‹ Nouvelles petites études de la natureChapitre 4 sur 7 · IIO NOUVELLES PETITES ETUDES · texte numérisé non relu

IIO NOUVELLES PETITES ETUDES

trouve au fond du petit calice , et humecte son tissu intérieur , jusqu'à la ligne d'insertion des étamines. Le pistil est au fond , son style est très court , bifide et brunâtre , comme un point à son extrémité. L'ovaire est aussi très petit , verdâtre , et couvert de duvet. C'est ce petit corps imperceptible qui formera bientôt un abricot ; c'est-à-dire , si vous l'aimez mieux , un beau et bon fruit, avec une pulpe délicieuse , un noyau d'mi bois très dur , une amande excellente, revêtue d'une peau épaisse ; et le tout rendra un parfum délicieux. Dites-moi , je vous prie , mes amis , si vous pourriez faire un abricot. — Oh ! non , maman , pas plus qu'un grain de blé. — Eh bien ; mes enfants , croyez- vous d'après nos observations , que le hasard seul ait pu enfanter d'aussi bonnes choses ?

— Mais , raaman , il faut être fou pour le penser. Il n'est pas une production qui n'oifre à ro:il un miracle de la toute-

puissance divine. — Tu as raison , mon fils; l'étude de la nature est celle qui nous rapproclie le plus de la divinité'. Elle nous identifie , pour ainsi dire , avec elle. Combien nous serions heureux , si nous lui rapportions toutes nos jouissances I Par exemple , en mangeant une pèche que nous allons examiner , la reconnaissance nous la fera trouver meilleure. Voici un pécher. Cet arbre vient de Perse , son nom est amygdalus persica (icosandrie, monogynie ). On dit que ce fruit est un poison dans son chmat : si cela est , cet adage est vérifié , que l'on gagne à voyager.

Rien de plus frais que la fleur du pêcher. Il est mallieureux que , pour rendre ses fruits plus beaux , on le confine contre une muraille. On étend ses branches arrondies que la nature destinait à se comber. On le taille , on le contrcdnt , on lui enlève même cette surabondance de fleurs qui flattent l'œil si agréablement. Enfin , on le traite comme on trai-

tait les enfants dans ma jeunesse : pour leur donner une tournure noble , on les rendait contrefaits.

— Ah ! c'est bien singulier. Que leur faisait*on ?

— D'abord on les enfermait dans un corps bien dur , avec lequel ils ne pouvaient ni jouer ni manger à leur aise.

Dans quelques provinces de France on les couchait ainsi. J'en ai vu qui devenaient pourpres en dormant , et qui en s'éveillant sentaient un malaise qu'ils ne pouvaient pas exphquer. Ensuite, pour leur rendre leur figure plus à la romaine, on leur tirait le nez sans cesse : on épi- Ifiit leurs cheveux sur les tempes , pour y marquer cinq pointes. Leur caractère s'aigrissait à force de souffrances ; et ces^ pauvres petits devenaient souvent rachitiques ou contrefaits. Il était passé en^ proverbe chez les nations étrangères , lorsqu'on voyait quelques personnes maigres et petites , de dire : ce sont des Français. J'ai gémi long-temps sur cette

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horrible mode. Nous en serions encore là, sans la plume courageuse de quelques écrivains , vi-aiment amis de l'humanité.

— Qui sont , maman , les auteuis à qui nous devons tant de reconnaissance ? — Berquin et Beaumarchais. Ils ont eu beaucoup de préjugés à vaincre , pour renverser l'empire de la mode. Mais Texpérience ayant justifié leur opinion , ils l'ont emporté , pour la santé de la génération présente.

Mais revenons à notre pécher. Ses fleurs ont beaucoup de rapport avec celles de l'abricotier. Voici un 1 rugnon. C'est encore de la même famille : quoique moins joli que la pèche il trouve pourtant des amateuis. Je crois que l'art a fait un amalgame de ces trois fruits , et que la nature s'y est prêtée pour les améUorer tous trois. C'en est assez pour aujourd'hui. Demain nous viendrons examiner les prunes et les cerises.

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Dix-Huitième Matinée.

Eh bien ! mes amis , aimez-vous toujoui's l'étude des arbres fruitiers? — Oui, maman : mais , avant tout , nous voulons vous demander s'il n'y a pas im autre figuier que celui-ci ; car les feuilles ne paraissent pas assez larges pour avoir pu couvrir Adam et Eve , à moins qu'ils ne les eussent cousues , mais il n'y avait encore ni fil ni aiguille. — Vous avez* raison , mes enfants , ce n'est pas notre figuier qui frappa les regards dans le paradis terrestre. C'est le bananier , communément appelé figuier d'Adam. Cet arbre démontre à lui seul la prévoyante bonté du Créateur. Il croît sous la zone

torride. Sa tige peut avoir de neuf à dix pieds d'élévation ; elle est formée d'un paquet de feuilles toiu-nées en cornet, qui sortent les unes des autres ; et , s'étendant au sommet du bananier , y forment un magnifique parasol. Ses feuilles , d'un beau vert satiné , ont environ un pied de large sur six de long. Elles s'abaissent par leurs extrémités , et formeat par leui' courbure , un berceau charmant, impénétrable au soleil et à la pluie.

C'était sous cet abri , sans doute , que nos premiers parents se reposaient et prenaient lems repas. Comme les feuilles du bananier sont fort souples dans leur fraîcheur, les Indiens en font toutes sortes de vases , pour mettre de l'eau et des aliments. Ils en couvrent leur corps ; et tirent un paquet de fil de h. tige, en la faisant sécher. Une seule de ces feuilles , donne à un homme une ample ceinture, et deux peuvent le couvrir de la tête au pied , par devant et par derrière. Un jour Bernardin de Saint-

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Pierre vit , à l'Ile-de-France , près de la mer , parmi des rochers ^ marqués de caractères rouges et noirs , deux nègres tenant à la main , l'un une pioche , et l'autre une bêche : ils portaient sur leurs épaules un bambou , auquel était attaché un paquet enveloppé de deux feuilles de bananier. Il crut d'abord que c'était un gros poisson qu'ils venaient de pêcher ; mais c'était le corps d'un de leurs infortunés compao-nons d'esclavage, auquel ils allaient rendre les derniers devoirs , dans ces heux écartés. Ainsi , vous voyez , mes amis , que le bananier seul donne à l'homme de quoi le nourrir , le loger , rhabiller , et l'ensevelir ; et que la simple nature donne aux Indiens tout ce qu'il leur faut , sans frais , et sans culture. Ce n'est pas tout : cette belle plante qui ne produit son fruit dans nos serres qu'au bout de trois ans , comme on peut le voir dans celle du Jardin-des-Plantes de Paris , le donne sous la ligne dans le cours d'un an ; après quoi la tige qui l'a

