LA PSYCHOLOGIE D UN CHIRURGIEN FRANÇAIS IO
de l'Ame du chirurgien. Il ne craint pas de célébrer, lui aussi, « l'horreur de certaines interventions sanglantes, qui leur imprime une sorte de grandeur tragique ». De cette beauté presque inaccessible, sinon aux seuls initiés, il a donné une définition bien éloquente dans la leçon par laquelle il inaugurait, en novembre 1919, la chaire de clinique gynécologique à la Faculté. « Qu'est-ce donc que l'art? » s'écriait-il, « qu'est-ce que la beauté dans cette action brutale qu'est une opération?... C'est la sobriété, c'est la précision dans le geste, c'est l'ordre dans le mouvement, c'est la puissance dans la continuité de l'action, c'est la perfection dans la technique... Nous devons faire que ces actes sanglants ne soient pas seulement bienfaisants et salutaires, mais encore qu'ils portent en eux comme une tragique et splendide beauté qui les transfigure et qui les purifie. » L'ordre dans le mouvement! J'ai souligné à dessein cette formule. Il est bien remarquable qu'elle reproduise exactement la définition du style donnée par Buffon dans son célèbre discours : « Le style n'est que l'ordre et le mouvement que l'on met dans ses pensées. » Flaubert la citait avec enthousiasme. J'imagine que ce romancier, passionné d'exactitude, à propos duquel Sainte- Beuve s'écriait : « Anatomistes et physiologistes, je vous retrouve partout, » oui, j'imagine que ce Flaubert, fils et frère de médecins, aurait aimé cet accord du langage, aussi spontané que significatif entre un maître dans l'art d'écrire et un maître dans l'art d'opérer. Tant il est vrai qu'à travers la diversité des objets l'unité de l'intelligence demeure constante attestant
ainsi, même à roccasion des activités les plus spécialisées, semble-t-il, l'unité intime de l'Univers, l'unité de l'énergie sous toutes ses formes, qui fait, rencontre plus remarquable encore, le premier article du Credo : « Credo in unum Deum.
Elle affirme, cette phrase, si simple et si profonde, que l'énergie, partout une, et qui nous soutient, nous et cet univers, est aussi une énergie spirituelle, donc personnelle et consciente. Du moment qu'elle peut produire la conscience et la personnalité, c'est qu'elle les enveloppait. Quod factum est, in ipso vita erat... Tout ce qui existe était virtuel, c'est-à-dire vivant, dans ce qui l'a produit. L'excellent mathématicien Jules Tannery écrivait à Le Dantec : « Admettons que dans un laboratoire, on fabrique des êtres pensants à la suite d'opérations bien déterminées, c'est alors que ce que nous appelons matière a des propriétés, des activités possibles qui ne sont pas ce que nous connaissons actuellement dans la matière. » Autant dire que la réalité spirituelle chez l'homme atteste une réalité spirituelle hors de lui et avant lui. J'ignore si l'auteur de l'Ame du chirurgien se range au raisonnement, qui me paraît à moi, si fort, de Jules Tannery, et par quelles h5^othèses philosophiques se complètent ses observations d'expérimentateur. Ce qu'il y a d'indiscutable, c'est qu'il affirme avec une force singulière, peut-être à son insu, la réalité spirituelle, par la ferveur de charité qui se