NOUVELLES PETITES ÉTL'DES
continent africain qui sont infestées de cette espèce d'animaux , les naturels du pays font preuve d'une adresse et d'une intrépidité extraordinaires en les attaquant. Claude Jannequin , dans son Voyage au Sénégal , donne une description de l'un de ces combats sur les bords du Niger, entre un lion et uncheCdesNè* grès. Le prince emmena Jannequin et sa suite dans un endroit voisin d'une forêt considérable , fréquentée par un grand nombre de bêtes féroces, et leur ordonna de giimper sur des arbies ; puis, montant sui- son cheval , et prenant avec lui trois javelots et un cimeterre , il entra dans la forêt, où il rencontra bientôt un lion, et le blessa à la cuisse. L'animal, furieux, s'élança vers son assaillant , qui , par une fuite simulée , l'attira à l'endroit où la compagnie devant laquelle il voulait combattre cet animal s'était retirée.
Touraant alors tout à coup la bride de son cheval , il lança à son antagoniste un ave-
lot qni Tatteiguit au corps. Il descendit alors de cheval ; et le lion , écumant de rage , .s'avança vers lui, la gueule béante, comme pour le dévorer ; mais il reçut l'cuiimal avec la pointe de son troisième javelot , qu'il lui enfonça dans le gosier ; puis , d'un bond , sautant à cheval sur son coi-ps , il lui coupa la gorge avec son cimeterre. Le Nègre fit preuve en ce combat de tant d'agilité , qu'il ne reçut qu'une légère égTatignure à la cuisse.
Malgré la férocité du lion dans l'état de nature , on l'élève souvent avec des animaux domestiques; parmi lesquels on le voit jouer et folâtrer très innocemment : et telle est la générosité de son caractère , que souvent il dédaigne des ennemis trop faibles , et leur pardonne des insultes qu'il était en son pouvoir de venger.
L'anecdote suivante en fournit un exemple bien remarquable :
Un chien fut serxH , il a quelques an-
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nées , pour pâture à un lion dont la loge était dans la tour de Londres : loin d'exercer sa fureur sur un être aussi peu dangereux, le majestueux animal lui épargna la vie , et vécut avec ce chien , pendant un temps considérable , dans une parfaite harmonie , paraissant avoir pour lui la plus grande affection. Quelquefois le chien avait l'impudence de grogner contre son bienfaiteur , et de lui disputer la nourriture que l'on jetait dans la loge; mais le roi des animaux, au lieu de châtier l'insolente témérité de son commensal, le laissait manger très tranquillement avant de commencer son repas.
On cite beaucoup d'anecdotes intéressantes sur l'attachement et la reconnaissance de cet animal pour Ihomme. L'ancienne histoire d'Androclès et du bon , telle qu'elle a été rapportée par Dion- Cassius , ne peut qu'être famihère à tous nos letteui'S ; mais il est possible qu'ils
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ne connaissent pas celle-ci, qui est d'une date plus récente. Sous le règne de Jacques P'", M. Henri Archer, horloger de son état , résidant à Maroc , avait deux honceaux dont on lui avait fait présent , et qui avaient été enlevés à une honne près du mont Atlas. C'était un mâle et ime femelle; et jusqu'à la mort de cette dernière, on les avait tenus ensemble dans les jardms de l'empereur. Après cette époque , Archer garda constamment le mâle dans son appartement jusqu'à ce qu'il eût atteint la grosseur d'un chien de haute taille. Il était parfaitement privé, et d'un caractère fort doux. L'horloger étant sur le point de retourner en Angleterre , donna cet animal à un négociant de Marseille , qui en fît présent au roi de France. Il fut envoyé par ce souverain au monarque d'Angleterre , et détenu depuis pendant sept ans à la tour de Londres. Vn homme qui avait été au service de M. Archer , y alla
par hasard avec quelques-uns de ses amis voir les animaux; le lion le recommt aussitôt , et témoigna , par ses manières, les signes de joie les moins équivoques , à la vue de son ancienne connaissance.