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porté se flétrit. Mais elle est entourée d'une douzaine de rejetons de diverses grandeurs qui en porte successivement ; de sorte qu'il y en a en tout temps , et qu'il en paraît un tous les mois .

n y a une multitude d'espèces de bananiers , et de différentes grandeurs , depuis celle d'un enfant jusqu'à celle du double d'un homme ; depuis la longueur du pouce jusqu'à celle du bras ; de sorte qu'il y en a pour tous les âges. Le fruit s'appelle banane, et une seule peut nourrir deux personnes à un repas. L'espèce commune , appelée figue-banane , est onctueuse , sucrée et farineuse ; et elle offre une saveui' mélangée de la poire de bon-chrétien et de la pomme de rainette : mais elle a de la consistance , et * peut également nourrir les enfants et les vieillards. Elle ne porte point de semence apparente , ni de placenta ; comme si la nature avait voulu en ôter tout ce qui pouvait apporter le plus léger obstacle à

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l'aliment de l'iioinme. C'est , de toutes les fructifications, la seule qui jouisse de cette prérogative. Elle en a encore d'autres , non moins rares : c'est que , quoiqu'elle ne soit revêtue que d'une simple peau, elle n'est jamais attaquée, avant sa maturité parfaite, par les insectes ni par les oiseaux ; et qu'en cueillant son fruit un peu auparavant , il mûrit parfaitement dans la maison, et se conserve un mois dans toute sa bonté. Les espèces de bananes sont très vciriées en saveui*. Il y en a de délicieuses aux Moluques , dont les unes sont aromatisées d'ambre et de cannelle , d'autres de fleurs d'oranges. Toutes les terres , sous la zone torride, produisent cet arbre utile. Le voyageur Dampierre l'appelle le roi des végétaux : mais le cocotier lui dispute ce titre. En voici bien assez, mes amis , sur cette production ; il est trop tard pour parler d'autre chose : il suffit que vous ne confondiez plus notre figuier avec celui d'Adam. A demain.

Dix-Neuvième Matinée.

Bonjour , mes amis. Allons encore aujourd'hui au verger examiner le prunier, pTunus domestica cereola (icosandrie , monogynie ).

Voyez , mes amis , avec quelle grâce il élève ses rameaux en les courbant. li semble nous inviter à nous reposer sous son feuillage : et lorsque ce fruit sera miir , il sera bien plus attrayant encore. Celui-ci est un prunier-reine-claude. Il n'appartient pas trop à l'œil de distinguer la fleur qui brunira son fruit. C'est le secret de l'artiste divin. Le laboratoire est établi dans les branches et dans les feuilles. En nous instruisant, nous

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apprenons que nous ne savons rien ; mais adorons l'auteur de t.int de merveilles.

Examinez cette corolle blanche , dont les cinq pétales concaves sont retenus au bord du calice par leur onglet ; et ces vingt étamines sortant de leurs anthères-citron : un pistil attaché au fond d'un très petit calice élève son long style verdâtre. \oilà la composition de cette fleur qui nous donnera un fruit si agréable à manger.

Examinons maintenant le cerisier. On dit que Lucullus rapporta cet excellent fruit de ses triomphes sui' Mithridate . En vérité , les Arméniens nous ont fait de très jolis cadeaux. Les espèces de cerises se multiplient à l'infini : elles produisent en général tant de fleurs , que les zéphyrs semblent se jouer avec elles; et que les passants s'en trouvent comme inondés. Les fleurs de toutes les sortes de cerises sont toujours en bouquets : ce fruit charmant porte avec lui une sorte

d'hilarité ; il se prodigue aux pauvres comme aux riches : il guérit les fièvres et les inflammations. Si c'est le fruit le plus commmi , il est aussi le plus salutaire.

Toici un figaiier (didynaiAie , gymnospermie). Son fruit est aussi très bienfaisant , et se conserve , comme vous savez , pour l'hiver , comme les prunes.

Nous avons encore beaucoup d'autres arbres à étudier ; nous sommes sortis trop tard, aujourd'hui, pour en examiner davantage. Demain, nous irons à la prairie, parce que l'étude des plantes est la plus nécessaire , quoique la moins suivie. Au revoir , mes enfants.

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Vingtième Matinée.

Bonjour, mes enfants. En nous promenant , examinons la marjolaine , autrement nommée am'igan , auriganum vulgare.

Vous voyez souvent cette fleur dans les guirlandes des fêtes de village. Regardez à travers les buissons , vous verrez sa tête ronde , brune et rose. Les noires épines de la haie sont chargées de lianes de brioines blanches ( didynamie , gymnospermie ) , dont les fleurs , séparément , mâles ou femelles , s'attachent, au moyen d'une vrille serrée. La marjolaine croît à travers leur tige : elle attire par son doux parfum : ses fleurs sont

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disposées en bouquets arrondis au sommet de chaque rameau. La tige de l'auligan est carrée , ligneuse , verte , et rougeâtre , comme par raies ; et velue , par précaution contre tous les dangers qui entourent son berceau.

\ oici le galéopse , galeopsis ladanum ( didynamie , gymnomospermie ) . Nos sentiers sont bordés depuis quelques jours de cette jolie plante. C'est une labiée ; elle s'appelle reine des champs : elle est pleine de giàces. La corolle est rose ; les flems sont verticillées ; les étamines blanches à tète jaune : l'ensemble de cette fleur est d'un très joli effet.

— 3Iaman , voici une autre ilem- assez singulière ! — C'est la mille-feuille , achilea millefolium ( syngénésie , polygamie superflue ) , autrement nommée Fherbe aux charpentiers , ou l'herbe aux coupures. Pilée et appliquée dessus, elle les guérit de suite ; elle est pour £«?t etlet très commune et très mulli-

pliée , comme tous les utiles présents de la nature. ^

Les feuilles de la mille-feuille ont une configuration particulière. Vous voyez qu'une espèce d'arête creusée au milieu part de la tige alternativement , d'uji côté et de l'autre. Deux ou trois de ces arêtes se rattachent quelquefois au même point sur la tige, et ce sont comme autant de bouquets. De chaque arête s'échappent de petites découpures de feuillages qui se frisent autour de l'arête. Chacune de ces découpures est comme un fil vert, auquel se rattachent de plus petits , imperceptiblement découpés. Aussi ces découpures sont placées des deux cotés de l'arête en étages rapprochés, de manière qu'il serait difficile d'aplatir l'arête et de rétendre sans croiser les petites folioles. La tige est ronde , rude , blanchâtre , et velue. -Les feuilles sont d'uu vert plus foncé. C'est des aisselles de ces bouquets de feuilles que partent les pédoncules

alongés qui soutiennent à leur sommet le bouquet de fleurs. Chaque calice semble composé de petites écailles très fines , blanchâtres , et serrées.

