LE VIEUX MUSICIEN
DFT PAR m'" MULLEtt, DE LA COMEDIE-FRANÇAISE
Pauvre vieux mailre I il est malheureux, il est seul :
La tristesse eU'ennuirenloareiit d'un linceul
Morne comme celui qui l'attend d'heure en heure;
11 n'espère plus, rien de la vie, il demeure
A Naples, dans le haut d'un théâtre, où, pourtant,
Chaque soir, replié sur lui-même, il entend
Des chants mélodieux, des motifs pleins de révos.
Musicien exquis, il a fait des élèves
Dont l'Italie a dît souvent le plus grand bien ;
Mais de sa renommée il ne reste plus rien.
Los succès d'auirefois et la gloire obtenue Se sont évanouis comme un bruit dans la nue.
Et l'oubli tout plein d'ombre est arrivé, l'oubli Dans lequel il se sent, hélas t enseveli.
ïi s'élait cependant bercé d'une chimère :
Un jour, l'âme brisée en songeant à sa more.
Il avait fait un chant, une élégie en pleurs, Un poème vibrant d'amour et de douleurs, Où le lour mélodique, en frissonnant, ramène Toul ce qui peut gémir dans une voix humaine. Bianoa, sa chère élève, un soir avait chanté Pour la première fois l'adorable andanfe, Et la foule atlentive, et soudain captivée, Avait redemandé l'œuvre si bien, trouvée.
La gloire était venue ainsi devant ses pas ; Mais l'illusion vaine, hélas 1 ne dura pas... Bianca, par des succès éclatants révélée.
Dans un lointain pays fut bientôt appelée.
Alors l'isolement vint avec ses ennuis, Puis le, vide se fit autour de son nom, puis
L'implacable besoin l'étreignit dans sa serre, Puis, enfln, il passa de misère en misère Jusqu'à l'heure fatale où pour ajjri dernier Il s'en vint iristemenl tomher dans ce greniei
Un soir, le ciel de Naple avait des splendeurs telles Que l'infini semblait uu plafond de dentelles : La brise vaporeuse et pleine de baisers Parlait avec les flots mollement irisés.
Dans son iit, à travers son étroite fenêfre, Le ^?ieux musicien regarde ce bien-être, Et, tout paie, il se dit : — C'est le bout du chemin ! Ce ciel profond m'appelle et j'y serai demain. — Puis il ferme les yeux pour laisser venir l'heure Du grand sommeil sans rêve et du repos sans leui-re. Tout à coup, de la scène i! entend s'élever Un prélude. . . Il écoute, il tremble, i! croit rêver : Ce prélude est le sien... Puis, une vois de femme, Grande à remplir le ciei, vibrante à prendre l'âme, Chante les strophes d'or qu'un jour il évoqua. Plus de doute : la voix es! celle de Bianca ;