L'homme, également satisfait de cette rencontre, pria le gardien d'ouviir la loge du hon , et y entra : cet animal le combla de caresses , comme eût fait un épagneul. Lorsque l'homme s'en alla, le lion poussa des rugissements effroyables pour exprimer sa douleur , et refusa pendant quatre jours entiers de prendre aucune nourriture.
Le Tigre.
Cet animal peut être rangé à juste titre parmi les plus beaux des quadrupèdes ; sa peau , d'un fauve très vif sur toutes les parties du corps , est blanche à la gorge et au ventre , et également marquée de longues bandes transversales sur les flancs. Le tigre tient la seconde place parmi les animaux carnassiers : mais on observe avec beaucoup de raison que , tandis qu'il n'a aucune des bonnes qualités du lion , il en a toutes les mauvaises. « A la fierté , au cou- « rage et à la force ( pour nous servir des expressions de M. de Buffon, dont nous emprunterons souvent le langage ) , « le
« iion joint la noblesse, la clémence et « la magnanimité , tandis que le tigre est « bassement féroce , cruel sans justice , ««c'est-à-dire, sans nécessité; il ne « craint ni l'aspect ni les armes de Thom- « me , désole le pays qu'il habite ; il «« égorge , il dévaste les troupeaux d'ani- « maux domestiques , met à mort toutes « les bêtes sauvages , attaque les petits « éléphants , les jeunes rhinocéros , ose « quelquefois braver le lion. »
Lorsqu'il vient de déchirer le corps de sa victime , c'est pour y plonger la tète , et pour sucer à longs traits le sang dont il vient d'ouvrir la source , qui tarit toujours avant que sa soif ne s'éteigne.
Le tigre , pour s'assurer de sa proie, se cache à tous les regards , et s'élance d'un bond prodigieux sur sa victime , en poussant des rugissements affreux. On prétend qu'à l'instar du lion , s'il manque son but , il s'en va sans renouveler l'attpque. Il semble préférer la chair de
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riiGinine à celle de toute auti'e proie; mais il s'expose rarement à attaquer de vive force tout être dont il n'est pas sûr de triompher.
Il y a quelques années qu'mie compagnie , assise à l'ombre sur les bords d'une rivière dans le Bengale , fut alarmée par l'apparition subite d'un tigre qui se préparait à s'élancer sur elle; mais une dame de la société ayant eu l'incroyable présence d'esprit de déployer son parasol sous le nez de l'animal , il prit aussitôt la fuite , comme s'il eut été saisi d'effroi à la vue de cet objet extraordinaire pour lui, et leur fournit l'occasion de s'échapper.
Un trompette, qui dormait pendant la nuit près de la tente d'un général dans une guerre de la Pvussie contre la Perse, ayant été saisi par un tigie , dut aussi son salut à la présence d'esprit qu'il eut de sonner de son instrumenc. Le tigre, étonné de ce bruit qui lui était étranger , lâcha sa proie , et disparut.
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Mais la fortune ne s'est pas toujours montrée aussi favorable envers les personnes attaquées par le tigre : on en a un exemple Î3ien déplorable dans la funeste catastrophe qui arriva , il y a quelques années dans les Indes Orientales ; il est encore présent à la mémoire de tous ceux qui ont lu la relation qui en a été donnée par un témoin oculaire de cet événement tragique.
