‹ Nouvelles pages de critique et de doctrine (volume 2)Chapitre 34 sur 38 · LE ROI ALBERT DE BELGIQUE · texte numérisé non relu

LE ROI ALBERT DE BELGIQUE

tion indécise. Je lis bien dans des articles et des discours que nous assistons à une lutte entre la Démocratie et la Féodalité, que nous avons repris la tradition des volontaires de 92. Cette phraséologie ne correspond à rien d'exact. Ce n'est pas comme démocrates que nous nous battons. C'est comme Français, et pour défendre notre sol, tout simplement. L'Allemagne n'est pas une féodalité. Ce n'est pas un groupe de hobereaux que nous avons devant nous, c'est toute une nation de commerçants, d'industriels, de pa5^sans, d'ouvriers. Ne prenons pas au sérieux cette prétendue opposition de la Sozial Démocratie qualifiée justement par un de ses membres de « philistinisme petit-bourgeois ». Ces gens veulent conquérir le nôtre, envahir nos champs, nos mines, nos vignobles, nos usines, notre argent. Cette lutte brutale, pour la vie d'un côté, pour l'hégémonie de l'autre, s'est éclairée tout à coup d'un rayon d'idée. C'est au roi Albert que nous le devons. Aucune des leçons de cette guerre n'est plus éclatante. C'est l'exemple projetant sa lumière à la fois dans le monde moral, et dans le monde politique. Je voudrais dire pourquoi en quelques mots. Je m'excuse de commenter des faits connus de tous. Ils ne seront jamais assez 1 apportés, parce qu'ils ne seront jamais assez médités.

Voulez-vous que nous reprenions le Livre blanc, cette brochure qui devrait être tirée à des millions d'exemplaires et mise dans toutes les mains? Les pires

utopistes y apprendraient à penser juste sur les origines de la guerre, par suite sur l'effroyable culpabilité de ceux qui ont affaibli notre préparation. Il contient, on le sait, la correspondance du gouvernement britannique et de ses agents pendant cette crise du 20 juillet au 4 août. Elle se compose de cent soixante et une pièces. Rien que le numéro d'ordre sous lequel s'inscrit la première dépêche relative à la Belgique a quelque chose de pathétique. C'est le cent quatorzième! Les cent treize télégrammes précédents se sont échangés entre Londres, Saint-Pétersbourg, Berlin, Paris, Rome. Les grandes puissances causent entre elles avant d'engager la redoutable partie. La toute petite Belgique est absente de ces conversations. Qu'a-t-elle de commun avec les intérêts en jeu? Elle entretient, dira son ministre des affaires étrangères à la date du i^r août, « des rapports excellents avec ses voisins et elle n'a aucune raison pour suspecter leurs intentions ». Au Foreign office de Londres, on est moins rassuré, et cette dépêche numérotée 114 exprime l'inquiétude de sir Edward Grey, lequel annonce au ministre anglais à Bruxelles qu'il a « demandé aux gouvernements français et allemand si chacun d'eux était décidé à respecter la neutralité de la Belgique ». Celle-ci, résolue elle-même à maintenir cette neutrahté, ne s'émeut pas. Elle se repose sur la foi d'un traité contresigné par l'Angleterre, l'Allemagne et la France. Le 3 août, le gouvernement allemand lui remet une note demandant le libre passage pour ses armées sur son territoire, moyennant quoi l'Allemagne s'engage à maintenir l'intégrité du royaume et de ses possessions. Sinon la Belgique

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