PRÉFACE XIII
qui écrit le Catéchisme républicain, ainsi Sully Pru-
dhomme qui compose ses sonnets sur la France et qui
dit :
« Ce peuple illustre porte, écrasé par un autre, Le deuil des vérités dont il s'est fait l'apôtre, Et dont l'aube orageuse éblouit l'univers... »
Ainsi Léon Cladel, dont l'œuvre entière est V épopée du prolétaire, des Va-nu-pieds, pour rappeler le titre d'un de ses volumes les plus originaux. D'autres ne se rendent pas compte qu'ils respirent et font respirer leurs lecteurs dans tme atmosphère de sentiments qui supposent le Démocratisme. Ils se croient réactionnaires comme Coppée, simplement patriotes comme Alphonse Daudet, indifférents comme Huysmans et comme Maupassant. Mais résumez leur conception de la vie : vous constaterez, chez le poète des Humbles, le goilt exclusif des petites gens, une répugnance instinctive qui va jusqu'au dénigrement pour les mœurs aristocratiques. L'admirable chroniqueur du Nabab n'est pas plus indulgent envers les hautes classes françaises. Chez le romancier des Sœurs Vatard et celui d'JJne vie, c'est, pareillement, une critique acharnée et continue de tout ce que Le Play appelait les autorités sociales. Le réalisme n'est plus chez Huysmans et Maupassant, comme chez Stendhal et chez Balzac, une vision totale de la nature humaine. C'est la vision complaisante de cette nature humaine, diminuée, avortée, démocratisée. Aussi ces remarquables écrivains resteront-ils deux fois : comme des maîtres dans leur art, d'abord, et comme les témoins d'une société dont ils faisaient partie, tout en la haïssant, par le fond même de leur pensée, — de même qu'un