XII NOUVELLES PAGES DE CRITIQUE
rature, nous discernons aujourd'hui nettement à quelle profondeur la Démocratie V avait pénétrée. Un livre qui fit du bruit, quand il parut en 1879, les Soirées de Médan. est bien significatif, si on le considère de ce point de vue. Il renferme une série de six nouvelles écrites par six romanciers, dont deux au moins de tout premier rang : Zola et Maupassant, et les quatre autres ont été ou restent des artistes littéraires qui laisseront tous un nom en une œuvre : Huysmans et Paul Alexis, MM. Céard et Hennique. Ces nouvelles ont pour thème unique des anecdotes relatives à 1870. A travers toutes, circule une philosophie de la guerre qui se raccorde à l'utopie chère aux illuminés de la démocratie universelle. C'est une suite de tableaux dont quelques-uns, le Boule-de-Suif de Maupassant, entre autres, sont enlevés de main de maître, mais tous respirent l'horreur des conditions de la guerre et une totale incompréhension de sa grandeur. Pour ces observateurs, la guerre est marquée d'un stigmate de régression. Cette mentalité est d'autant plus intéressante à constater que Zola et ses jeunes amis n'évoquent pas en regard un rêve d'idylle cosmopolite comme les prophètes du lieu-commun pacifiste. Mais le Démocratisme a exercé sur eux son travail de destruction. Le noble Idéal militaire tel que nous le retrouvons chez les jeunes gens d'à présent, chez l'Ernest Psichari de /'Appel des armes, chez le Jean Variot des Hasards de la guerre, ne leur apparaissait plus. J'ai cité les Soirées de Médan pour mettre en lumière un point précis. Je pourrais citer cent autres faits qui tous révèlent l'influence directe ou indirecte, mais évidente du Démocratisme. Les uns en ont conscience, ainsi Leconte de Liste