‹ Nouvelles pages anthologiquesChapitre 8 sur 72 · LOUIS DE RONCHAUD · texte numérisé non relu

LOUIS DE RONCHAUD

Je vois grandir incessamment Le cercle qu'il trace en cadence, Et j'entends le gémissement

D'un meurtre immense.

La petite fleur qui levait Son humble front tombe, et le rêve Qu'au clair de lune elle rêvait Soudain s'achève.

Herbes et fleurs, tout est fauché.

On dirait un champ de bataille Où dans la nuit, spectre penché, La Mort travaille.

Le bruit cesse. Par un bras lent Sur la terre je vois s'étendre Comme un linceul un grand drap blanc Pour l'herbe tendre.

Pêle-mêle s'en va coucher Dans le suaire l'herbe morte ; Puis je vois un fardeau marcher, Qu'un spectre emporte.

Dans le silence de la nuit J'entends comme un faible murmure; Puis bientôt tout s'évanouit Dans l'ombre obscure.

Tout est silencieux, tout dort.

La lune au ciel, pâle et blafarde.

Semble la face de la mort Qui me regarde.

(Poèmes de la Mort.)

GUSTAVE LE VAVASSEUR

Bibliographie. — Napoléon (1840); — ^^^^(1843); — Vie de Pierre Corneille (1843) ; — Poésies fugitives (1846) ; — Dix mois de révolution (1847); — Farces et Moralités (1850); — Les trois frères Eudes (1855); — Études d'après Nature (1864); — Inter Amicos (1866); — La Rime (1875); — Dans les Herbages, ouvrage couronné par l'Académie française (1876); — Les vingt-huit jours du caporal Balandard, en collaboration avec M. Paul Harel (1882); — Poésies complètes (1889) ; — Œuvres choisies (Alphonse Lemerre, Paris, 1897).

„Gustave le Vavasseur, né à Argentan le 9 novembre 18 19, mort le 9 septembre 1896 à la Lande-de-Lougé, appartient à une vieille famille normande. Ses grands-parents' maternels, les Renault de la Renaudière, habitèrent d'abord Sées, puis Argentan où naquit l'écrivain, qui entra au collège de Juilly en 1833 et en sortit „catholique, royaliste et normand", traditionnaliste. Passionné pour les vieilles bibliothèques, il acquit cette surprenante érudition que révèle par exemple sa Vie de Pierre Corneille. Sain, fort, jovial, il posséda dès l'enfance „ce cœur exquis tout trempé de rudesse délicate et forte, pleine de pudeur aussi," qu'il garda jusqu'à la fin.

„En sortant de Juilly, Gustave le Vavasseur alla étudier le droit à Paris, y prit ses licences et y rencontra Ernest Prarond, le poète d'Abbeville, le peintre Jules Buisson, Banville, Baudelaire, qui disait de lui: „Je n'ai jamais rencontré personne qui fût plus pompeusement et plus franchement normand". L'amitié de Baudelaire et de Le Vavasseur alla jusqu'à une tentative de collaboration qui n'aboutit pas, l'altier auteur des Fleurs du Mal ayant déserté l'œuvre commune, ce dont Le Vavasseur garda toujours un souvenir de tristesse.

„Dès 1848, Gustave le Vavasseur regagnait la Normandie pour habiter cette petite maison de la Lande de-Lougé, tout près

GUSTAVE LE VAVASSEUR

de la Fresnaye, où vécut Vauquelin, en plein bocage normand, et s'y occuper de ses fruits et de ses abeilles, tout en composant ses almanachs et ses vers: „ces grands vers tristes et nus, comme un horizon sévère de terres labourées, mais d'où monte l'espérance chrétienne, ainsi qu'une matinale alouette". De cet ermitage, le poète rayonnait sur tout le pays, inspirant et instruisant les sociétés d'archéologie, devenant comme le noyau d'une pléiade de poètes bas-normands : Paul Harel, Germain-Lacour, Achille Paysant, Florentin-Loriot, Challemel, d'autres, à côté de qui il sied de citer les Chennevières, les Contades, les La Sicotière, plutôt historiens, le duc d'Audiffred- Pasquier, tout ce bouillonnement intellectuel enfin qui réveillait l'énergie bas-normande et provoquait l'important mouvement de décentralisation qui se continue de nos jours." (M.-C. PoiNSOT, Anthologie des Poètes Normands^

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GUSTAVE LE VAVASSEUR

Les Oies

Gravement, à la file, elles vont au pâtis, Le jabot consterné, lourdes, mais empressées ; D'un rêve d'herbe tendre elles semblent bercées Et pétrissent la fange à pas appesantis.

Elles ont le bec rude et de grands appétits, II semble que, parfois, au fond de leurs pensées Revient le souvenir de leurs gloires passées. Ah! si le Capitole avait fait des petits!

Elles causent sans cesse entre elles, les commères. Se font-elles encor de nouvelles chimères? Parlent-elles toujours des choses d'autrefois?

Elles battent de l'aile en se faisant des signes . . . Je ne comprends pas bien leur langue, mas je crois Qu'elles passent leur vie à médire des cygnes.

{^Œuvres choisies.)

Carcassonne

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