XVIII NOUVELLES PAGES DE CRITIQUE
le fait moral ayant ses conditions suffisantes et nécessaires, comme le fait chimique, le travail du psychologue consistait, comme le travail du chimiste, à les dégager. Mais, si ce fait moral est un fait qui échappe à cette règle des conditions suffisantes et nécessaires, s'il est essentiellement un fait spontané et libre, une création d'une volonté qui choisit entre les possibles et qui se sent responsable, le psychologue ne doit-il pas, pour atteindre et définir ce fait particulier, employer la méthode que cette nature particulière commande : l'introspection, l'intuition, c est-à-dire, précisément, les facultés que V observateur des faits soumis au déterminisme absolu doit éviter? Pareillement, comme l'a si bien vu l'Américain William James, le fait religieux ne peut pas être considéré comme un fait purement historique. Il suppose, dans le milieu mental où il se produit, des éléments que le chercheur le mieux muni de -fiches n'atteint pas, un mystère de vie qui veut, pour être étudié, une intuition aussi, la suspension en nous de certains pouvoirs et l'éveil d'autres. L'erreur de Renan est d'avoir, persuadé que le surnaturel n'existe pas, classé le fait religieux parmi les phénomènes généraux de la civilisation. Quand il parlait d'un miracle accompli devant l'Académie des Sciences, il supprimait simplement le miracle. Était-ce l'étudier? Pareillement encore, le fait artistique et littéraire ne saurait être analysé, ainsi que Va voulu Sainte-Beuve, comme un fait botanique, et Sainte-Beuve lui-même, infidèle à sa profession de foi, na-t-il pas sans cesse substitué l'impression à la constatation? Ne protestait-il pas contre la rigueur de son élève Taine reconstituant toute l'œuvre d'art ou de lit'