PREFACE XV
thousiasme avec celui d'un Maurice Barrés? Celui d'un Charles Maurras, d'un Léon Daudet ou d'un Paul Claudel, d'un Georges Sorel ou d'un Bergson. Au premier regard, de telles rencontres semblent incohérentes. Quel rapport peut bien unir, par exemple, le lucide et robuste dialecticien de /'Enquête sur la monarchie et le poète hermétique de l'Annonce faite à Marie? La différence de facture n'est-elle pas aussi grande entre le dur analyste des Réflexions sur la violence dreyfusienne d'une part, et le métaphysicien nuancé, ondoyant, à demi ésotérique, des Données immédiates de la conscience? Pourtant M . Georges Sorel ne cache pas sa sympathie pour la pensée bergsonnienne, et, ce faisant, il discerne très finement que son action et celle du philosophe se conjuguent, comme celle des monarchistes positivistes de l'Action française et du symboliste catholique, qui évoluent sur des terrains si différents. Les mêmes jeunes gens qui protestent avec M. Bergson contre le Scientisme, protestent avec les syndicalistes, disciples de M. Sorel, contre les bassesses de ce que leur maître appelle si dédaigneusement « le marais démocratique ». Avec M. Charles Maurras et ses amis, ils partent de nouveau en guerre contre le Démocratisme et, avec M. Paul Claudel, contre le Scientisme. Examinez, à la lumière de ces deux idées, foutes les sympathies, tous les mouvements de la jeunesse contemporaine. Vous trouverez que ces deux réactions les expliquent tous. Elles expliquent aussi quel écho a éveillé dans cette jeunesse l'appel de M. Barrés aux puissances de sentiment. Ces réactions ne vont pas sans des réactions contraires; mais ces résistances sont visiblement voulues,