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DU MILITARISME

monstrueux phénomène d'aberration collective. Aujourd'hui que ce péché contre l'esprit, « le seul qui ne sera pas pardonné », a précipité les Allemands dans l'abîme, il importe de réagir contre le discrédit jeté par les abus qu'ils ont commis sur les principes dont ils se réclamaient. Ces principes restent vrais en dépit de ces abus. Il reste vrai que la ferveur religieuse est un des éléments esentiels de la santé sociale. Il reste vrai que la culture scientifique est un puissant facteur de civilisation, — vrai que les peuples sans hiérarchie et sans discipline tombent dans des convulsions qui les paralysent, — vrai que la guerre juste, soutenue pour défendre la patrie, et conduite généreusement, exalte ce qu'il y a de plus viril et de plus élevé dans le cœur de l'homme. — Il est vrai enfin que la fonction de soldat comporte, comme l'affirmait éloquemment Ernest Psichari, le héros tombé à Charleroi, dans son Appel des armes, une morale et une mystique. « Vous n'empêcherez pas, » fait-il dire à un officier, son porteparole, « que nous ne soyons un peu plus qu'un métier, au sens où l'on entend ce mot d'ordinaire, un peu plus qu'une profession. A ce point de vue, dans l'ensemble de la société, nous ne sommes guère comparables qu'au prêtre et au savant. »

C'est avant 1914 qu'Ernest Psichari s'exprimait ainsi, et voici la preuve de l'influence funeste exercée par l'abominable frénésie allemande sur les esprits : durant toute la discussion de notre nouvelle loi militaire, pas une phrase n'a été prononcée chez nous qui ait rendu ce son de magnanime spiritualité. Au Parlement comme dans la presse, l'accord a été complet

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sur la nécessité d'un organe de défense nationale. Il y a eu divergence sur la forme que prendra cet organe, les uns voulant un service plus court, les autres un service plus long, — divergence encore sur l'accommodation de cet organe aux difficultés financières. Aux uns comme aux autres, le maintien de l'armée apparaît comme une charge très dure imposée au pays par le malheur des temps, et qu'il s'agit de répartir le plus équitablement, le plus légèrement possible, je n'oserais pas dire en s'en excusant, mais presque. Jules Simon réclamait à la fin de l'Empire « une armée qui n'eût pas l'esprit militaire ». Certes, nos législateurs n'oseraient pas reprendre à leur compte une pareille formule. Ils ont trop constaté l'utiHté vitale de cet esprit militaire, quand, au mois d'août 1914, le cadre technique a permis une mobilisation dont les Allemands demeurèrent déconcertés. Ce sont des officiers animés du plus pur esprit militaire qui l'ont préparée et manœuvrée. Ce sont des maîtres et des élèves de notre École de guerre, c'est-à-dire des chefs pénétrés, eux aussi, de cet esprit mihtaire, qui ont fini par prendre la direction suprême des troupes françaises et alliées, démontrant ainsi, par le fait, qu'à la guerre comme ailleurs, les spécialistes ont toujours le dernier mot. Les états-majors ne s'improvisent pas. Les soldats non plus. La nation armée, c'est proprement la horde. Une armée nationale, c'est la partie civile de la nation s'amalgamant à l'armée tout court. Les réserves n'ont joué leur rôle décisif, dans la terrible épreuve, qu'en se coulant dans l'active. Pour que le citoyen devienne soldat, il faut qu'il entre dans un

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