— Oh I maman ; que de travail dans une plante de mille-feuille I — Oui , mon ami : la nature semble se jouer de nos observations. Mais c'en est assez poui* aujourd'hui.

Vingt-et-Unième Matinée.

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Bonjour, mes enfants. Je vous apporte unejacée, centaurea jacea (syngénésie, polygamie fausse ). Elle n'est pas jolie ; elle semble plutôt le rebut de la nature que l'objet de ses complaisances : mais elle nous fournit plus d'une réflexion. Ses feuilles sont couvertes de tubercules:

c'est le domaine etle berceau de plusieurs tribus. Un million d'insectes viennent s'y loger et y déposer leurs œufs. L'insecte s'insinue d'abord entre l'épiderme de la feuille et sa substance , ce qui produit ce gonflement que vous voyez. Percez un de ces tubercules avec une épingle ; à l'aide d'une loupe , vous y verrez toutes

sortes d'insectes, un grand nombre enfin dont nous n'avons pas encore la nomenclature.

Cette fleur est l'image d'un être vicieux , qui réunit à la paresse les goûts les plus vils. Elle n'exhale qu'une mauvaise odeur ; et si on la touche , on en conserve long-temps l'impression. Tel est l'effet des mauvaises socie'tés. C'est ce qui fait dire à madame de Lafitte, en parlant à une clochette des jardins :

— Qui es-tu , toi , qui exliales une si douce odeur ?

— Je ne suis qu'une simple fleui^ ; mais j'ai vécu parmi les roses. »

Cela répond , vous comprenez , mes amis, à « Dis-moi qui tu hantes, je te dirai qui tu es. »

Passons à une fleur plus aimable. Voici un brin d'aigi'emoine , agrimonia ( dodécandrie, digynie). Vous voyez qu'elle est comme une giande flèche , grêle et menue , bien verte , assez roide , un peu

cannelée; depetites fleurs jaunes attachées alternativement sur la tige par de petits pétales très courts , et presque adossés , lui donne assez l'air d'un bâton d'or. Les fleurs sont de petites étoiles à cinq pétales ronds, dont le cinquième estau milieu des deux inférieurs. On y compte douze étamines jaunes , qui forment un bouquet touffus. Les anthères sont brunes, les deux pistils de même. Le calice est en forme de vase , couvert de poils assez longs Cette fleur va de compagnie avec la marjolaine.

Ah ! maman , voici une belle petite plante ! Comme ces feuilles sont jolies I — C'est le grand tithymale , ou réveillematin , euphorbia helioscopia ( dodécandrie, trigynie). Il y en a de plusieurs sortes. Vous voyez que chaque pédoncule semble porter une ombelle , et que le tout en forme une grande. La substance qui forme le tube et les étamines est molle, et , lorsqu'on la divise , il en sort un lait

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corrosif que tous les enfants connaissent, et qui fait mal aux yeux , s'il en saute dedans ; ce qui sûrement l'a fait suinommer réveille-matin.

C'en est assez sur cette plante : nous nous oublions; nous sommes attendus pour dîner. A demain , mes amis.

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Vingt-Deuxième Matinée.

Bonjour , mes chers enfants. Nous allons aujourd'hui nous promener au bord de l'eau ; un lit de plantes aquatiques embellit ses bords.

Arrêtons-nous à l'osier fleuri ; c'est un très joli petit arbrisseau : il se nomme , en termes de l'art , epilobium angustifolium (octandrie, monogynie). Sa tige est bgneuse , ronde , dure , et pourtant flexible. Sa peau , d'un ver clair , est couverte d'un duvet très doux. La tige principale porte plusieuas branches qui ontelles-mèmesplusieui's rameaux. Tout, dans cet arbuste , a de la légèreté et de la grâce. Les tiges ne gardent pas de rè-

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gles dans leur pousse ; les feuilles en sont sessiies , et se rétrécissent vers le sommet : la corolle est très délicate ; à peine la branche est-eUe cueillie , qu'elle se pencheetse flétrit, comme imejeune personne que l'on enlève à sa famille . Je vous laisse examiner toutes les beautés de cette charmante fleiu'; vous m'en rendrez compte.

Cueillons la belle salicaire. Son nom latin est Ijthrum salicaria (dodécandrie, monogynie). ]\ous ne pourrons guère la voir sans nous exposer à la piqûre des orties, qui semblent placées autour d'elle pour sa sûreté. La salicaire s'élève assez haut; sa tige est ligneuse et rougeàtre; ses feuilles, qui ressemblent à celles du saule , sont alongées , hsses , veinées , et amplexicaules , c'est-à-dire , qu'elles embrassent la lige : elles sont opposées. Les fleurs , d'un rouge nacarat bien vif, sont disposées en riches épis fort alongés; elles se balancent, avec mie grâce infinie,

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sur ses rameaux flexibles. De petites feuilles vertes et légères soutiennent alternativement les aimeaux pressés de ses fleurs. Versle sommet, elles ne sont longtemps que des boutons. Les feuilles qui les abritent ont un velouté doux , qui se mêle à celui de leur calice , et de lems pointes, qui s'étendent toutes pour mieux protéger leur trésor. Cette plante a beaucoup de propriétés en médecine , comme toutes les plantes aquatiques. Cherchons, en nous promenant , la piaire germanique , stachys germanica. Sa tige et ses feuilles sont tellement veloutées et cotonneuses , que l'on dirait d'mie belle fomrure fine et blanche, montée sur un satin vert pâle. C'est encore mie labiée , sa tige est hgneuse , épaisse , carrée , et profondément cannelée des quatre côtés.

Bernardin de Saint-Pierre pense que les cannelures sont aut-ant de canaux qui facilitent l'arrosement de la racine. Il dit

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que sans eux le pied de la plante pourrait demeurer à sec.

Ses feuilles paraissent impénétrables à l'orage même : ce sont autant de pelisses ou de toisons dentelées régulièrement smses bords , veinés sans doute pour la circulation du suc nourricier qui abonde dans leur tissu.