Des marins descendirent un jour sur la côte de l'île de Sangar pour chasser des daims dont ils avaient vu de nombreuses pistes , ainsi que de tigres. Ils continuèrent leur partie de chasse jusqu'à près de trois heures du soir : s'étant assis alors à côté d'un Jungle jx)ur prendre quelques rafraîchissements , ils entendirent des rugissements semblables au bruit du tonnerre , et aussitôt après un tigre d'une taille prodigieuse vint fondi-e sur M. Monro, fils désir Hector Monro , baronnet , et l'enleva en se pré-
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cipitant dans le Jungle, et en l'entraînant à travers d'épais buissons. Tout cédait à la force de ce monstrueux animal ; la femelle accompagnait ses pas. -
Un sentiment d'horreur , de regrets , et de crainte , s'empara aussitôt des amis de cette victime infortunée; un d'eux déchargea son fusil sur le tigre , qui manifesta quelque agitation ; un second fit encore feu sur cette bète féroce ; et quelques momens après le malheureux jeune homme revint joindre sa compagnie , baigné dans son sang. Tous les secours de l'art lui furent prodigués en vain , et il expira dans l'espace de vingt-quatre heures , ayant reçu des blessures si profondes des dents et des griffes de l'animal , qu'il était impossible que la cure put s'en opérer. Il est à remarquer qu'un grand feu, consistant en dix ou douze corps d'arbres entiers , était allumé près de l'endroit où cette catastrophe arriva , et que les chasseurs avaient
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avec eux douze naturels du pays. L'imagination , dit ce témoin oculaire , ne peut pas se 6gurer cette scène effroyable. A peine avions-nous détaché notre canot de cette côte , que la tigresse vint se présenter, écumante de rage, et qu'elle resta sur la rive pendant tout le temps qu'elle continua de nous apercevoir.
La force musculaire de ce quadrupède est excessive ; l'anecdocte suivante en offrira la preuve.
Un paysan des Indes Orientales avait un buffle qui venait de toml^er dans une mare ; tandis cju'il était allé , avec quelques gens de son village , chercher du secours , un tigre se présenta sur les lieux , et tira aussitôt du bourbier l'animal , quoique plusieurs hommes eussent fait auparavant d'inutiles efforts pour Ten dégager. A leur retour , le premier objet qu'ils virent fut le tigre portant le buffle sur ses épaules , et s'en allant du tnté de sa tanière : en apercevant ces
villageois , néanmoins , il laissa tomber sa proie , et s'enfuit dans les bois ; mais il avait eu la précaution auparavant de tuer le buffle et d'en sucer le sang.
Il est bon de faire observer ici que quelques buffles de l'Inde sont deux fois aussi gros que la plupart de nos bêtes à cornes. On peut se former par là une idée de la force prodigieuse d'un animal qui peut porter sans gêne lui poids aussi énorme.
Une lutte très opiniâtre s'engage quelquefois entre cette bête féroce et l'éléphant, et ?tI. d'Obsonville a été témoin de l'un de ces combats dans le camp d'Hyder-Ali. Un tigre, qui n'était pas encore dans sa force, puisqu'il n'avait que quatre pieds de hauteur , fut amené dans l'arène , et attaché à un pieu , autour duquel sa chaîne pouvait tourner librement. Un éléphant très gros et très bien dressé y fut introduit aussi par son cornac. Un triple rang de lanciers bor-
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daieiit l'aniphithéâtre. L'action , dans le début , fut très chaude ; mais l'éléphant, après avoir reçu de profondes blessures, remporta la victoire.
Il sera facile d'apprécier la vigueur du tigre dans l'état de liberté , quand on voit un animal de cette espèce , qui n'était pas encore parvenu à sa force ordinaire , et qui d'ailleurs se trouvait contrarié dans ses mouvements par des chaînes, se mesurer contre un colosse comme l'éléphant.
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LHyène.
L'hyène est à peu près de la grosseur d'un chien de forte taille ; elle a le poil d'un brun grisâtre , marqué de différentes bandes , tirant sur le noir ; sa tète est large et plate , et ses yeux ont l'expression d'une grande férocité. Cet animal a le poil du cou rebroussé , et qui forme , en se hérissant , une crinière oblongue et prolongée jusque sur le dos. L'aspect général de l'hyène dénote une sombre disposition à la méchanceté' , et ses mœurs s'accordent parfaitement avec cette apparence. Son cou est si roide , que, pour regarder derrière lui, l'ani-
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mal est obligé de tourner tout son corps à la manière du pourceau.
