DU MILITARISME I7I
portées à leur plus haut degré. Vertus d'intelligence : le penser médical n'est ni le penser mathématique, ni le penser poétique. — Vertus de caractère : le médecin n'est-il pas l'altruiste par excellence, le secours prêt à se dresser au chevet de tous les lits de douleur?
Appliquez ce procédé d'analyse au soldat, et vous comprendrez ce qu'Ernest Psichari signifiait quand il déclarait, prophétisant le courage de tous les combattants de la grande guerre, mais revendiquant pour le soldat professionnel une autre action (i) : « Tous les Français feront leur devoir en temps de guerre. Je dis tous, même ceux qui professent aujourd'hui qu'ils ne le feront pas et qui seront peut-être les plus enragés. Ce n'est donc pas un critérium pour nous que l'accomplissement du devoir guerrier. Mais notre devoir commence plus haut et va plus loin. Je dirai plus : il diffère essentiellement du devoir du simple patriote. L'officier n'est pas patriote à un degré au-dessus du citoyen. Il l'est autrement... » L'auteur de l'Appel des armes entendait par là que le type idéal du soldat représente dans la patrie la mise en pratique de principes nécessaires à la vigueur du corps national et qui risqueraient, si le milieu militaire n'existait plus, de s'affaiblir jusqu'à s'anémier. La discipline d'abord, la totale et volontaire subordination du goût personnel dans l'obéissance. Le sacrifice total et volontaire aussi. Le soldat est celui qui est toujours prêt à dévouer sa vie et à la dévouer sans discuter, à la place
(i) Voir p. 220 et suiv. du premier volume de cet ouvrage un autre développement de la même idée.
qui lui est assignée. Il est un rouage dans une machine, et il accepte de n'être que cela. Ou plutôt, il est une cellule dans un organisme, symbolisant, nous enseignant, par son renoncement, mais un renoncement dans l'énergie, ce que nous devons tous être dans la société, la petite note du grand orchestre, les ouvriers d'une construction qui nous dépasse et qui est notre raison supérieure d'exister. Le soldat est celui qui sert, pour tout dire d'un mot, et dont toute la grandeur est dans le service. « Servir », dit le dictionnaire, « premier sens : être assujetti. Second sens : être utile. » Le langage, cette intuition notée de l'âme populaire, en liant l'idée d'utilité à celle de soumission, a résumé dans un raccourci saisissant toute cette mystique de l'armée.
L'armée doit donc être conçue, non seulement comme une charge pour le pays, mais aussi, mais surtout, comme une bienfaisante éducation sans laquelle les jeunes énergies de ce pays n'atteindraient pas leur plein développement. Pour que cette éducation réalise son point de perfection, il est trop évident qu'il vaudrait mieux constituer cette armée en armée de métier, restreinte et plus intensément professionnelle. Des généraux d'une compétence reconnue ont proposé de la réduire à 150 000 hommes, recrutés par engagements avec une durée très longue de service, de manière à en faire un noyau autour duquel agglutiner une masse de miliciens, entraînés par une prépa-