‹ Nouvelles pages de critique et de doctrineChapitre 14 sur 36 · T52 NOUVELLE? PAGES DE CRITIQUE · texte numérisé non relu

T52 NOUVELLE? PAGES DE CRITIQUE

tiquent depuis des siècles. Voilà l'éducation héréditaire qui leur a permis de supporter sans faiblir cette longue, cette interminable guerre des tranchées qui paraissait si peu conforme au caractère de la race. Là encore nos terriens ont démenti tous les pronostics, démontrant ainsi qu'il faut toujours faire acte de foi dans le Français, quand il se sent bien commandé.

La France a vaincu aussi par ses ouvriers et par ses intellectuels. Ceux-ci au front et dans les usines, donnant leur vie, donnant leur travail sans compter, inlassablement, et ceux-là... Est-il rien d'émouvant comme la liste des écrivains, des élèves des grandes écoles, des avocats, des médecins, des ingénieurs, des professeurs, des instituteurs qui se sont fait tuer si simplement, si bravement, pour qu'il y eût après eux une pensée française? Et la France a vaincu aussi par ses bourgeois et ses aristocrates qui ont payé l'impôt du sang, non moins simplement, non moins bravement, pour servir d'exemple et attester, par l'identité du sacrifice, cette identité des âmes qui fait qu'un pays n'est pas seulement une collection d'individus, ni même de familles. Il est un individu, il est une famille, il est une personne. La France a vaincu encore par ses prêtres. J'ai sous les yeux, en écrivant ces lignes, l'image mortuaire d'un d'entre eux et j'y lis ces lignes d'un ordre du jour : « Les vagues successives de l'assaut se sont inclinées devant le représentant de Dieu, l'aumônier divisionnaire de Chabrol, dont la main dessinait sous la mitraille le signe de la rédemption et de la victoire... A été tué

alors qu'il parcourait le terrain pour secourir les blessés. » On voudrait, dans ces jours où ces innombrables dévouements portent leur fruit sublime, les évoquer tous, un par un, les saluer tous avec des larmes de reconnaissance, les interroger, recevoir d'eux le mot d'ordre impératif, — pour être bien sûr qu'ils n'ont pas été holocaustes en vain.

Ce mot d'ordre — il ne serait pas différent de celui que je rappelais en commençant cette page. Ils nous disaient, ces mots : « Continuez nous... Ne permettez pas que l'on touche à cette armée où nous avons trouvé de tels chefs pour nous conduire. Ne permettez pas non plus que l'on détruise ce qui fut notre œuvre : l'accord entre citoyens, enfin recréé après tant de déchirements. Nous n'avons pas pensé, aux heures tragiques, à comparer nos sorts. Nous ne nous sommes pas demandé, paysans et ouvriers, si notre toute petite part dans l'héritage commun valait la peine de la défendre au prix de notre sang — intellectuels, si notre culture ne nous donnait pas le droit de nous mettre « au-dessus de la mêlée », la parole la plus impie qui se puisse prononcer dans un pays envahi — bourgeois et aristocrates, si la démission nationale ne nous garantissait pas la jouissance de notre bienêtre. Prêtres, nous n'avons pas discuté la loi qui nous ejtait sur la ligne de feu. Tous nous n'avons vu que la France en danger. Elle y est toujours. Comprenez-le

et que le service reste le même : vivre la paix comme nous avons vécu la guerre, avec l'idée fixe que, de Bouvines à la Marne et tout au long de notre histoire, la même formidable attaque est toujours venue du même côté et que toujours elle a été repoussée, quand elle a rencontré toute la force française. Conservez-la intacte en vous, cette force, chacun dans le domaine qui vous est propre et en tâchant d'y exceller, et restez prêts à vous rallier autour du drapeau, — ce symbole si clair pour tous de l'unité française. Cette unité aussi est une création continue, et la condition pour que cette paix soit ef&cace, et notre sacrifice récompensé. »

Juillet 191 9'

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