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ÉVOCATIONS

Les journaux ont annoncé dernièrement que le gouvernement de Québec avait confié à M. Charles Huot la tâche de faire une peinture murale pour orner le plafond de la grande salle des délibérations de l’Assemblée Législative. Je suis allé présenter mes félicitations à l’éminent artiste, que j’ai trouvé dans tout le feu de l’inspiration et qui m’a fait voir une esquisse pleine de promesses, une paraphrase de la belle devise que le regretté M. Eugène Taché donna à la Province de Québec en 1883 : « Je me souviens ! »

Ceux qui ont vu le grand tableau de l’Assemblée Législative inauguré l’an dernier, tableau où la vérité historique ne laisse pour ainsi dire aucune place à l’imprécision, trouveront tout autre la nouvelle création de M. Huot qui est surtout et absolument fantaisiste.

Au bas d’un rectangle représentant le plafond de la vaste salle, se tient, assise, le front tourné vers le ciel, une jeune femme à la figure idéale, symbole de notre province. Elle contemple, comme dans un rêve, le firmament d’azur et des nuages diaphanes d’où surgissent des objets et des scènes qui sont comme les reflets de sa pensée. Dans le

lointain apparaissent les trois caravelles de Jacques-Cartier, puis un groupe représentant Champlain et les premiers habitants de Québec .Viennent ensuite des missionnaires, des femmes-apôtres, des hommes d’armes déployant le drapeau fleurdelisé au sein des forêts du nouveau monde ; et, descendant les degrés du temps sur les nuages qui en marquent les décades, un fils du « premier baron chrétien » conversant avec un chef iroquois, des gouverneurs, des intendants. Plus bas, émergeant du ciel bleu, brille la croix arborée sur le champ de bataille de Carillon après la victoire ; et, un peu au-dessous, se profilent les Highlanders , de l’armée de Wolfe escaladant la falaise du Saint- Laurent. Faisant suite à ces évocations se dresse dans l’espace la silhouette altière du Château Saint-Louis devenu le palais des gouverneurs anglais. Et la vision se termine, toujours en progression descendante, par une théorie de personnages du dix-neuvième siècle où figurent des prélats, des militaires, des écrivains, des artistes, des légistes, et les pères de la Confédération.

Toute cette série d’évocations concourant à une unité d’ensemble occupe le sommet et le côté droit de la toile. A gauche, planant dans les airs, le génie de la paix présente une branche d’olivier aux ennemis de jadis, tandis que le génie de l’abondance étale les trésors tirés de la terre féconde.

Tel est le tableau; telle est cette vision du passé; deux sylphes aux ailes diaphanes viennent en donner l’explication en déployant une banderolle portant les mots : « Je me souviens ! »

L’esquisse entière est d’une tonalité légère, gaie, suave, très claire.

Un ovale de belles proportions renferme la composition qui vient d’être décrite, laissant libres les quatre coins de la toile, remplis par des médaillons représentant les travaux des classes rurales à chacune des saisons de l’année. Partout, pour atténuer ce que le caisson rectangulaire a de trop rigide, les lignes courbes de l’ornementation se multiplient avec un art consommé.

A l’évocation délicieusement fantaisiste créée par l’artiste, il fallait, me semble-t-il, ce gracieux encadrement tout à fait dans le goût italien.

Cette composition de M. Huot est de réalisation difficile, à cause de l’altitude de la surface horizontale qui doit la recevoir, à cause aussi de la nécessité d’éviter tout ce qui pourrait heurter la contexture architectonique. Notre peintre distingué a, fort heureusement, acquis beaucoup d’expérience en ce genre de travaux par des ouvrages exécutés à Paris et à Québec. En tout cas, le projet qu’il vient d’élaborer est très original, très brillant et d’une noble inspiration.

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