‹ Nouvelles petites études de la natureChapitre 3 sur 7 · S'A NOUVELLES PETITES ETUDES · texte numérisé non relu

S'A NOUVELLES PETITES ETUDES

examiner toutes ces beautés ; vous m'en rendrez compte.

Mais voici un liseron , corn'ohulus ari^ensis ( pentandiie , nionogynie ). Mon petit liseron est l'image de l'enfance ; i\ ne peut croître qu'étant soutenu ; pour s'élever , il s'accroche à tout ce qu'il rencontre. Cette plante sent l'orange; sa tige rampante est fine , flexible , et carrée , ce qui la rend un peu plus forte. Ses feuilles sont alternes et taillées en cœur ; le petit pétiole qui les soutient est creusé comme un petit canot pour l'écoulement des gouttes de pluie qui les inonderaient sans cela.

Cette fleur est une corolle monopétale, évasée comme im entonnoir dont les bords se renversent un peu; elle est blanche , au fond nuancée de rose sur les bords. Cette fleur est souvent plié<^ (;n cinq parties comme un bonnet carré. Au total elle est très jolie.

Il y a aussi le grand liseron des haie?

qui s'entrelace dans les épines , et s'attache à tous ses voisins : ce n'est pas qu'il leur rende un grand service ; mais il emprunte leur force pour se soutenir ; et quand la baclie les abat, il tombe avec eux. Il y a dans le monde bien des liserons qui s'attachent aux courtisans en faveur , et qui tombent avec eux sans jamais se relever.

C'est assez : il se fait tard; il faut rentrer e A demain.

Treizième Matinée.

Bonjour , mamaii. Nous avons trouvé une singulière fleur ; elle semble portée sur un ballon.

— Voyons , mes amis : c'est l'utriculaire. \ous l'avez trouvée sur Teau? — Oui, maman. — C'est une espèce d'outre gonflée d'air qui la porte. Vous voyez que tout ce qui existe a été créé avec l'intention de conserver chaque chose , chaque plante , chaque individu. Croyezvous que le hasard seul ait présidé à un ensemble aussi parfait ? — Non , maman, cela ne se peut pas. — Examinons la cotonneuse bardane qui doit croître dans des lieux arides. Elle est entourée de

larges feuilles qui forment autant de bassins qui reçoivent l'eau des pluies , et la portent à sa racine par un petit canal creusé sur le pédoncule qui les soutient. Cherchons ensemble tous les phénomènes de la nature ; nous en trouverons à chaque pas. Regardez le trèfle des" prés à fleiu's jaunes, il se resserre et se contracte à l'approche de l'orage ; des fleurs qui donnent le jour , d'autres qui dorment toute la nuit : ce sont celles que l'on appelle belles de nuit et belles de jour.

INous ne devons étudier que pour devenir meilleurs et plus humains.

Nous voyons beaucoup de plantes se prêter im mutuel appui ; les insectes mêmes , tels que l'abeille , la foiuini et la cigale , s'entr'aider dans leurs travaux et dans leurs besoins.

Et nous , créés à l'image d'un Dieu dont la mimificence surpasse notre intelligence?, nous restons tranquilles specta-

teui's des maux d'autrui , sans clierclier à les alléger par nos biens ou nos consolations î Nous croyons réellement posséder en toute propriété les dons de la Providence , et nous en usons avec profusion , sans réfléchir que ce n'est qu'mi prêt qui nous a été fait , et dont nous devons payer au ciel l'intérêt , et ici-bas le capital.

Il faut , mes chers enfants , profiter de toutes les leçons que l'étude de la nature nous donne : c'est doubler son existence que de devenir meilleur en s'instruisant. C'est assez prêcher. Voici une autre jolie fleur ; c'est l'anémone gentille , anémone nemorosa ( polyandrie , pologynie ) . La fable nous dit qu'Adonis fut mé-r tamoi-phosé en anémone , nom qui en grec veut dire vent : aussi cette fleur estelle fort légère. ^

Il y en a une autre qui a reçu le nom à' anémone pulsatilla. Les cultivateurs la nomment herbe de Pâques ou coque-

lourde. Celle que nous avons sous les yeux est l'anémone gentille. Elle s'élève peu : sa tige est mince, ronde, et rougeâtre ; im petit poil follet la ^ecou^™e ; ses feuilles se groupent, comme vous voyez.

