LE CLOITRE
demeure impassible et froide ! ô grand mur sombre ! De quel droit retiens-lu ma fille dans ton ombre ?
Lorsque nou^ avons vu l'èlre qui nous est cher Mourir entre nos bras, qunnd nous savons sa chair Par le ver du sépulcre à tout moment rongée, Lorsqu'au fond de nos cœurs la douleur prolongée Pour un temps inlini s'ancre profondément Et vibre à l'unisson de chaque battement, Nous plions les gsnoux sur la lombe fermée, Et là, bien prés, bien près de la dépouille aimée, Nous laissons épancher nos regrels, nous offrons Les larmes de nos yeux et le deuil de nos fronts. Alors notre pauvre âme est quelquefois bercée A. l'espoir que renferme une chère pensée; Nous essuyons nos pleurs en nous disant qu'un jour Peut-être on se revoit dans l'éternel amour.
Mais... c'est ce qui me donne un frisson d'épouvanle I
Mais lorsque nous avons une fllle vivante,
Une enfant dont le fi'ont au lis vierge est pareil,
Un ange dont la vue est pour nous un soleil,
Et que cet ange aimé, celte enfant adorée.
Par un cloître éternel de nous est séparée,
Il nous faut à chaque heure et sans trêve souifrir
Des maux bien plus cruels que ceux qui font mourir,
II nous faut, dans l'excès de douleurs infinies.
Sentir tous les tourments, toutes les agonies.
Eh bien t je dois subir ces tortures sans nom !..
La mort n'inflige pas un tel supplice, non !
L'angoisse la plus vive et le deuil le plus .sombre
Sentent avec le temps s'atténuer leur ombre ;
Ici toujours le deuil ! toujours l'angoisse !.. Quoi I
Savoir l'enfant qu'on aime à quelques pas de soi,
Tendre, hélas ! les deux bras vers cette image douce.
Et trouver constamment ce mur qui nous repousse.
Ce grand mur qui, plus froid que !a tombe, nous dit :
— Gardez-vous d'approcher : ce seuil est interdit. —
Ah I c'est affreux ! il semble alors que le tonnerre
Devrait soudain tomber sur le seuil centenaire.