Ces fleurs , élevées dans des berceaux de coton, sontpetites et délicates, couleur de rose et blanches. Je vous laisse à examiner le reste de leur construction ; cela nous tiendrait trop long-temps. J'ai aujourd'hui des affaires qui me rappellent; ainsi , mes enfants , à demain.

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Vingt-Troisième Matinée.

Bonjour , maman. Nous vous demanderons aujourd'hui de retourner au verger ; nous avons encore bien des choses à examiner.

— C'est vrai, mes enfants. Mais il ne faut pas croire qu'un printemps nous suffise pour connaître toutes les productions de la terre . Notre vie suffiiait à peine , fut-elle longue, pour nous instruire des détails de ses productions.

Je vous ai prévenus que nous ne ferions qu'ébaucher cette science utile et agréal)le. Tous les grands naturalistes qui ont traité cette matière ont laissé encore bien des choses à dire. Mais je suis bien aise de

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voir votre dësir d'approfondir , et je vous aiderai de tous mes moyens. Chemin faisant, examinons le noisetier, corylus ai^ellana (monœcie, polyandrie). Le noisetier ou coudrier forme , comme vous savez, de jolies buissons sans épines. Il borde généralement les bois. C'est une grande fête pour les villageois d'aller se reposer sous son ombrage en cassant ses fruits. Il se traite plus d'une affaire de famille sous ce charmant berceau ; mais aujourd'hui il est encore trop dégarni de feuilles pour nous offrir son ombrage.

La fleur du noisetier , comme celle de presque tous les arbres fruitiers , est monoïque, c'est-à-dire que, sur le même arbre , les fleurs mâles et femelles sont distinctes. Les fleurs mâles sont agrégées en forme d'épi : on voit jusqu'à sept à huit de ces épis , dont les courts pédoncules se touchent , et retombent à la fois, comme un gland jaunâtre , émoucheté de brun. On appelle fleurs en chaton celles

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qui , réunies sur un axe commun , ne portent aucun fruit : c'est le nom qui convient à la disposition de celle dont je parle.

Examinons la petite fleur qui produira un fruit enveloppé d'une espèce de coiffe, défendue par une coque d'un bois très dur , et recouvert d'une robe verte. Chaque fleur n'est qu'une réunion d'étamines très courtes, soutenues par mie petite membrane taillée en forme de cuiller : sa partie extérieure, qui est la plus large, se recourbe et se divise dans son épaisseur en deux petites lames, plus fortes l'une que l'autre. La lame intérieure se divise en deux, pour se replier sous l'extérieure, qui se termine en pointe , et qui prend cette teinte brune qui nous promet des noisettes.

Passons à un amandier , amygdalus commulus (icosandrie, monogynie). Ce fruit ne croît véritablement bien que dans les pays chauds : notre climat ne le possède qu'à force de culture.

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Tel est l'effet de l'éducation , elle peut . vaincre bien des obstacles , et même civiliser un sauvage.

L'écorce de l'amandier est biune et raboteuse , et de ses branches irrégulières et dures nous voyons s'élancer des jets plus verts, plus flexibles , et plus minces, lien sort alternativement de petits boulons, dont l'enveloppe est brune comme récorce. C'est sm' ces appuis que naissent les boutons qui renferment les feuilles, et qui , à travers une triple enceinte d'écailles progressives en hauteur, et toujours moins épaisses et moins colorées dans l'intérieur, laissent échapper la pointe de feuillage qui bientôt se développera en entier. Quel art merveilleux dans Tarrangement de ce berceau, et des frais nourrissons qu'il protège. Après ce ti'iple rempart écailleux , deux membranes blanchâtres s'embrassent et se croisent autour des feuilles naissantes: on les aperçoit phées en deux longitudinalement sur elles-mêmes. 8 "

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Les fleurs de l'amandier se groupent en bouquets par intervalle, et en nombre inégal; c'est surtout à l'extrémité des branches qu'on les voit établir leurs pétales d'albâtre. Nous voyons e'clore ce précieux bouton. Une quadruple enceinte d'écaillés brunes , élevées par étages , a servi de première sauve-garde au trésor. Un dernier rang, plus flexible et plus délicat , est comme le dernier voile derrière lequel s'élève le calice qui l'échauffé d'un léger duvet. Ce calice est d'un vert tendre , nuancé de rouge , et bordé de ce duvet si doux et si léger par cinq divisions arrondies , qui se renversent à mesure que la corolle se déploie. Plus de vingt étamlnes étalent au-dessus de ces pétales leurs colonnes de marbres , surmontées de chapiteaux d'or. Le calice est creusé comme un vase ; vme substance molle et jaunâtre en tapisse les parois. Tout, dans cette fleur, a le parfum et le rroiit de l'amande. Elle est , comme le dit

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Bernardin de Saint-Pierre , le temple où la nature opère ses bienfaisants prodiges.

lime semble, mes amis, que Tamandier nous a mené bien tard. Ainsi, à demain.

Vingt-Quatrième Matinée.

Bo-NJOUB , mes enfants. Aujourd'hui nous irons au bois. Il faut varier nos plaisirs.

— Oh oui , maman.

— J'aperçois le cornouiller , cornus nias ( tétrandrie , monog^^nie).

Un arbre a pour moi quelque chose de majestueux et de vénérable , qui inspire le respect. Il me semble voir en lui un de nos aïeux, qui a vu passer trois ou quatre générations , et qui a donné l'hospitalité aux voyageurs fatigués.

L'arbre , qui pompe l'humidité de la terre , qui rend avec usure ce qu'il a emprunté , après nous avoir fait jouir ; qui porte dans ses branches le domicile de

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tant d'oiseaux ; qui est le dépositaire des secrets de l'amour et de l'amitié ; et qui, après sa mort , nous est encore utile , en égayant nos fioyers , et soutenant nos cabanes: sans lui , que ferions-nous?

— Oh, maman , tout porte l'empreinte d'une main divine dans la création I

— Retournons à notre cornouiller.

L'écorce en est rougeatre et assez lisse , ses branches s'étendent au hasard , il sort de chacune des grandes un nombre infini de plus petites , qui sont comme des pédoncules au sommet desquelles je vois deux pellicules qui paraissent être un cahce qui s'entr'ouvre pour laisser sortir un plateau , qui porte une aigrette de fleurs. C'est , sans doute, à l'abri de ces deux enveloppes latérales que se, développent les feuilles; c'est de là que s'échappent les fleurs cjui nous donneront des cornouilles.

