‹ Nouvelles pièces à direChapitre 5 sur 50 · L:i cousine eut un bon sourire, Mais elle ne répondit rien · texte numérisé non relu

L:i cousine eut un bon sourire, Mais elle ne répondit rien

Tandis qu'un gieste semblait dire :

— C'eïjl un droit, nous le savons liien.

-^ DarLs mon cabinet de toilette, Quand un doux rôve me bercail.

Dit la jeune femme inquiète, Il a soudain dans mon corset

LA CAtlTE DE VISITE

Glissé sa carie de visile Qu'i! avait repliée au coin, Puis, i! est reparli bien vite En riant, je croîs, mais de loin

N'est-ce rien qn'un enfantillage ?

Est-ce un pressentiment que j'ai ?

Après trois jours de mariage Veut-il déjà prendre congé ?

Tu comprends mon inquiétude, Esplique-moi donc... Quoi ! lu ris ?

— Oui, je ris ; tu manques d'éludé, ida chère, <i propos de maris.

N'aie aucune angoisse poignante.

Pour que tes jours soient lamineus Mange de la viande saignante, Fais usage des farineux,

Dors beaucoup, fais peu d'exercices, Et ne t'inquiète de rien.

Il faut, vois- lu, que lu grossisses, Car, ma chère, sache-le bien,

Quelle que soit l'heure qui sonne.

Au salon ou dans un corset.

Quand on laisse sa carte, c'est Dire qu'on n'a trouvé personne. —

SoQS le ciel lumineux du Bengale, un beau soir, La princesse Nadji rêveuse vient s'asseoir Dans son jardin en fleurs. C'est une des soirées Comme il en resplendit sous les zones dorées ; Les éloiles au ciel ont de telles clartés Qu'on dirait des saphirs dans l'azur incrustés. Le silence est rempli des plus suaves choses, Tandis que les senteurs des lolus et des roses, Comme un flol de parfums dans un souffle amolli. Flottent prés d'elle avec le chant du bengali. Bahadour, le poète inspiré, dont les stances Ouvrent leurs ailes d'or à travers les distances, Bahadour, dont le nom comme un grand bruit s'étend, Se lient avec respect devant elle ; il attend

14 NADII

Que la bells Nadji fasse un si^ne pour dire Les vers mélodieux qui tombent de sa lyre.

Nadji rêïe. A quoi donc rêve-t-elle ? L'amour Dans son cœur de vingt ans n'a pas jeté son jour ; Par sa grâce idéale et sa beauté sereine Elle exerce sur tous un prestige de reine, Mais les plus Jiers radjas l'ont recherchée en vain ; Bien encor n'a vibré sur le clavier divin.

Pourlant son C(ï;ur est plein d'aspiralions vagues, Gomme le doux frisson qui passe sur les vagues Mui'mure dans l'air tiède et nous porte à rêver, A l'heure où le soleil va bientôt se lever.

Tout-à-coup, à travers un radieux sourire :

— Poète, fais vibrer les cordes de ta lyre t Que ce beau ciel t'inspire un poème altachant ! Et Baliadnur s'incline et modulées chant :

— Jadis, dans le Lahoi'fi, au pays des merveilles. Existait une riche et splcndide cité Où ce que le génie entrevoit dans ses veilles Apleines mains était jeté.

Les palais somplueus, les pagodes de marbres Découpaient leurs profils superbes dans les oieus, Les jardins étaient pleins de roses, les grands arbi'es Perlaient des fruils délicieux.

C'était le paradis transporté sur la terre, Le beau rêve accompli, l'idéal transformé, Et pourtant on ne sait pourquoi, par quel mystère. Ce paradis restait fermé.

Aucun n'était admis dans l'enceinte sacrée, La ligne des créneaux s'élevait haut dans l'aii Et la porte, dobout sur ses gonds, à l'entrée, Etait un vaste bloc de fer.

Un jour, sur les remparts on donnait une fête, Et le peuple en avait pris déjà le chemin, Lorsqu'aux pieds des grands murs apparut un poète Avec un luth d'or dans la main.

i6 NADJI

Sa voix sonore avait tant de puissance er Tant d'émolion vraie y venait palpiter, Que k foule oublia la fête solennelle.

Et se pencha pour l'écouter.

Alors, en vers vibrants, en magnifiques stances, 11 fit valoir combien triste est l'isolement, 11 dit qu'il faut toujours rapprocher les distances. Que l'univers est un aimant.

A quoi donc leur servaient toutes les belles choses Dont les avait comblés un destin généreux t Le ciel est-il plus bleu, les horizons plus roses, En ne les gardant que pour eux f

Et la foule écoulait l'harmonieuse lyre, Si bien qu'un vol d'abeille aurait brui dans 1' Et lui, dans un élan qui tenait du délire :

— Ouvrez cette porte de fer t

NADJI 17

' Laissez-nous saluer vos merveilles sans nombre, Laissez-nous assisfer à votre beau réveil, Ouvrez donc I Ouvrez donc ! Pourquoi se faire une ombre Quand on peut être le soleil ? —

Et la masse de peuple, au plus liaut point saisie Fit retentir le ciel de vivais éclatants, Et comme un juste hommage à tant de poésie Ouvrit la porte à deux battants. —

En écoulant la voiK qui vibre et qui remue,

La princesse parait visiblement émue ;

Ses yeux noirs et profonds, pleins de bonheurs rêvés,

Plus d'une fois au ciel se sont déjà levés :

— Nadji ! dit alors Bahadour, ce poème

Est une allégorie, un transparent emblème;

La ville merveilleuse et si riche en trésors.

Qui résiste sans cesse aux plus pressants efforts,

C'est ton cœur, ô Nadji ! c'est ton cceur plein d'étoiles,

Ton cœur qui toujours reste enveloppé de voiles,

Quand il pourrait verser la lumièrô et le jour — Mais Nadji l'interrompt : — Jai compria ton amour Dans cette allégorie et je la rends complète : Bahadour, prends ma main: c'est un roi qu'un poète, Et la lyre, où les voix du ciel chaulent en chœur, A fait s'ouvrir pour toi la porte de mon cœur. —

LA GOUTTE DE ROSÉE

— mon Ijeau rayon de soleil !

Dil une gouite de rosce, Sur la louffe d'herbe irisée J'alleuds l'heure de Ion réveil.

Qui doni; relarde la venue?

Apparais-moi dans le ciel clair, Dissipe les brumes de l'air.

Et perce Tombre de la nue.

Descends, ô l'ayon enclisnté !

Lorsque je te YOis apparaître.

Un frisson d'amour me pénèlre

Et m'enveloppe declané.

LA GOUTTE DE ROSÉE

Car grandes et petites choses Ont un lien mysiérieus ; Les grands astres, au fond des ciei Rèyent en regardant les roses.

El par un mystère pareil La goutte à l'herbe suspendue Aime l'éclat de l'étendue.

Je t'aime, ô rayon de soleil t

Hâle donc l'instant plein de charme Où tu souris au firmament, Par toi je suie un diamant, Sans loi, je ne suis qu'une larme.

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