‹ Nouvelles pages de critique et de doctrineChapitre 25 sur 36 · LA LUTTE DES CLASSES IQI · texte numérisé non relu

LA LUTTE DES CLASSES IQI

jeu de ces classes vis-à-vis l'une de l'autre, implique une contradiction intime : elles sont à la fois solidaires et antagonistes l'une de l'autre. Solidaires, car toute richesse individuelle suppose la communauté. Non seulement cette richesse est garantie par cette protection que le langage vulgaire appelle avec tant de justesse la force publique, mais encore toute jouissance de cette propriété implique une mise en œuvre du travail d'autrui et sa rémunération. L'homme riche qui monte dans son automobile, est ainsi le tributaire du carrossier, du constructeur de moteurs, du marchand d'essence, d'huile, de pneumatiques et de tous les ouvriers que ces personnages emploient. Il ne peut se passer d'eux qui ne peuvent se passer de lui. Ces ouvriers et leurs employeurs exercent sur cet homme riche une créance sans le recouvrement de laquelle ils ne vivraient pas. On ne saurait dans la société actuelle, séparer ces gens les uns des autres que par une fiction. Il y a là une nécessité de dépendance qui s'accompagne — c'est la contradiction que je signalais — d'une nécessité parallèle de combat. Ces collaborateurs du luxe et du bien-être de l'homme riche sont des énergies en voie de conquête. Ils représentent des familles non possédantes qui luttent pour devenir des famiUes possédantes, et comme la quantité de richesses qui constitue le stock social est limitée, ce passage ne s'accomplit qu'aux dépens des détenteurs actuels. La co-existence des classes s'offre donc à nous comme un concert tout ensemble et comme un conflit.

Une comparaison s'impose ici à l'observateur qui prouve une fois de plus combien la nature est iden-

tique à elle-même dans ses procédés : qu'est notre organisme pour la physiologie moderne, sinon un équilibre de substances qui se combattent réciproquement? Notre milieu intérieur — ce milieu découvert par Claude Bernard, où notre force s'élabore — n'est-il pas constitué parles sécrétions de glandes an ti- toxiques les unes des autres? Exagérez la fonction d'une d'elles, le corps thyroïde, par exemple, sa sécrétion vous empoisonne. Diminuez-la. Vous serez empoisonné par un autre principe émané de telle ou telle autre glande et qui ne rencontre plus le contre-agent salutaire. Quel symbole de cette conspiration d'énergies antithétiques dont est animé le corps social, — vieille métaphore qui remonte à Menenius Agrippa, que Rivarol affectionnait et qui demeure si exacte !

Ces remarques semblent d'un ordre tout philosophique. Elles jettent pourtant une clarté singulière sur les mouvements auxquels nous assistons. S'il est vrai que les classes non possédantes soient, par définition, à l'état de lutte constante, mais d'ailleurs réglée par le code, avec les classes possédantes, forcément, à de certaines heures, — celles qui suivent de grands troubles généraux, — et sous de certaines influences, cette lutte doit s'intensifier, et la concurrence des passions et des intérêts s'exaspérer jusqu'à la guerre. Le besoin est la première et la plus légitime de ces influences. Quand, pour des motifs quelconques, la dis-

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