Ces fruits ressemblent un peu aux cerises ; ils sont rouges comme elles , un peu plus alongés, le noyau plus gros.

C'est une fête pour les villageois de les aller cueillir au bois , parce que c'est la dernière partie de l'automne. Ce fruit n'est pas agréable à manger ; mais il est beaucoup employé en médecine.

\oici un chêne. Quelle majesté I Voyez comme ses feuilles sont découpées, et son ëcorce épaisse. Tout en lui est utile: son fruit que l'on appelle gland , est très bon pour engraisser les porcs , et la farine du gland est d'une grande ressource pour la volaille , même pour les humains. En brûlant le gland comme du café , il pourrait , au besoin , le remplacer , et il engiaisserait promptement.

Voici un groseilher épineux, ce qu'on appelle communément groseilher à maquereau, ribes ui^a crispa (pentagynie , monogynie).

Rien n'est plus intéressant que le développement d'une feuille de groseillier.

Suivons-le ensemble.

D'une tige dont l'ècorce est raboteuse et grise, nous verrons partir des branches

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irrégulières: comme la ti^e principale, elles sont armées de piquants , ou épines très pointues , qui ne paraissent point adhérer au bois. Ces épines, pour la plupart , sont composées de trois piquants , adliérant ensemble , et dont celui du milieuv, plus fort et plus alongé, paraît former un angle droit avec les autres ; c'est une espèce de fortification faite poui- protéger le pédoncule ligneux qui va porter les feuilles et le fruit. C'est donc au sommet de ce petit pédoncule bgneux que vous verrez éclore deux ou trois légères écailles , et se développer un petit éventail arrondi , qui étend ses plis peu à peu comme par ressort. Sa forme est demicirculaire ; elle a neuf profondes découpures , peu sensibles , mais qui facilitent l'art avec lequel ce tissu délicat est plié et renfermé dans l'écorce , et la laisse prendre cette forme arrondie qui rappelle parfaitement ces éventails dont un étui renferme le réseau , et le fait sortir peu à peu : un duvet léger le rehausse ainsi

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que le dessous de la feuille. Ces feuilles sont ordinairement trois ensemble , de grandeur inégale: un seul bouton d'écaille les produit à la fois ; disposée ellemême en demi-cercles , la fleur occupe au-dessous d'elles la quatrième place ; et quelquefois un même pédoncule ligneux donne plusieurs bouquets semblables , tout près les uns des autres. De cette manière , un buisson de groseilles est fourré comme un petit bois. Rien , à mon avis , n'est plus joli que ses branches grisâtres, courbées négligemment par la main de la nature ; elles forment des guirlandes qui blessent lorsqu'on les touche.

Ne sont-elles pas l'emblème des plaisirs de ce monde? Ils flattent d'abord notre cœur et nos sens, mais ils causent souvent desblessures incurables, à moins que l'on ne fasse comme en cueillant la rose ; que l'on ne prenne que le fruit , en laissant les épines sur la tige.

Allons , mes amis ; c'en est assez pour aujourd'hui.

Vingt-Cinquième Matinée.

Eh bien , mes enfants , où irons-nous aujourd'hui?

— S'il vous plaît, maman, nous exeiminerons la luzerne et le sainfoin.

— De tout mon cœur , mes amis ; elle se nomme en latin mcdicagosatwa { diadelpliie, décandrie) . Elle estd'une grande utilité pour le bétail; sa tige est ligneuse, ronde et fort unie ; vous voyez qu'elle se partage en plusieurs rameaux 5 elle est vivace , et occupe long-temps le terrain où elle est; elle est aussi fort longtemps à croître , on la fauche , et elle repousse. Ses feuilles sont alternes sur les branches , et disposées en bouquets , comme celle du trèfle, famille très nom-

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breuse , dont la luzerne fait partie.

C'est au sommet de chaque rameau que se rangent les fleurs, quoiqu'elles ne forment pas un épi régulier. Un des côtés du pédoncule paraît plus chargé que l'autre. La fleur, d'un violet uni, est enfermée dans un petit calice , ou étui , à cinq divisions. L'étendard déploie en petit les grâces et les formes que l'on admire dans les pois de senteur.

Passons au sainfoin, hedysarum onbrychis (diadelphie, décandrie). Le sainfoin se sème comme la luzerne , pour plusieurs années: c'est encore mie prévoyance de la nature , car il y aurait souvent disette pour les bestiaux. Ses fleurs sont d'un rouge nuancé. Le fruit qu'elle produit est comme un petit poil , mais son enveloppe est d'une inconcevable dureté; elle est ronde comme la graine qu'elle renferme. Ses deux surfaces sont renforcées par une sorte de broderie , que l'on dirait d'une armure antique.

— Maman, voilà une herbe bien baute et bien mince. — C'est du chanvre , mes amis, dont la graine se nomme chénevis. C'est avec cette herbe que l'on fait le fil qui nous fournit de si belles toiles.

— C'est, je crois, maman, ce qu'il y a de plus miraculeux dans la nature.

— Tu as raison , mon fils ; tout , dans cette plante , porte le cachet du grand Maître qui a tout fait. Il faut savoir que cette petite graine , qui nourrit les perroquets, germe dès qu'elle est dans la terre. Elle montre une petite tige déhcate , et d'un vert charmant ; sa fleur est nuancée degTis. Les vents la courbent quelquefois, mais un rayon de soleil la relève aussitôt: elle semble si faible , qu'on à peine à croire qu'elle puisse supporter les ouragans ; mais sa faiblesse est sa sauve-garde. A sa parfaite maturité on la fauche ; puis on la laisse quelque temps sur la terre ; après quoi , on la fait rouir dans l'eau ; ensuite on la teille , bat et démêle.

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C'est dans cet état qu'elle s'appelle lilasse. Puis on la file pour en former un iil , quelquefois assez fin pour faire de la batiste. Ensuite on la blanchit , soit à la cliaux , ou sur l'herbe.

Yous voyez, mes enfants , combien cette plante est utile. Ce n'est pas encore là toute sa métamorphose. Lorsque la toile est usée elle sert à faire le papier ; après que le papier est sale et chiffonné , il sert encore à la fabrication du savon. Que d'actions de grâces ne devons nous pas à celui qui nous a donné tant de choses utiles , et l'industrie pour en faire usage.

N'êtes vous pas persuadés , mes amis, que , plus nous sommes instruits , et plus nous connaissons la grandeur de Dieu , et Fétendue de sa puissance.

— Oh I oui , maman , à demain.

DE LA ?<ATURE. Iqi)

Vingt-Sizième Matinée.

