‹ Nouvelles pages de critique et de doctrine (volume 2)Chapitre 3 sur 38 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Cet article lui a paru former une introduction toute naturelle à ces Nouvelles Pages. L'etîqucte de la Revue portait sur « les témoignages de V expérience ». On transcrit, sans y ajCuter que deux eu trois précisions de détail, la réponse donnée alors.

« V enquête ouverte par la Revue hebdomadaire exigerait, pour que la réponse aux questions posées fût complète, un volume tout entier. On se contentera de soumettre à la réflexion du lecteur quelques notes très brèves et relatives au domaine où se meut l'activité de l'écrivain professionnel : romancier, dramaturge, essayiste. Cet écrivain a beau s'appeler Stendhal ou Flaubert, et s'appliquer à défendre sa personnalité avec acharnement, il n'en est pas moins de son temps, sinon par les mœurs, du moins par les idées. Elles sont l'inévitable donnée sur laquelle il travaille. On voudrait marquer ici quelles idées maUresses la pensée française offrait, comme éléments directeurs, à ceux d'entre nous qui entraient dans la vie aux environs de 1870, et quelles idées cette pensée paraît offrir aujourd'hui aux jeunes gens pour nourrir et inciter leur activité. On dira ensuite comment il semble que la génération d'après cette fatale année 1870 ait compris et exécuté sa tâche, enfin quelles qualités une expérience, toute personnelle, considère comme devant être recherchées de préférence par l'artiste littéraire soucieux de faire œuvre qui dure. Le lecteur remarquera que l'on a employé les mots qui paraît..., comment il semble..., personnelle... On les souligne pour bien définir à l'avance la valeur que l'on attache à ces pages^

Elles expriment des opinions et non des certitudes géométriques. Elles sont, pour reprendre la très heureuse formule de la Revue, des témoignages. Un témoin peut se tromper, avoir mal vu, conclure à faux. Le lecteur ne peut lui demander légitimement que d'être sincère.

« Un des meilleurs observateurs du milieu du dix-neU' vième siècle, J.-J. Weiss, avait signalé, dès 1860, V avènement du positivisme intellectuel dans la littérature du second Empire. Sainte-Beuve confirmait ce diagnostic quand il terminait son pénétrant article sur Madame Bovary par ces mots souvent cités : « Anatomistes et « physiologistes, je vous retrouve partout. » Weiss et Sainte-Beuve y voyaient juste dans V effet, sans peutêtre distinguer entièrement la cause. L'auteur des Lundis écrivait bien : « Science, esprit d'observation, « maturité, force, un peu de dureté, tels sont les carac- « ter es que semblent affecter les chefs de file des généraux lions nouvelles. » Mais par science, il entendait simplement des qualités de renseignement, de culture, d' exactitude. De même J.-J. Weiss apercevait bien dans la recherche du fait précis, qui distinguait les Flaubert, les Baudelaire, les Taine, les Dumas fils, une tendance à la brutalité. C'était même, si je ne m'abuse, le titre de son célèbre article : la Littérature brutale. Ni l'un ni l'autre ne se rendaient compte qu'ils assistaient à un déplacement complet dans le plan de l'intel-

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