‹ Nouvelles pages de critique et de doctrine (volume 2)Chapitre 9 sur 38 · PREFACE XI · texte numérisé non relu

PREFACE XI

Barbe, M. Eugène Despois, très honnête homme qui avait refusé le serment après Décembre, nous parlait de Victor Hugo et de Sainte-Beuve. Cet humaniste excellent ne pouvait plus juger le phénomène que représente le génie de l'auteur des Misérables. Ce qu'il y a de démesuré jusqu'à l'absurde, d'incohérent jusqu'à la sottise, de tératologique pour tout dire, dans le chaos grandiose de cette œuvre, géniale et puérile, énorme et désordonnée, ne le choquait plus. Il ne le voyait pas. Hugo, c'était la Démocratie. Mais Sainte-Beuve! Ce nom produisait sur M. Despois un effet d'horreur méprisante que sa sensibilité de lettré supérieur n'arrivait pas à vaincre. Nous étions tous un peu comme lui, je veux dire que nous éprouvions un scrupule de conscience à nous complaire dans la lecture d'un écrivain qui avait accepté l'Empire. Nous n'estimions pas davantage ceux qui avaient jadis servi la Restauration. Que nous pussions confondre ces deux régimes atteste le trouble intellectuel où la jeunesse française d'alors se débattait, suggestionnée par ses aînés. Une des raisons profondes de l'échec que subit, à cette époque, le projet si évidemment nécessaire, si certainement réparateur, de la restauration monarchique, doit être cherché dans cet état d'esprit. Il avait gagné beaucoup d'entre ceux-là même qui servaient avec dévouement le Comte de Chambord. Ils considéraient leur cause comme un très noble préjugé. La Révolution leur faisait peur, et cependant elle leur apparaissait, dans les profondeurs de leur pensée, ainsi quelle était apparue à Chateaubriand, comme la vérité de demain.

« Pour en revenir au monde plus particulier de la littc-

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