I . Cest 1a Princesse d'Élide
Arrtl du Parlement suspendant Us poursuites du procureur BrulU contre Molière et portant remise pour le fond de Taffaire.
(Archives n.donia«. X", ^6,.) Du ,,di«.i6*J.
IARMi tous les gens de justice qui exercèrent leur industrie sous le règne de Louis XTV, le plus célèbre ou du moins le plus connu à présent est à coup sûr le procureur, on dirait aujourd'hui l'avoué, Charles RoUet. Aussi longtemps, en effet, que les amateurs de vers corrects et bien faits liront les ouvrages de Boîleau-Despréaux , aussi
longtemps qu'on appellera un chat un chat , on appellera Rollet un fripon.
C'est d'ailleurs un véritable type que ce Charles Rollet. Homme de plaisir et d'esprit, lettré même, il fréquentait assidûment le monde des théâtres et il avait fini par avoir la clientèle de bon nombre de comédiens. Je l'ai souvent rencontré dans mes recherches occupant pour ou contre un acteur ; il fut chargé, entre autres affaires, du long procès que soutint, en 1668 et 1669, Raymond Poisson contre sa camarade M"* des Œillets.
Très-retors en affaires, il trouva sans doute mainte occasion d'escroquer légalement l'argent de ses clients ou de ses adversaires, et le récit de ses bons tours dut souvent défrayer les causeries des foyers de théâtre. Molière en entendit certainement raconter plus d'un, et dans ses entretiens familiers avec son ami
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Boileau, il dut incontestablement les lui répéter. Aussi, dans sa première satire, ce poète écrivit-il, comme relatant un fait indéniable et connu de tous, le fameux vers devenu proverbial :
J'appelle un chat un chat et Rollet un fripon.
Molière eut un jour maille à partir avec ce dangereux coquin ; voici comment :
Lorsqu'au commencement de 1670, il songea à faire rentrer dans sa troupe le jeune Baron ', qui en était sorti en 1666 à cause des mauvais procédés qu'avait eus avec lui M^^* Molière *, il s'occupa de lui préparer une garde-robe théâtrale. A ce moment vivaient
1. Baron rentra dans la troupe de Molière après les fêtes de Pâques de l'année 1670, en vertu d'un ordre du roi.
2. Armande Bèjard lut avait donné un soufflet le soir de la représentation de Milicerte. Baron remplissait dans cette pièce le rôle de Hyrtil; il avait treize ans.
retirés à Paris deux vieux comédiens de camrpagne, Jean-Baptiste Monchaingre, dit Philandre, et sa femme Angélique Moinier, dite Desmarest. Ils avaient^ à cause de leur âge, renoncé au théâtre en 1667 ^ Philandre, qui
I. J'ai trouvé, sur Philandre, la pièce suivante, qui fixe l'époque où il renonça au théâtre ; elle est extraite des cartons de la juridiction des Requêtes de l'Hôtel :
« Aujourd'hui eft comparu au greffe de la Cour Jean Monchaingre, fieur de Philandre, et demoifelle Angélique Defmareft, fa femme, affiftés de maître Nicolas Dupin, leur procureur ; lefquels, en conféquence de l'inftance pendante en la Cour entre eux, Jean Pitel, fieur de Beauval, et fa femme, Antoine Lefébure, Henri Pitel, fieur de Longchamps, et fa femme , Michel du Rieux et fa femme, Marc-Antoine d'Havy, fieur de Lozange, qui afiembloient avec ledit Monchaingre et fa femme la troupe des comédiens de Monfîeur le Prince, et pour tous les dëmouvoir et de la déclaration et remerdment par eux fait et demandé la liberté à Monfieur le Prince de fe retirer de ladite troupe, ne défirant plus jouer la comédie non-feulement en ladite troupe, ni en toute autre troupe que ce foit, ce qu'ils ont obtenu de mondit fieur le Prince ; lefdits Monchaingi-e et fa femme ont déclaré et d'abondant déclarent, qu'à caufe de ce qu'ils font avancés en âge, ne plus jouer la comédie, qu'ils ne veulent ni entendent n'être plus de ladite troupe de Monfieur le Prince, ni même en aucune troupe par ci-après telle qu'elle foit. Dont ils ont requis acte et élu leur domicile en la maifon dudit Dupin, fife rue des Mathurins, paroiiTe Saint-Séverin.