Les hyènes habitent , en général , les carvernes et les lieux garnis de rochers , d'où elles sortent par troupeaux pendant la nuit pour se nourrir de charogne , ou de tous les animaux vivants dont elles peuvent s'emparer ; elles commettent souvent de grands ravages parmi les bestiaux dont elles forcent les étables ; elles violent aussi l'asile des morts pcw^r dévorer des cadavres putréfiés , et se plaisent au milieu de l'infection des tombeaux. « Quand l'hyène ne peut sa- « tisfaire (dit Poiret) « son appétit car- « nassier , elle devient frugivore et se « nourrit de racines , principalement de « rejetons des petits palmiers en éven- « tails. »
On prétend que son courage égale sa férocité , car un individu de son espèce se défend quelquefois avec beaucoup d'obstination contre des animaux beau-
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coup plus forts ; et Rempfer rapporte qu'il a YU souvent de ces animaux attaquer l'once ou la panthère.
« Ces quadrupèdes, dit M. Bruce, sont un véritable fléau pour TAbyssinie , on en voit partout , dans les villes comme dans les campagnes; et je suis sûr qu'il y en a plus que de moutons. Du matin au soir , Gondar est rempli d'hyènes qui viennent dévorer les cadavres que les habitants de cette ville, aussi cruels que malpropres , laissent sans sépulture , dans la persuasion que ces animaux sont des falasha ou mauvais génies transformés par un pouvoir magique , et qui descendent des montagnes voisines pour se nourrir , dans l'obscurité et sans crainte , de chair humaine. Souvent la nuit, lorsque le roi m'avait retenu très tard dans son palais, que je n'étais pas de service pour y coucher , et qu'ensuite je voulais me retirer en traversant
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« une place qui n'était éloignée que de « trois ou quatre cents verges, je crai- «' gnais qu'elles n'accourussent pour nie <« înordre les jambes : elles venaient « gronder autour de moi en grand nom- « Lre , quoique je fusse entouré de plu- « sieurs hommes armés , qui , toutes les « nuits , tuaient ou blessaient quelques- « unes de ces bêtes féroces. »
.< Une nuit j'étais, dans la province «t du Maïfsha, très occupé à faire une u observation astronomique , lorsque « j'entendis passer quelque chose der- « rière moi près de mon lit; je me re- « tournai , et je ne pus rien voir. Ayant « achevé ce que je faisais, je sortis de « ma tente, bien résolu d'y retourner «< trèspromptement. En effet, j'y rentrai « tout de suite, et j'aperçus deux gros u yeux bleus attachés sur moi ; je criai à « mou domestique de m'apporter de la i<- lumière , et nous vîmes une hyène à « côté du chevet de mon lit , tenant
«^ dans sa bouche deux ou trois paquets « de chandelles. Tirer sur cette bête , « c'eût été ni'exposer à briser mon quart « de cercle ou quelque autre instrument ; « comme l'animal avait la bouche plei- <» ne , et qu'il avait aussi les griffes em- « barrassées, je n'eus pas peur de lui , « et d'un coup de lance je le frappai '< aussi près du cœur que je le pus. Jus- « qu'alors il n'avait pas montré le moin- « dre signe de fureur ; mais dès qu'il se « sentit blessj , il laissa tomber les chan- " délies , et chercha à remonter le long « du fiit de la lance pour arriver jus- « qu'à moi. Je me vis obhgé de tirer un « de mes pistolets de ma ceinture et de M lui lâcher mon coup ; presque aussi- « tôt mon domestique lui fendit la tète « d'un coup de hache. Les hyènes , en « un mot , faisaient le tourment de ma « vie et de celle de mes compagnons « de voyage ; elles jetaient la terreur «t parmi nous, dans nos promenades