Les pédoncules de ses feuilles sont des membranes rougeâtres à l'extérieui^ , blanchâtres en dedans , et creusés comme des pirogues d'Ecosse : leur triple ré union embrasse la tige. La feuille qui se trouve à l'extrémité de chacune de ces pédoncules e.st palmée ou digitée en trois parties , chacime très profondément. Le tissu des feuilles et leurs nombreuses dentelmes rendent leur structure très élégante ; elles forment ime corbeille de laquelle sort la gentille fleur. Elle n'a point de cahce : sa corolle semble d'ivoir , dont les pétales sont vermeillées : elles sont au nombre de six , en deux cercles, divisées par trois : leur circonférence présente ime gerbe d'étamines inéîiales et sans nombre : les aatlières s'v

balancent en e'quilibre : le pistil forme une petite forêt d'un joli vert.

L'autre anémone , surnommée l'herbe de Pâques, n'est pas aussi élégante. Au pied d'une tige verdâtre et velue l'on voit trois feuilles vertes , digitées , dont les trois divisions sont découpées en lanières d'une finesse admirable. Vers le haut de la tige vous distinguez une espèce de calice qui l'entoure , et dont les divisions sont multipliées à l'infini ; ce qui lui donne l'air d'mie balustrade à l'extérieur d'une tour. La substance de cette espèce de calice semble du cuir par sou épaisseur : un duvet long et soyeux lui prête sa blancheur. La fleur est au-dessus de ce faux calice ; elle forme par la réunion de ses six pétales une sorte de coque allongée : trois de ces pétales sont insérées entre les trois autres , et par leur assemblage donnent l'image d'un vase de porphyre.

Au total p l'anémone coquelourde re-

présente une bourse de soie à moitié rempli d'or. En voilà bien assez pour la reconnaître.

Le soleil devient trop chaud ; il faut rentrer , mes amis. A demain.

OfO NOUVELLES PETITES ETUDES

Quatorzième Matinée.

Bonjour , maman. Nous ne nous las- S'jns pas de clierclier , et d'admirer. Nous avons trouvé cette fleur dans un fossé ; elle ressemble un peu au cliou-fleur.

Comment se nomme-t-elle ?

— C'est l'hièble , samhucus ehuliis (pentandrie , trigAnie). Cette fleur pullule dans les fossés , et laisse voir entre ses grandes feuilles d'un vert foncé un bouquet arrondi de fleurs blanches, dont l'odeur est aussi agréable que celle de ses feuilles l'est peu.

C'est un secret que la naturç garde à elle seule. Elle ne veut pas nous direlarai- :-^on de la diflérence des parfums produits

bE LA NATURE. gi

par la diverse élaboration des sucs. L'arrosement d'une essence parfumée communique aux feuilles et au bois l'odeur qu'on veut leur donner ; la fleur seule n'en reçoit jamais d'impression. Elle est l'image de notre ame : la douleur du corps , même les difformités , n'en changent pas la natme ; elle se communique , pour ainsi dire , à tout ce qui nous entoure, sans rien perdre de son élévation. Elle se fait distinguer même sous les haillons de la misère , comme notre hièble se fait reconnaître dans la fange des fossés. Sa tige est courte et épaisse , gainie d'une moelle compacte et légère comme celle du sureau avec lequel elle a quelque rapport; sa tige est cannelée, et rayée de deux verts différents. Ses feuilles sont composées et opposées ; le pédoncule qui les porte est large , substantiel, et comme un petit canal pour l'écoulement des eaux , au pied de sa tige cachée par les masses de feuilles. Le nombre des folioles n'est pas déterminé

il s'en trouve toujours une terminale , c'est-à-dire , impaire à l'extrémité. Les autres sont opposées , et ressemblent un peu par leur découpure à celles du saule, d'un vert foncé dessus , et plus clair dessous ; quelquefois il sort de petites feuilles plus délicates entre la tige et la branche. Chaque fleur , portée sur un petit pétiole , se groupe avec d'auties , et forme des panicules qui se rattachent à d'autres.