« Signé : J.-B. Monchàingrb dit Philandre, Angélique Desharest, Dupin.
« Du 16 mars 1667. »
(Archives nationales, V^, 381.)
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n'était pas sans mérite et qui fut le professeur de M^^^ Beauval S était à cette époque le chef d'une troupe ambulante qui s'intitulait troupe de M, le Prince, Retiré du théâtre, ses costumes lui devenaient inutiles et Molière obtint qu'il les cédât à Baron moyennant 300 livres. Quelque temps après. Baron ne payant pas et Philandre ayant besoin d'argent, céda sa créance moyennant finances et très-probablement au rabais au procureur RoUet^.
Avec ce dernier il n'y avait pas à plaisanter ; il prit immédiatement ses sûretés, c'està-dire qu'il actionna le jeune artiste qui, toujours insolvable, allait probablement passer par toutes les épreuves des commandements.
1. M'l« Beftuvftl et son mari, Jean Pitel dit Bcauvd, entrèrent» sur un ordre du roi, dans la troupe de Molière en 1670, deux mois environ après le retour de Baron.
2. Mélanges curieux et anecdotiques tirés de la collection d'autographes de M. Fossé d'Arcosse. Paris, Techener, 1861. Au mot : Moliire.
de la saisie et de ^emprisonnement , quand Molière intervint et cautionnant son camarade, s'obligea personnellement envers Rollet pour les 300 livres. Le procureur sachant la garantie bonne, se tint quelque temps en repos, puis l'argent de Baron n'arrivant pas, il recommença à exiger son paiement. Le comédien ne donnant rien, la responsabilité retomba sur Molière. Celui-ci, que Baron venait d'ofFenser gravement dans son honneur *, ne paya pas davantage et un procès
I. On assure que Baron entretint des relations intimes avec i^l* Molière et que ces relations prirent naissance Ttrs le milieu de 167 1, à répoque des représentations de Psyché, Dans cette pièce, Baron représentait V Amour, et 11 '^^ Molière Psyché, Le costume que portait cette actrice dans ce r61e est décrit en ces termes dans l'inventaire après décès de Molière ; < Item les habits pour la représentation de Psyché consistant en une jupe de toile d*or, garnie de trois dentelles d'argent, avec un corps en broderie et garni d'un tonnelet et manches d'or et d'argent fin ; une autre jupe de toile d'argent dont le devant garni de plusieurs dentelles d'argent fin, avec une mante de crêpe garnie de pareille dentelle, et une autre jupe de moire vert et argent garnie de dentelle fausse , avec le corps en broderie ; le tonnelet et les manches garnis d'or et d'argent fin ; une autre jupe de taffetas d'Angleterre bleu, garni de quatre dentelles d'argent fin. • (Eud. SouLiâ : Recherches sur Molière, p. 278.)
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était imminent lorsqu'enfin de délai en délai arriva la mort du grand poëte. Peu de temps après cet événement, Rollet intenta une action contre Baron et M"® Molière, et par sentence du Châtelet ils furent condamnés à payer la somme de 300 livres plus les intérêts ; Rollet même obtint des dépens.
M"*' Molière paya et Rollet donna quittance le 3 juin 1673.
Rollet ne fut pas du reste le seul procureur qui causa des désagréments à Molière ; notons pour mémoire le nommé Michel Martin qui, au mois d'août 1643, ^^ ^^ enfermer pendant quelques jours dans les prisons du Châtelet', et arrivons au procureur Bruslé.
En 1664, Molière et sa troupe furent ac-