grève, roman d'un ambitieux (Dentu, Paris, 1887); — Cris d' Amour et d' Orgueil^ poésies (A. Lemerre, Paris, 1887); — Jean-Jacques Rousseau et les femmes, étude, plaquette (A. Lemerre, Paris) ; — Le Députe' Ronquerolle, roman contemporain (A. Lemerre, Paris, 1889); — Pour la Gloire, poésies (A. Lemerre, Paris, 1892); — Le Roman de sœur Marie, histoire vraie (Collection Guyot, Paris) ; — Jean-Jacqties Rousseau et ses Visiteurs, 2 plaquettes (Hennuyer, Paris, 1895); — ^^ Charmettes et Jean-Jacques Rousseau (Cornuau, Paris) ; — La Comtesse d' Houdetot, une Amie de Jean-Jacques Rousseau (Calmann-Lévy, Paris, 1901); — Jean-Jacques Rousseau et L/enriette [Henri Leclerc, Paris, 1902); — La Comtesse d' Houdetot, sa famille, ses amis (Henri Leclerc, Paris, 1905); — Les Salons de Paris, Grandes Dames Contemporaines, notices et portraits ; — Z<r prestige de Jean-Jacques Rousseau (Emile Paul, Paris, 1909). — M. Hippolyie Buffenoir a publié, en outre, un grand nombre de brochures, études, discours, lettres et articles sur les questions du temps (littérature, politique, histoire, art, etc.).
M. Hippolyte Buffenoir a collaboré à de nombreux quotidiens et périodiques.
M. Hippolyte Buffenoir (Hippolyte-François-Philibert) est Bourguignon. H est né en 1847 à Vougeot (Côte-d'Or), le pays ensoleillé des vins fameux et des coteaux célèbres. Très jeune, il se fit un nom dans les lettres. D débuta par la
poésie pour s'adonner ensuite à l'histoire. Lorsqu'il eut achevé ses études classiques, il embrassa d'abord la carrière de l'enseignement, puis vint habiter Paris en 1875. Depuis, il n'a plus quitté la grande cité.
Dans ces dernières années, M. Buffenoir s'est consacré d'une façon spéciale à l'étude de l'influence et du prestige de son maître Jean-Jacques Rousseau. Les livres qu'il a publiés sur la comtesse d'Houdetot, la grande amie du philosophe, sont d'un intérêt captivant. L'auteur ^Émile n'a jamais eu de disciple plus fervent, plus passionné, et, en même temps, mieux documenté et plus érudit. Ajoutons que M. Buffenoir a découvert dix-huit lettres de Jean-Jacques à Madame d'Houdetot, lettres d'une importance considérable.
„Ce qui caractérise le talent de M. Buffenoir, a dit un critique, c'est un vif sentiment des beautés de la nature, une rare élégance dans le style, un don vraiment remarquable pour peindre les tendresses du cœur, les mélancolies et les tourments de la pensée, les plaisirs de l'esprit, en un mot la vie supérieure des âmes délicates et choisies."
Dans une de ses études critiques sur les écrivains de notre temps, M. Fernand Fouquet écrit:
„M. H. Buffenoir ne déteste pas les mots abstraits, les idées indéfinies. Il est poète et il l'est toujours ; sa sensibilité entre pour quelque chose dans sa pensée. Son imagination ne laisse jamais sa raison cheminer seule. Quelque sujet qu'il traite, il célèbre les mœurs simples, les joies de l'affection, Vaurea mediocritas^ la poésie de nature, tout un rêve humanitaire, et, phénomène assez curieux, non seulement il célèbre ce que Rousseau, son maître chéri a célébré, mais il le célèbre dans la même forme et avec le même style, en phrases mouvementées, périodiques, semées de points d'exclamation, riches en adjectifs, débordantes d'enthousiasme, de lyrisme et qui me semblent bien plutôt d'un apôtre que d'un philosophe. Idées sensations, sentiments, tout fait donc de M. H. Buffenoir un descendant de Rousseau. Cela suffirait à expliquer l'admiration, l'amour qu'il lui a voués. Il est très naturel d'aimer ses parents, de les trouver beaux, bien faits, supérieurs aux autres, surtout lorsqu'on leur ressemble.
