‹ Nouvelles pages anthologiquesChapitre 29 sur 72 · CHARLES-EDOUARD GROUCHY DE VORNEY · texte numérisé non relu

CHARLES-EDOUARD GROUCHY DE VORNEY

Bibliographie. — La Vomarina, Walters et Simon, Vision, et autres poèmes, plaquette (1877, épuisée).

M. Charles-Edouard Grouchy de Vorney a collaboré au Temps, aux Débats, au Petit Journal, au Rappel, etc.

M. Charles-Edouard Grouchy de Vorney, né en 1858, composa fort jeune de nombreux poèmes, dialogues et poésies, parmi lesquels il faut citer surtout: La Vomarina (1877), Walters et Simon (1877), Vision (1877). Il embrassa en 1878 la carrière du journaUsme qu'il n'a plus quittée.

M. Grouchy de Vorney est actuellement chroniqueur au Rappel.

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CHARLES-EDOUARD GROUCHV DE VORNEY

A M. Ed. Frinklin

SUR LES VERS QU'iL M'A ADRESSÉS, TOUCHANT LA MORT

Il est des cœurs trop hauts, qui souffrent du grand mal: Ceux-là sont les élus, les chercheurs d'idéal. Le monde les appelle, en souriant, poètes! , Il les fuit, car ce sont des âmes trop parfaites. Au-dessus de sa tourbe et qu'il ne comprend pas. Vivants, il les méprise, et quand vient leur trépas. Il les chante. — Pourquoi? — Parce que c'est lui-même, Dans ces martyrs sacrés, qu'il louange et qu'il aime, Parce qu'étant petit il veut un escabeau De gloire, et, pour cela, grimpe sur un tombeau! Parce qu'il est semblable au fou qui, sur le trône Ramassant le manteau royal et la couronne. S'en affuble, et, voyant tous les palais déserts Descend près des valets promener ses grand airs . . , Mais, il se cache en vain: le fou se fait connaître; Sarcasme! Dans ses mains croyant tenir un sceptre Il brandit sa marotte!

Oh ! vous ne savez pas Encor, mon jeune ami, ces choses d'ici-bas . . . Vous me disiez: ^Comment se fait-il qu'un génie Ne soit pas salué comme une aube bénie, Comme le dieu sacré de l'inspiration.

Par des transports de joie et d'admiration?'* C'est que le monde a pevu-, et qu'il en coûte, en somme, De se dire : Oui, vraiment, cet homme est plus qu'un homme !

Vous appelez la Mort l'asile du bonheur?

— La Mort? C'est le repos après le grand labeur, Pour tous; mais pour l'artiste, oh! pour lui c'est la vie, C'est l'âme délivrée, arrachée à l'envie.

C'est l'aveu solennel de sa divinité, C'est le commencement de l'immortalité.

— Et comme il t'aime, ô Mort, quand ton baiser suprême Vient poser sur son front l'éternel diadème!

12 juillet 1877.

A Victor Hugo

Je suis las de la vie et je n'ai pas vingt ans!...

Tout chante autour de moi, car voici le printemps, Le rayon d'or qui filtre au milieu du feuillage, La source qui murmure et se perd sous l'ombrage. Les amants, les oiseaux, gazouillant leurs amours, Comme ils aiment alors, croyant aimer toujours; Et les soirs rougissants, avec leurs rêveries, Leurs parfums, leur tristesse et leurs voix attendries, Accents mystérieux que seule l'âme entend . . .

O grand Hugo, dis-moi, toi son enfant sublime.

Si la Muse toujours couronne sa victime,

Si le don du génie est l'immortalité.

Si c'est Dieu qui gouverne ou la fatalité!

A mes illusions, faut- il que je m'arrache.

Et, si mon cœur est plein, que dans l'oubli je sache

L'ensevelir moi-même, et qu'en le comprimant

J'étouffe, s'il se peut, jusqu'à son battement ?

Le monde, c'est l'enfer, c'est ce lieu de souffrance

Où tout homme en entrant doit quitter l'espérance,

C'est un cercle infernal par le Dante oublié,

L'éternel Golgoiha d'vm Dieu crucifié.