Chaque fleur , conune vous voyez , est fort blanche. Avec le temps vous découvrirez son calice ; il se distingue par de petites pointes roses et arrondies : cinq étamines blanches , avec de longues anthères, sont au milieu. Trois panicules remplissent les trois concavités du calice destiné à mûrir ses graines. On lui attribue des vertus salutaires , particuhèrement dans l'hydropisie : aussi se multi-plie-t-elle à l'infini. La fleui^ se métamoi'phose en petites baies noires et charnues.

Allons, mes chers amis, marchons dans ce temple touj ours ouvert à l'homme, où , comme le dit Bernardin de Saint- Pierre , par une suite de merveilles incompréhensibles, et surtout inimitables, la Divinité se joue de la puissance et de l'orgueil humain: elle les combat en leur jetant des fleurs. Si des maux aigus rappellent plus vivement aux hommes leur extrême faiblesse , ces flems qu'elle leur présente recèlent un fruit précieux dont les sucs les soulagent dans leurs maux.

Ce charmant écrivain nous a réellement appris à cormaitre la divinité.

Je vais vous faire voir la sauge des prés , salifia pratensis (diandrie , monogynie).

C'est toujours avec regi'et que je vois faucher, parce qu'on emporte ce beau tapis si agréable aux yeux.

La sauge estime espèce de labiée , et pourtant n'en fait pas partie. Elle n'a que deux étamincs , attachées par une espèce de ressort à la lèvre inférieure. Le pistil

est extrêmement long entre les deux antlières dressées au-dessus des é lamines. La fleui' est d'un beau bleu ou violet; son odeur est forte , et sa propriété très connue.

Une autre production charmante , et qui n'est pas assez admirée, c'est'la petite joubarbe, sedum album (decandrie, pentagynie). Elle fleurit sui' les vieux murs et sur les toits ; elle couronne aussi les pierres usées dont les supports sont guirlandes de capillaire. Le temps, la vétusté, les pluies , et les insectes , tout concourt à produire sur les pierres mêmes le lichen aplati , dont les contours affectent la forme de roses. Une espèce d'humeur ou terre productive croît sur le lichen : il y croît aussi mie mousse fine de laquelle vous voyez bientôt s'élever des fleurs.

Examinez cette plante avec attention , vous y verrez une tige ronde et rouge ; elle a pour feuilles de petites excroissances charnues, sans pétioles, sans arêtes, sans

filets , sans aucunes veines apparentes , et disposées alternativement ; elles sont rougeâtres en dessus , et vertes par dessous.

Si vous ouvrez cette feuille avec une épingle , il en sort une eau salutaire à beaucoup de maux. Messieurs de la Chapelle et Tissot la recommandent en topique dans les convulsions des enfants.

Au bout de la tige se forme sur plusieurs rameaux qui s'en détachent un joli bouquet de petites fleurs blanches , montées encorymbes. La petite corolle et les filets des étamines sont blancs; les anthères forment de petits points brmis ; les pistils son rosés ; ce qui donne à cette fleur un très joli aspect. Sur son Ut de mousse elle a un petit air de souverain.

En voilà assez, mes enfants , pour vous la faire connaître. Il est temps de rentrer. A demain.

Quinzième Matinée.

Bonjour , mes bons amis. J'arrive avec une branche de vipérine , echiiim vulgare ( pentandrie , monogynie ) .

