IIO NOUVELLES PAGES DE CRITIQUE
le Maure, sinon une fierté catholique? » Mais son historien, son frère, ajoute aussitôt : « Il reste au fond de lui un sombre tourment. Que les faibles se nourrissent des plus nobles rêves. Lui, il veut la vérité avec violence. Il est saisi par la noble ivresse de l'intelligence, et cette fièvre de l'esprit le travaille d'aller à la véritable raison, à cette espérance très sereine de la raison bien assise. Il demande d'abord que Jésus-Christ soit vraiment le verbe de Dieu, que l'Église soit, de toute certitude, la gardienne infaillible de la vérité... »
Ici, je ne peux que renvoyer le lecteur au texte luimême. Les pages où Ernest Psichari raconte le dialogue de son Maxence, de lui-même, avec Dieu dans le désert, rappellent par leur éloquence et leur pathétique le célèbre Mystère de Jésus. EUes sont, à mon jugement, parmi les plus belles dont puisse s'enorgueilHr notre littérature mystique. N'y cherchez pas plus de raisonnements abstraits, de dialectique, d'exégèse que dans le quatrième livre de V Imitation. La vérité que poursuit Maxence n'est pas une vérité d'école. Elle ne s'apprend ni dans les bibliothèques ni dans les laboratoires. C'est une vérité vivante, qu'il faut sentir en même temps qu'on la comprend. C'est un rapport de l'Ame et de l'éternelle Pensée, de l'éternel Amour, de l'étemelle Puissance. Je me suis expUqué, en lisant ce magnifique finale, qu'Ernest Psichari m'ait écrit dans une lettre qu'il m'adressait de sa garnison de Cherbourg, dans l'hiver de 1914, et pendant qu'il achevait le Centurion : « C'est un tremblement que d'écrire en présence de la Très Sainte Trinité. » Mot bien étrange d'un jeune romancier à son aîné.