GABRIEL MOUREY
Bibliographie. Voïx /parses, poèmes (1883); — Flammes mortes, poèmes ; — Poèmes complets de E.-A. Poe, traduclion (1888); — Poèmes et Ballades de A.-C. Swinburne, jère série, traduction; — Lawn-tennù, un acte (1891); — U Embarqiiement pour Ailleurs, roman (1892); — U Automne^ trois actes en collaboration avec Paul Adam (1893); — Monada, nouvelles (1894); — Passe' le Détroit [La Vie et PArt à Londres]', — Les Brisants^ roman (1895); — L'Œuvre nuptial, roman (1896); — Trois Cœurs, un acte (1897); — Cœurs en détresse, nouvelles (1898); — Une Heure: la Bourse [Collection des Minutes Parisiennes]: — Les Arts de la Vie et le Règne de la Laideur (1899); — Jeux passionnés, roman ; — Des Homm.es devant la Nature et la Vie (1901) ; — Gainsborough [Collection des Grands Artistes] (1905); — Albert Besnard (1906); — Fêtes foraines de Paris, avec illustrations d'Edgar Chabine [Les Cent Bibliophiles] (1907); — Le Miroir, poèmes (Société du Mercure de France, Paris, 1908).
M. Gabriel Mourey a collaboré au Figaro, au Gil BlaSy au Gaulois, à V Écho de Paris, aux Entretiens Politiques et Littéraires, à la Revue Encyclopédique, à Cosmopolis, à la Grande Revue, aux Arts, à Art et Décoration, à Studio^ etc. Il a fondé, en 1904, la revue Les Arts de la Vie.
M. Gabriel Mourey, né à Mazargues (Bouches-du-Rhône) le 23 septembre 1865, d'hérédité italienne et franc-comtoise, fit ses études chez les Jésuites. Après avoir publié, à 18 ans, son premier volume de vers: Voix éparses, il vint, dès 1889, se fixer à Paris, où il se livra à une production diverse, mais toujours dominée par des curiosités d'artiste et de poète. Il publia, dans les journaux et les revues, des contes, des essais sur l'art anglais, des romans, s'essaya au théâtre avec
V Automne, pièce écrite en collaboration avec M. Paul Adam et interdite par la censure au moment d'être jouée au Vaudeville, devint directeur pour la France de la revue anglaise Studio, alla donner des conférences sur l'art et la littérature en Belgique, en Hollande, en Suisse et en Autriche, prit la direction, qu'il abandonna bientôt, de la revue Art et Décoration, et, entre temps, après avoir fondé la Société Nouvelle de Peintres et de Sculpteurs, qui, de 1900 à 1906, groupait les artistes les plus remarquables en des expositions annuelles, fondait et dirigeait pendant deux ans (1904 — ^905) la revue artistique et littéraire Les Arts de la Vie, revue de combat, dont la devise, le mot de Taine: «l'art résume la vie", dit assez le programme. C'est sur l'initiative de M. Gabriel Mourey que fut organisée la souscription publique qui offrit le Penseur de Rodin au peuple de Paris, devant le Panthéon.
Critique d'art dans le sens idéal du mot, romancier d'une psychologie aiguë et émouvante, M. Gabriel Mourey a délaissé, pendant près de vingt ans, la poésie non pas, mais le vers. Il y est revenu tout récemment avec Le Miroir. L'art qu'il pratique est un art sain, clair en simple; son vers libre, d'allure classique, semble obéir aux lois naturelles du rythme.
Le Vieux Logis
Dans un bouquet d'arbres au milieu des champs,
Toits délabrés et murs penchants.
Où la rouille et l'or des mousses s'attachent
Et scintillent comme des taches
De soleil couchant,
Le vieux logis mélancoliquement se cache.
Les façades sont décrépites Et la brique des murs apparaît par endroits Toute rose; les marches du perron s'eflfritent Sous les coups de hache du froid Et le vent durement s'acharne A déchirer le manteau de zinc des lucarnes.
Tous les volets sont clos; seule demeure ouverte Une fenêtre et à travers ses vitres vertes Que des reflets brouillés émaillent, On aperçoit l'inclinaison de l'escalier Et la rampe de fer et le palier Où veille solitaire une chaise de paille.
Et c'est l'horloge avec son lourd balancier d'or Maintenant immobile au fond du vestibule,
Et c'est la place où restent accrochés encor Les grands chapeaux de fleurs voilés de tulle Et les ombrelles et les châles . . .
Oh ! je n'ai pas besoin de franchir votre seuil . . . Je vous connais, vieilles maisons familiales; Je connais toute votre joie et tous vos deuils.
Je sais l'odeur funèbre et rance qui s'exhale De vos mystérieux placards, Et le désordre de bazar Qui règne dans les profondeurs de vos armoires.
Jouets brisés, vieux agendas, livres d'histoires. Pièges à mouches et filets à papillons.