„Toute question de parenté littéraire mise de côté, Jean- Jacques serait encore cher à M. H. Buffenoir. N'aurait-il pas toujours à ses yeux, pour le protéger, pour compenser ce qu'il y a de déplaisant dans le souvenir un peu trop populacier de Thérèse, les gracieuses figures de Mme de Warens, de Mme d'Épinay, de Mme d'Houtetot? Ne garde-
HIPPOLYTE BUFFENOIR
rait-il pas toujours, en dépit de ses sabots, l'irrésistible et immortel prestige d'avoir vécu dans un siècle de talonsrouges et de fines-mouches ! d'avoir été applaudi par des mains de marquises et de duchesses!
„Le monde, les salons, les lustres les girandoles, tout le clinquant de notre civilisation, tout le puéril de nos existences, le frou-frou de la vie mondaine, le décor où s'affadissent nos cœurs d'hommes, comme tout cela enchante M. H. Buffenoir. Au rebours de Rousseau qui abhorrait la société, lui il l'adore. Elle lui parait créée pour la plus grande gloire des artistes ; apte à comprendre toutes leurs délicatesses; destinée à réaliser tous leurs désirs, à repaître toutes leurs ambitions !
„La société des vraies femmes du monde, — s'écrie-t-il dans la curieuse préface de Pour la Gloire — est un délice. Elles ont un tact exquis, et elles savent causer, leur élégance est une poésie."
M. Fernand Fouquet termine par ce jugement d'ensemble sur M. Hippolyte Buffenoir et son œuvre:
„L'éclectisme est et reste sa caractéristique. Tout ce qui compte dans les arts et dans les lettres, peintres, musiciens, sculpteurs, philosophes, poètes, romanciers, historiens, orateurs, a de plein droit son attention, son respect, ses sympathies, même quand il s'agit de gens n'ayant ni ses convictions, ni ses espérances. Il a la passion de la littérature, l'admiration intransigeante et absolue de la pensée humaine, d'où qu'elle vienne, et sous toutes ses formes, et cela suffit à faire de lui une des personnalités les plus sympathiques et aussi les plus originales de ce temps."
Os . ^>V
HIPPOLYTE BUFFENOIR
Brouillards d'été dans les Montagnes
Beaux voiles argentés, brouillards crépusculaires, Que font naître les soirs et mourir les matins. Qui précédez l'aurore et les clartés solaires; Vapeurs qui caressez les rochers séculaires, Et flottez sur la cime orgueilleuse des pins!
Avant l'éclat du jour, dites-nous le mystère
De la nuit et de l'aube, aux flancs verts du coteau !
Dites-nous les secrets du vallon solitaire.
Diaphanes blancheurs, haleines de la terre,
Que les monts autovu" d'eux jettent comme un manteau !
Dites-nous les amours que la forêt abrite ; Les soupirs, les transports des plantes et des fleurs ! Quelle fécondité, quelles fêtes, quel rite Cherchent, pour s'accomplir, votre ombre favorite, Vos doux embrassements, votre rosée en pleurs ?
Vous êtes, ô brouillards, pareils à l'espérance! Vous vous évaporez quand la main veut saisir Vos formes, vos contours, votre belle apparence! Vous passez sous nos yeux avec indiff*érence, Et vous vous dissipez devant notre désir!
Je me plais cependant à devancer l'aurore. Pour venir vous surprendre, ô sveltes floraisons; Pour vous considérer, quand le jour veut éclore. Quand son premier rayon, se levant, vous colore. Et sème le^réveil sous le toit des maisons!
Dans l'espace avec vous voyage ma pensée: Inquiète, elle va vers des bords inconnus Où s'écoule une vie heureuse et cadencée, Où le poète trouve, en sa course insensée. Des foyers pleins de joie et des cœurs ingénus.
Pourquoi vous envoler, fraîcheurs des crépuscules, Brames des jours d'été, parures de satin Qui flottez sur les bois, le long des monticules? Je ne vois déjà plus vos blanches molécules, O nuages d'argent, messagers du matin !
Et me voici rêveur, en regardant la plaine, En songeant que bientôt le soleil va venir, Comme un lutteur tranquille entrant dans son arène. Tandis que des beautés dont mon âme était pleine. Il ne me restera, hélas ! qu'un souvenir !
{La Vie Ardente.)
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