GEORGES GOURDON

Bibliographie. — Les pervenches, poésies (Édition de bibliophile, e'puisée, 1878); — Le Retour de V Amiral Courbet, poème; — Les Villageoises, nouvelles poésies (Savine, Paris, 1887); — Le Sang de France^ avec une préface de Pierre Loti (Savine, Paris, i8qi); — Guillaume d'Orange, poème dramatique en cinq actes, avec une préface de Gaston Paris (Alphonse Lemerre, Paris, 1896); — Cronstadt-Toulon- Paris, poème (Alphonse Lemerre, Paris); — Chansons de Geste, avec une préface du Vicomte Eugène Melchior de Vogiié, ouvrage couronné par l'Académie française (Alphonse Lemerre, Paris, 1901); — Chansons de Geste, 2^ édition augmentée (Alphonse Lemerre, Paris, 1903).

En préparation : Le Chemin de la Vie, poème ; Jeanne d^Arc, drame.

M. Georges Gourdon a collaboré au Paris-Journal, au Pays, à la Revue des Poètes, au Mois Litte'raire et Pittoresque, etc. Il est rédacteur en chef des Tablettes des Deux- Char entes.

M. Georges Gourdon, poète, publiciste et philologue est né le 22 avril 1852 à Vandré, près Surgères (Charente-Inférieure), où son père était tonnelier. A douie ans, on le mit au collège ecclésiastique de Pons. Il y termina ses humanités et s'engagea ensuite dans l'infanterie. Il tint garnison à Toulouse, où il apprit la langue d'oc. Son service militaire accompli, M. Georges Gourdon vint à Paris et y étudia la médecine. Mais la poésie le ravit très vite à l'art médical, et il donna des vers à différents périodiques. En même temps, il collaborait au Paris-Journal, sous M. Henri de Pêne et envoyait des articles aux Tablettes des Deux-Charentes, important organe monarchiste et maritime, publié à Rochefort-sur-Mer depuis bientôt un siècle, et dont il devint en 1889 rédacteur en chef.

Le premier recueil de poésies de M. Georges Gourdon: Les Pervenches, paru en 1878, était dédié à Sully Prudhomme

et fut signalé par André Theuriet dans la Revue des Deux- Mondes. La mort du Prince impérial ') inspira bientôt après au jeune poète une ode qui, publiée dans le Pays^ rendit son nom brusquement populaire et lui valut les éloges de Barbey d'Aurevilly. M. Georges Gourdon fit paraître ensuite successivement: Les Villageoises (1887), mentionnées dans le concours pour le prix de poésie de 187 1, à i'Ac^émie fran<,aise, et dont la critique fut unanime à faire l'éloge; Le Sang de France (1891), recueil patriotique, avec une préface de M. Pierre Loti; Guillaume d'Orange (1896), poème dramatique tiié du cycle de ce nom, avec une préface de Gaston Paris, et qui trouva un accueil favorable auprès des poètes et des savants. Cette pièce, où l'on retrouve, dit M. Jeanroy, „un mâle et profond écho de la grande voix de nos chansons de Geste", et qui n'a été jouée jusqu'ici que dans un collège libre d'Orléans, semble mériter les honneurs d'une représentation au théâtre même d'Orange. On aurait ainsi, comme l'a fait remarquer Frédéric Mistral, le rare bonheur de voir, dans cet entourage historique, le grand paladin mis en scène par „un vrai poète de geste".

M. Georges Gourdon continua de mériter ce titre qui caractérise si bien sa vocation, en composant, sur les conseils de Gaston Paris, ses Chansons de Geste, qu'il publia en 1901 avec une préface de M. Melchior de Vogiié, et qui furent couronnées la même année par l'Académie française. Ce recueil, dont la deuxième édition a paru en 1902, a été l'objet d'un article, en Italie, par M. Angelo de Gubernatis, et en Danemark, par M. Nyrop. En Allemagne, un jeune savant de l'Université de Berlin, M, Wiske, le prit pour sujet de sa thèse de doctorat qui eut un certain retentissement (il octobre 1906), et M. H. Suchier lui consacrait dernièrement une étude où il louait M. Gourdon d'avoir su rajeunir si habilement les poèmes médiévaux dans une œuvre „une et complète", tout en restant fidèle à leur caractère, et d'avoir, mieux que Hugo dans sa Légende des Siècles, observé la couleur locale.

M. Georges Gourdon met en ce moment la dernière main à un drame historique sur Jeanne d'Arc, et à un recueil de vers : Le Chemin de la Vie, où il chante ses souvenirs de jeunesse et son pays natal, l'Aunis et la Saintonge; on y trouvera aussi des poèmes de l'âge mûr, parmi lesquels il faut surtout citer: Idylle marine et le Triomphe de la Vierge.

*) Tué en Afrique Iç ler juin 1879.

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Les Batteurs

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