DU MILITARISME I
ration plus courte et moins onéreuse. Cette doctrine est bien séduisante au premier abord. Est-elle compatible avec les exigences de la bataille moderne, telles que nous les a révélées la dernière guerre? C'est sur quoi le signataire de ces notes ne saurait avoir un avis. Les moins renseignés peuvent en avoir un sur cet autre problème : celui de la valeur morale nécessaire aux supérieurs, officiers et sous-officiers, pour que la caserne devienne vraiment, non pas la prison, mais l'école du soldat. Je me souviens d'une conversation que j 'eus, voici bien des années, avec le propre grandpère d'Ernest Psichari, ce génial et singulier Renan, à qui son livre d'après la guerre de 70 : la Réforme intellectuelle et morale, fait un si grand honneur. Nous parlions du service universel auquel Renan se montrait, ce jour-là, fort opposé. « Pour qu'il ne fût pas funeste, » me disait-il, « comment ne voit-on pas qu'il faudrait un corps de sous-officiers qui fussent tous un exemple ? » On est bien arrivé, par l'École de guerre, à former une élite d'officiers-exemples. Est-il impossible de recruter de même une élite de sous-officiers qui deviennent, pour leurs recrues, ces éducateurs immédiats et directs, rêvés par Renan? Il semble que l'attention de ceux qui vont avoir mission de nous refaire une armée devrait tout particulièrement se porter sur ce point. Le militarisme conçu de la sorte, ne le redoutons pas. Souhaitons-le, tout au contraire. Ce serait le meilleur correctif à tant de germes d'anarchie, épars dans l'atmosphère de ces temps si troublés par le forfait dont les Allemands se sont rendus coupables contre la justice, contre l'ordre et, on ne le dira jamais
assez, contre l'honneur militaire. Leur Empereur aimait à s'appeler le suprême seigneur de la guerre. Il ne l'aura été que du brigandage. Comprenons pourquoi, et ne laissons pas dans notre pensée le type idéal du soldat, si précieux, si tonique pour la vie morale de la nation, se confondre avec le type hideux du soudard.
Janvier 1921