Nous allons commencer par la verveine , veri^ena officinalis ( diandrie monogynie ) , c'est un monument de l'antiquité que plusieurs peuples révèrent encore. Les druides la coupaient au printemps , et le gui de chêne en hiver , ce qu'ils appelaient le gui sacré. C'était sous cet arbre qu'ils décidaient les affaires les plus sérieuses.

Le peuple anglais a conservé l'habitude de parer ses maisons de gui , tous les ans à Noël. On cherche les branches les plus fortes et les plus anondics, pour les pendre au plafond de la cuisine ; c'est dessous ses rameaux que l'on doit

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donner les étrennes aux domestiques. Ils prétendent qu'il répand des bénédictions sui' celui qui donne , comme sur celui qui reçoit. Ils emploient encore la verveine avec une sorte de vénération , le plus souvent en topiques ; etl'efFet qu'elle produit est pour eux d'xm bon augure , parce que les druïdesses s'attachaient un brin de verveine aux talons , et couraient nues à une distance marquée. Les augures alors se tiraient du sens que la verveine prenait dans la course.

Ces vieux préjugés sont encore dans l'esprit des habitants de la grande et de la basse Bretagne. Je ne sais si jamais ils s'effaceront , mais je sais que la verveine subsistera toujours , parce qu'elle est utile : examinons-là.

C'est une plante grêle et très large ; ses rameaux sont très frêles et alternativement opposés à de grandes distances ; sa tige est verte , carrée , et pleine d'aspéïités que l'on sent à sa surface. Deux

DE LA NATURE. l5l

profondes cannelures se trouvent toujours sur la tige principale. Les deux faces de la tige où la cannelure ne domine pas sont cannelées aussi , mais dans un autre sens. Les feuilles y sont très rares; on n'en voit guère que deux sur la tige principale , et deux à chaque nœud formé par le départ des deux branches latérales. Elles sont sessiles , dures au toucher, et découpées profondément sans régularité. Il eu pousse quelquefois par hasard deux sur les petites branches; cependant , il pousse à leur sommet de petites fleurs qui sont des miniatures. Un petit tube blanc , qui s'élève en roue , forme cinq découpures arrondies , nuancées d'un lilas charmant posé sur- un blanc mat. \oilà , mes amis , la verveine : ses propriétés sont connues; et vous la reconnaîtrez toujours. Mais je m'aperçois que nous nous sommes oubliés dans nos réflexions : ainsi à demain.

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Vingt-Septième Matinée.

Nous commencerons aujoiu'd'hui la journée par la campanule , à feuilles de pêcher , campanula persicifolia ( pentandrie , monogynie). Elle porte aussi le nom d'agrimonie , ou de religieuse des champs : c'est une fleur en clochette ; l'étymologie du nom suffit pour l'aniiGncer. Elle s'élève peu , mais sa tige est ronde , hgneuse , hsse comme du satin , et dénote de la vigueur. Les feuilles, alternes à la base , ont d'assez longs pétioles ; elles sont un peu découpées , d'un vert pâle , et plus blanches par-dessous. Elles sont aussi un peu âpres au toucher, à la partie inférieure : la supérieure est

douces. Les fleurs sont rangt^es pai' étages jusqu'en haut , sur un seul côté ; elles ne sont jamais deux de front , mais elles s'élèvent sur deux lignes parallèles trèsrapprochées. Chacune des fleurs , portée par un pétiole très court , est soutenue d'une feuille. Le cahce est un petit godet, d'un tissu menu et léger. Il s'élève en cinq divisions. La fleur est comme suspendue à la tige, et retombe avec glace comme une véritable clochette.

Elle est monopétale et arrondie comme une cloche; elle a cinq divisions assez profondes qui se renversent agréablement. Elle est du Hlas le plus tendre.

Chacune de ses divisions a un ph au milieu , et la place de ce pli est marquée à l'extérieiv: d'une hgne plus violette. Le pistil est long et assez gi'os , cotonneux ; et son style , teint de \dolet , se divise en trois parties qui le recouvrent vers son sommet. Les cinq ctamines ont de longues anthères jaunâtres, l'ovaire rempHt

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le calice , et se gonfle à mesure que mûrissent les fruits qu'il renferme.

La campanule a plusieurs variétés ; elles sont toutes d'un lilas ou d'un bleu tendre : mais leur forme ne varie pas ; c'est toujours une clochette.

A présent , nous allons vous montrer un basilic, basilisca ozynum (didynamie, gyimiospermie). C'est une petite plante qui croît en touffes , à l'aide des soins qu'on lui donne en hiver , dans nos chmats. Son odeur semble appartenir à la feuille plus qu'à la fleur; elle est toujours plus sensible quand on y passe la main. La tige de cette petite plante est herbacée et cannelée. Une espèce de petit duvet assez dur la fortifie ; sa couleur est d'un vert très clair ; ses feuilles sont opposées ; elles sont petites , et presque rondes ; leur pédoncule forme un petit canal pour l'arrosement de la petite racine. C'est du point où il touche la tige que s'élèvent de chaque côté les rameaux.

Les fleiu'S se placent vers le soniinet verticillées. De petites feuilles s'opposent encore alternativement au bas de chaque anneau. Le calice est formé de deux parties ; la partie supérieure est comme une petite feuille ronde , extérieurement concave ; la partie inférieure a quatre divisions , et sert à soutenir la fleur , qui est dans une situation horizontale et renversée. Effectivement , la partie que , d'ordinaire , habitent les étamines et le pistil, et qui se trouve supérieure dans presque toutes les labiées , est inférieure dans celle-ci.

La fleur du basilic est blanche ; les anthères des étamines sont jaunes ; le pistil bifide. Les semences restent nues au fond du cahce.

Voici une autre touffe parfumée , lavandula ( didynamie , (^ymnospermie).

Cette plante est agiéable et utile ; mais elle semble néghgée , parce qu'elle est trop commmie.

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La lavande est une labiée ; ses fleurs sont au nombre de six , par anneau , trois par trois sur les deux côtés de la tige ; elle a l'air carré , parce que les quatre faces sont deux à deux successivement chargées de fleurs. Les calices sont de petits étuis ronds , sans division , et presque violets , dans lesquels la fleur s'adosse droite contre la tige ; elle est assez ouverte , et d'un beau lilas : le pistil est blanc ; son extrémité est violette , et quatre étamines bien courtes ont de petites anthères orange et brun : c'est dans la floraison qu'elle exhale le plus doux parfum. Je ne saurais vous dire combien cette plante a de propriétés ; je sais seulement qu'elle a une influence prodigieuse sur les nerfs. C'en est assez pour aujourd'hui.