Cette plante croît toujours au bord des chemins , et dans les coins les plus désagréables. La nature l'a munie de tout ce qu'il faut pour sa défense; elle est robuste et armée d'une pointe serrée, dure, et piquante : elle s'élève assez haut. Ses feuilles longues , et placées irrégulièrement, ont une défense du même genre:

leur partie supérieure est comme une râpe. Celles de la base sont plus grandes et plus multipliées ; c'est comme un buisson épineux. Chaque feuille soutient un

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pédoncule qui se charge Je fleurs sui' un de ses côtés; elles s'y rangent deux à deux. En vous promenant , vous examinerez cette fleur, et vous réflécliirez , comme moi, qu'il n'y a pas d'égalité parfaite dans la nature ; que toutes les plantes ont reçu d'elle une place et une propriété particulières ; et que ce mot égalité n'est qu'ime chimère dont on use très mal à propos. Plus vous vous instruirez , et plus vous en serez convaincus.

Tous nos philosophes modernes qui ont parlé d'égahté n'ont jamais pu la trouver, parce qu'elle n'existe, ni physiquement, ni moralement. Si la nature l'eût permis , il en serait résulté une uniformité désagréable dans ses productions , et dans les hommes beaucoup moins d'émulation, parce qu'il n'en existe pas un qui ne cherche à réparer d'mi côté ce qui lui manque de l'autre. S'il est né rachitique et petit , il fait ce qu'il peut

pour acquérir des talents qui réparent les défauts de sa conformation ; et il acquiert au moral ce qui lui manque au physique.

Vous voyez, mes amis, que cette tendre mère a tout prévu.

Yoici une crête-de-coq, rhinanthus crista galli ( didynamie , angyospermie).

Cette petite plante abonde dans les tejTes et dans les prés. C'est un fléau pour les cultivateurs, parce qu'elle pullule à l'excès , et que sa tige dure , ligneuse , mêlée dans le fourrage , ne nourrit point les bestiaux , et leur fait trouver le foin mauvais. Elle a aussi le défaut de stériliser le sol , parce que les autres plantes ne peuventpas vivre avec elle. C'est l'emblème des mendiants de profession. Dès qu'ils ont reçu l'hospitalité dans une maison, ils n'en sortent plus, et deviennent si exigeants que l'on est souvent obligé de changer de place pour s'en défaiie.

DE LA NATCRK. QC)

— Mais , maman , dit Caroline , vous nous avez toujours prêché la charité , comme étant la plus belle d€ toutes les vertus.

— Tu as raison, ma fille; elle l'est aussi : mais autre chose est d'être charitable, ou d'encourager le vice.

Frédéric le Grand exerçait parfaitement la charité; il ne souffraitpas la mendicité dans son royaume. Dès qu'il monta sur le trône de Prusse , il ordonna un dénombrement de tous les pauvres qui s'y trouvaient , fit établir des fabriques pour occuper ceux qui pouvaient travailler, des hôpitaux pour les enfants et pouv les infirmes ; de sorte que tous ceux qui mendiaient par paresse furent punis.

Il avait aussi ordonné à tous les magistrats de lui faire connaître en détail la cause des malheurs qui pourraient arriver à quelques-uns de ses .sujets, afin cju'on put voler aussitôt au secours do la veuve et de Voi^iheliu. Il était ainsi venu

à bout d'extirper de la société toute cette mauvaise herbe qui croît toujours beaucoup trop. Mais pour lespauvres honteux, il devenait leur père dès qu'il les coiinaissait.

Vous voyez , mes chers amis , qu'il y a une grande différence entre la vraie charité et l'ostentation de donner à tout venant , parce qu'on peut être très charitable sans bourse déUer. Celui qui ne peut pas donner rend souvent de plus grands services que celui qui donne beaucoup. A ce sujet je vais vous dire la fable du Chêne et du Chèvrefeuille :

Un Chèvrefeuille, arbrisseau si fragile, Du jardinier croissaif abandonné , Et, sans appui pour sa tige débile, Il languissait au malheur condamné.

XJn jour , hélas , l'Aquilon dans sa rage Flétrit l'honneur de ses rameaux naissants. Il va périr... Mais, dans le voisinage, iln Chêne augusie affronte les autans.