DE LA NATURE. iSj

Vingt-Huitième Matinée.

Voici , mes amis , les grandes chaleurs qui nous empêcheront de nous livrer à nos études de la botanique ; mais je vous donnerai quelques instcints à l'ombre , pour vous instruire sur les qualités physiques des fleurs et des plantes , et leur utilité sur la terre. J'ai, pour cet effet , étudié Senebier de Genève , Mongels , Haies , Bernardin de Saint-Pierre , Tournefort, Rauch , et Rousseau. D'après tous ces grands hommes , je ne crains point de me tromper.

Ils appellent fibres les filets ou filaments qui composent la charpente de la plante. Leur direction n'est pas toujours

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la même. Elle forme les canaux dans lesquels circulent les fluides. La transparence , la flexibilité , l'élasticité , la distractibilité , ou facilité de s'étendi'e , enfin l'irritabilité , sont les faculte's de la fibre ; mais on n'est pas encore sûr si la fibre est un cylindre ou un tube : elle est transparente , à moins qu'une liqueur ou un suc n'en remplisse les cavités, que la fibre élémentaire ou ses agrégations doivent , de manière ou d'autre , offrir à la circulation. On croit que la fibre transparente pourrait bien décomposer , comme le prisme , les rayons de la lumière , et en séparer les couleurs. La flexibilité d'une plante tient à celle de chaque fibre. Frappez avec un marteau le tronc de chaque arbre , vous verrez frémir toutes les feuilles. Il y a ossilation , et par suite , privation de vie , quand les sucs , introduits entre les fibres , parviennent à les sohdlûcr. L'élasticité se prouve par la tendance du

DE LA NATURE. 1 5g

végétal vers son attitude naturelle; la distractibilité se démontre par les fentes, les blessui'es , et l'élargissement subit qu'elle donne au végétal. Enfin , l'irritabilité paraît sensible , surtout dans les étamines et les pistils , et le mouvement soutenu qui opère la fructification.

L'ordre de la feuillaison est plus constant que celui de la floraison. Il est à peu près uniforme. Le groseillier presque partout obéit le premier à l'influence de la chaleur , et le chêne le dernier.

Chaque feuille a son parenchyme , et son écorce ou épidémie. Le dessus et le dessous de la feuille offrent de sensibles différences.

La partie supérieure est destinée à recevoir l'action de l'air , et l'inférieure , celle de l'humidité. La feuille d'accacia, par exemple , et quelques autres , ont un mouvement de mutation qui leur fciit suivre le cours du soleil. La feuille» est un vrai suçoir , une racine aérienne , qui

i6o ^'ouvELLl;s petites études pompe Tair, et le purifie. Elle pompe aussi riiumidité. On fait vivre une feuille sur un vase plein d'eau. La transpiration d'un végétal est toujours en raison des surfaces qu'il présente. C'est la surface inférieure qui transpire , et la surface supérieure qui aspire les particules humides de l'air. On conçoit aisément l'influence salutaire de ce double mouvement sui- l'air que nous respirons ; car , comme le dit très sagement M. Raucli , auteur des Annales Européennes, les plantes renferment mie grande portion d*air vital , et la proximité de la végétation est d'un grand intérêt pour la santé, et la force de la vie. On peut en faire l'épreuve, en enfermant une branche dans un vase; elle y laisse couler une eau peu différente de l'eau distillée.

Je voudrais que ces aperçus intéres- .«.ants reposassent jusqu'à vos regards par les idées douces qu'ils entraînent.

La ravissante fraîcheur de la rosée du

DE La nature. l6l

matin influe jusque sur Tame àrmesure qu'on la respire.

Le parfum ou l'arôme des plantes passe pom- la partie la plus subtile de l'esprit recteur , esprit vital , ame de la plante , qui semble s'identifier avec la nôtre ; car nous ne sommes jamais aussi sensibles , et notre ame ne s'élève jamais aussi naturellement vers son Auteur, que dans im parc , à l'aurore d'un beau jour. Ce n'est pas au soleil , ce n'est pas à midi , que l'émanation odorante de* fleurs est le plus sensible ; la lumière , qu'on croit en être le principe, en absorbe la plus grande partie. C'est au lever , au couclier du soleil , c'est au moment, enfin, où les particules humides de l'air retombent , qu'on respire avec elles l'odeur dont elles sont impreignées.

Ici, mes chers enfants, nous terminerons nos études sur la botanique. Demain , nous commencerons à passer en revue les animaux sauvages les plus re-

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marquables par leur force ou leur grandeur , leur ruses ou leur férocité , quelques-uns par leur industrie et leur intelligence. Ces animaux se trouvent tous , ou presque tous , dans la ménagerie du Jardin des Plantes de Paris ; et vous serez bien aises de connaître un peu leurs mœurs , lorsque nous irons leui' rendre visite.

DE LA NATURE. l65

Le Lion.

Un célèbre naturaliste , M. de Buffon , a remarqué que les formes extérieures de ce quadrupède ne démentent pas ses grandes qualités intérieures. « Le lion, dit cet illustre écrivain , a la figure imposante , le regard assuré , la démarche fière , la voix terrible. Sa taille n'est pas excessive comme celle de l'éléphant ou du rhinocéros ; elle n'est ni lourde comme celle de l'hippopotame ou du bufEe , ni trop ramassée comme celle de l'hyène ou de l'ours ; elle est , au contraire , si bien prise et si bien proportionnée , que le corps du lion paraît être le modèle de la force jointe à l'agiUté. »

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La taille du lion varie ; elle est de huit à neuf pieds , depuis le mufle jusqu'à Forigine de la queue , qui elle-même est longue d'environ quatre pieds. Sa tête est couverte de poils longs et touffus , et son cou est orné d'une crinière qui lui couvre le poitrail ; mais sur le reste du corps son poil est ras et lisse : la couleur générale de ce pelage est fauve sur le dos, blanchâtre sur les côtés et sur le devant.

La lionne est d'un quart environ plus petite que le hon , et dépourvue de cette crinière qui constitue si sensiblement l'extérieur majestueux du mâle.

La lionne met bas au printemps , époque où elle se retire dans les endroits les plus écartés ; produit quatre ou cinq petits de la grosseur d'une belette, qui restent à la mamelle presque l'année entière : pendant ce laps de temps néanmoins la mère leur apprend à sucer le sang et à déchirer la chair des animaux qu'elle leur apporte.