DE LA NATURE. lOI

De l'arbrisseau le danger, la jeunesse, Ont attendri le Chêne hospitalier ; Et, par ces mots, accueillant sa détresse: Un même sort, ami , Ya nous lier.

Tes faibles bras , vains jouets de l'orage , Enlace-les à mon tronc vigoureux.

Des vents ainsi nous braverons l'outrage, Ou sous leurs coups nous tomberons tous deux.

Le Chèvrefeuille à ce dieu tutëlaire Doit son salut, et l'oubli de ses maux. Rendu sans peine à sa beauté première , Bientôt il voit refleurir ses rameaux.

Le Chêne , enfin , fut dépouillé par l'âge ; Le Chèvrefeuille , à son tour bienfaiteur, Couvrit alors de fleurs et de feuillage Le flanc sacré de son libérateur.

— Maman , c'est bien l'emblème de la vraie charité ; — et aussi de la reconnaissance , mes aniis.

Allons ; Theure nous rappelle au château.

A demain , mes chers enfants.

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Seizième Matinée.

BoxNJouR, inaman. Dites-nous, je vous pi ie , aujourcVliui , ce qu'on appelle graminées. — C'est , mon ami , toutes les plantes qui portent des graines ou des fruits farineux. Le blé par exemple, a le premier rang parmi les graminées : c'est la plante qui nous intéresse davantage par les services qu'elle nous rend.

Examinons un peu cette plante miraculeuse. Je vais vous rapporter textuellement ce qu'en dit Bernardin de Saint- Pierre dans ses Harmonies de la nature.

Le blé , dit-il , a des harmonies avec le soleil, par le peu d'élévation de sa plante, qui en est échauftce dans toute sa circonférence; par ses feuilles linéaires et un

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peu concaves, qui en réfléchissent les rayons à son centre ; par les reflets de la terre qui l'environne , et qui renvoie sui lui la chaleur dont elle se pénètre. C'est un des avantciges des sites humbles sur ceux qui sont élevés , de jouir des plus petites faveurs des éléments , et d'être à l'abri de leurs révolutions. Aussi les herbes poussent-elles plus vite que les arbres. Le blé a encore d'autres rapports avec l'astre du jour par l'élévation de sa tige, couronnée d'un épis mobile , caverneux, et à plusieurs faces , qu'il présente dans une attitude pei'pendiculaire aux rayons du soleil , afin qu'il les échaulTe depuis l'aurore jusqu'au couchant. Les reflets de la chaleur y sont si sensibles , que , lorsque on observe une moisson en plein midi , il send)le qu'il en sorte une flamme , et que les épis soient lumineux. On peut trouver aussi les harmonies lunaires dans le nombre de nœuds qui divisent la paille du Idc : il sont en nombre

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égal à celui des mois Ituiaires , pendant lesquels elle a poussé jusqu'à la formation de son épi. Le blé a des harmonies aériennes par ses trachées , qui sont les poumons des plantes ; ensuite , par ses feuilles linéaires et horizontales , qui ne donnent point de prise au vent , par sa tige conique , élastique , et creuse, fortifiée de nœuds plus fréquents vers sa racine , où elle avait plus besoin de force que vers son épi : chacun de ces nœuds est encore fortifié par une feuille dont la partie inférieure lui sert de gaine : au moyen de ces dispositions elle joue sans cesse avec les zépliirs , qui lui font décrire les courbes les plus agréables. Vous voyez, mes chers amis, qu'elle résiste aux tempêtes qui renversent les chênes les plus majestueux.

Les harmonies aquatiques du blé se manifestent dans des feuilles creusées en échoppe , qui conduisent l'eau des pluies vers ses racines , qui , de leur côté , pom-

pent l'eau souterraine dont les vapeurs forment la rosée.

Ce dernier moyen suffit à sa nutrition : on en voit la preuve en Egypte , qui produit de si belles moissons , quoiqu'il n'y pleuve presque jamais ; mais la terre y est abreuvée par les débordements du

mi.

Elle a aussi des harmonies négatives avec l'eau par les balles de son épi. Ces balles sont ce qu'on appelle calices dans les autres fleurs. Ce sont des espèces d'étuis polis, minces, et élastiques, qui paraissent destinés à plusieurs usages.

Elles sont disposées par sillons droits, ou en spirales, qui réverbèrent les rayons du soleil sur la fleur. EUes enveloppent les grains , et les empêchent d'être endommagés dans leur croissance , par le choc mutuel de leurs épis agités par les vents. Enfin, chacune d'elle est surmontée par une longue aiguille , appelée \)avhe , qui paraît destinée à diviser les

jjoiittes de pluie qui feraient couler les fleurs , comme il arrive presque toujours au sommet , où elles sont moins abritées. Le blé a des harmonies avec la terre par ses racines divisées , par ses filaments , qui y pompent sa nourriture. Elles ne sont ni longues ni nombreuses , mais elles y adhèrent si fortement , qu'on ne peut les enlever sans emporter une portion du sol , ni rompre la paille , à cause de sa dureté. Yoilà , sans doute , les raisons qui obligent les laboureurs à scier ce végétal , plutôt que de l'arracher. Enfin , mes amis , la seule étude du blé nous indique un Créateur , dont la prévoyante bonté a tout fait pour que cette nourriture ne nous manquât pas. iVous trouvons dans sa paille de quoi nourrir nos bestiaux , nous y trouvons aussi des lits , des toiles , des liens , des nattes , des paniers , du feu , et des tra jectiles pour passer ks fleuves , à cause de l'air renjormé dans les chalumeaux. On en tire

aussi des boissons cordiales. Voilà tous les détails que je puis vous donner sur cette plante. Elle est aussi l'explication de l'Evangile que vous répétiez l'autre jour , la multiplication des cinq pains d'orge, ^oyez quelle quantité produit un seul grain : chaque grain produit uii épi , au moins , et cet épi , quelle quantité de grains , qui multiplient toujours davantage , et dont la source ne tarira jamais. On appelle aussi graminées le riz , l'avoine , l'orge.

Je vous parlerai plus tard des productions étrangères ; mais , avant tout , il faut connaître les nôtres. C'en est assez pour aujoiud'hui; demain nous irons au verger, pour varier nos études.

Dix-septième Matinée.

Bonjour , mes amis. Arrêtons-nous d'abord à l'abricotier , prunus armenica (icosandrie, monogynie). On le nomme ainsi , parce qu'il est originaire d'Arménie, Son écorce est brune , lisse, et unie ; ses branches , qui s'allongent, paraissent en général plus flexibles qu'elles ne \e sont en effet. JNous ne voyons encore qu'une légère pointe de feuillage, et ce n'est même qu'à l'extrémité de chaque branche. Les fleurs se groupent avec peu de régularité : plus la branche est courte, et plus elles s'y jiressent. Aussi, vous voyez très souvent les plus beaux abricot? par paquets. Quelle surprenante va-

riété s'offre à l'observation, sans sortir d'un verger I

Profitons du peu de temps que le printemps nous laisse , pour examiner ces merveilleuses productions.

Je sais que vous aimez beaucoup les abricots ; vous en mangerez avec plus de plaisir , quand vous aurez étudié l'arbre qui les porte.

Examinez d'abord ce rempart de petites* écailles brunes , à triple rang , qui protègent le bouton, avant qu'il fleurisse, et dès qu'il est épanoui. \ous voyez que le calice est rouge-brun , assez épais , divisé en cinq parties. Dès que la corolle s'ouvre , ses pétales , d'un blanc d'albâtre, forment une coupe. Les cinq divisions du calice s'abaissent entièrement au-dessous d'elles.

Les pétales sont au nombre de cinq , et s'étaminent au nombre de plus de vingt. Les anthères sont jaunes , une substance molle , et couleur d'abricot , se

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