DE LA NATORE. l65

La lionne est un parfait modèle d'affection maternelle : quoique naturellement plus faihle et moins courageuse que le mâle , elle se montre également formidable, et même plus féroce. La lionne , ainsi que le lion , a beaucoup d'agilité. « Elle ne touche (pour emprunter le style élégant de M. de Lacépède ) la terre gue par l'extrémité de ses « doigts : ses jambes , élastiques et agi- « les , paraissent en quelque sorte quatre « ressorts toujours prêts à se détendre « pour la repousser loin du sol , et la « lancer à de grandes distances. Elle <( saute , bondit, s'élance comme le maie, « franchit comme lui des espaces de douze « a quinze pieds ; sa vivacité est même « plus grande , sa sensibihté plus arden- <i te , son désir plus véhément , son repos t<. plus court , son départ plus brusque , « son élan plus impétueux. » Quand elle a des petits, elle est extrêmement soigneuse de cacher l'endroit de sa retraite^

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daiis la crainte d'être découverte; elle efface même avec sa queue les traces de ses pas ; et souvent , lorsqu'elle conçoit quelques alarmes pour la sûreté de ses lionceaux , elle les transporte ailleurs : s'il s'agit de les défendre , elle ne connaît plus le daxiger , et se jette indifféremment sur les hommes et sur les animaux.

Lorsqu'elle a perdu ses petits , elle poursuit ceux qui les lui ont enlevés , et les suit même à quelque distance dans la mer , à travers les précipices les plus dangereux.

Le rugissement du lion, lorsqu'il clierclie sa proie , ressemble au bruit du tonnerre ; il est répété au loin par l'écho des rochers et des montagnes ; il épouvante tous les animaux du désert, qui cherchent alors leur salut dans une fuite précipitée.

On prétend qu'en liberté il mange beaucoup à la fois , et qu'il se sustente pour deux ou trois jours.

Sa langue est armée de pointes si dures, qu'elles suffisent seules pour entamer la chair de sa victime. Lorsqu'il est en colère ou affamé , il agite sa crinière , et se bat les flancs de sa queue : dans cet état , la mort est certaine pour tout ce qui l'approche ; mais , lorsque sa crinière et sa queue sont tranquilles , et que l'animal est d'une humeur calme , les voyageurs peuvent passer à côté de lui en toute sûreté.

Le lion ne chasse que de l'œil , parce qu'il a le flair moins délicat que celui de la plupart des autres animaux. Ce fut probablement à ce défaut de flair chez les bons que 3Iungo-Park dut son salut dans son périlleux voyage à travers le continent intérieur de l'Afrique.

Ce voyageur rapporte qu'en traversant un désert il aperçut un bon énorme étendu sur le sable , reposant son mufle sur ses pâtes allongées , et dormant à l'ardeui' du soleil , les veux à demi ouverts :

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quoiqu'il fût très effrayé de cette rencontre , il eut cependant la précaution de se détourner de sa route , et de retourner sur ses pas pour- se cacher derrière des buissons. i\Iungo-Park n'en eût pas été quitte, suivant toutes le apparences , pour la peur , si ce terrible animal eût été doué de cet odorat exquis que possèdent la plus grande partie des quadrupètles.

Les naturalistes ont fait observer, en parlant de la force musculaire du lion , qu'mi seul coup de sa pâte suffit pour casser les reins d'un cheval, et qu'un seul coup de fouet de sa queue renverse l'homme le plus fort. Kolben a fait la remarque que, lorsque le lion est parvenu à surprendre sa proie , il commence par la terrasser , et que rarement il l'entame avant de l'avoir assommée d'un coup mortel, qu'il porte toujours en poussant des rugissements affreux.

On a vu au cap de Bonne-Espérance

DE LA NATURE. l^

un lion prendre, dans sa gueule un veau, le porter avec la même facilité qu'un chat porte une souris ; il franchit un fossé très large avec beaucoup d'aisance , quoique tenant toujours cet animal entre ses dents.

Un des Hottentots de Namaaqua , qui ont leur demeure établie à environ 80 heues du nord du cap de Bonne-Espérance , voulant conduire le troupeau de son maître dans un marais situé entre deux cliaînes de rochers , découvrit un lion tapi au miheu des joncs et des roseaux. Saisi de frayeur à la vue de cet animal, il prit aussitôt la fuite, et eut assez de présence d'esprit pour traverser le troupeau , dans Tespoir que , si le bon le poursuivait, il s'arrêterait pour attaquer le premier animal qu'il rencontrerait sur ses pas : le lion s'élança au milieu du bétail en allant droit au Hottentot , qui , s'apercevant que cette^terrible bète l'avait choisi pour victime , grimpa

inO NOUVELLES PETITES ÉTUDES

à demi mort, et pouvant à peine respirer, sur un aloès, dans le tronc duquel on avait creusé quelques marches pomparvenir plus aisément à des nids supportés par son branchage.

Il est bon d'observer que ces nids appartenaient à une espèce d'oiseaux du genre des loxia , qui vivent en état de société , et établissent en masse et sous un seul abri une république entière , logée sur des aires de dix pieds de diamètre , et qui comprend mie population de plusieurs centaines d'individus.

Le Hottentot se plaça derrière un groupe de ces nids , pour se dérober à la vue de son implacable ennemi. Au moment où il grimpait sui' l'arbre , le lion s'élança vers lui ; mais , ayant manqué son but, il se promena tout autour de l'arbre dans le plus profond silence , en jetant par intervalle un regard effrayant sur le pauvre Africain. Celui-ci , après être resté long-temps immobile , se ha-

DE LA NATURE. l"]!

sarda à vouloir regarder à travers les branches de l'arbre , dans l'espoir que son ennemi s'était éloigné ; mais , à son grand étonnement , ses yeux effrayés rencontrèrent ceux de l'animal qui lui semblèrent , comme il l'assma depuis , étinceler de rage. Le lion se coucha alors au pied de l'arbre , où il resta sans bouger , de place , pendant vingt-quatre heui'es ; mais, pressé par la soif, il alla se désaltérer à une source située à une certaine distance de là. Le Hottentot, saisissant cette occasion , descendit de l'arbre en tremblant , et se rendit avec toute la vitesse dont iï était capable à sa maison , qui n'était éloignée que d'un mille de l'arbre où il s'était tenu blotti , et y arriva sain et sauf. Il paraît que son ennemi était revenu auprès de l'arbre , et que, le voyant échappé, il lui avait donné la chasse jusqu'à près de trois cents pas de sa demeure.

Dans les parties septentrionales du

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