XII PREFACE
Florence l — Espérons l — Ne faut-il pas toujours espérer?...
Je suis, mon cher Directeur, de vos serviteurs littéraires le plus modeste.
Ernest TISSOT.
Paris, 6 décembre 1910.
lïouvelles Priûeesses de Lettres
Nul ne pourra écrire l'histoire des réalistes français sans consacrer un chapitre à Mme Alphonse Daudet. Voyez la place qu'elle occupe dans les cinq derniers volumes du Journal des Goncourt? Une centaine de pages au bas mot lui sont consacrées. C'est que non contentu d'avoir été la compagne de l'un des rois de roman français, d'être la mère du plus impavide de nos polémistes, — sa fierté a voulu et su prouver qu'elle était, elle aussi de naissance, et
1. Œuvres : Lnpressions de Nature et d'Art. 1 vol. Charpentier éditeur, 1879. — Fragments d'un livre inédit, 1 vol. Gharavay frères, Paris. — Journées de femmes, 1 vol. Fasquelle éditeur. — Notes sur Londres, 1 vol., illustré par Lanos, id. 1897. — Miroirs et Mirages, 1 vol., id. 1905. — Souvenirs autour d'un groupe littéraire, 1 vol., id. 1910. — Chez Alphonse Lemerre : Venfance d'une Parisienne, En^
comme par un décret nominatif de la Providence, une authentique Princesse de Lettres,
C'est très amusant de la surprendre, avec Edmond de Concourt, en diverses attitudes d'intimité, lorsqu'elle présidait, par exemple, — les innombrables dîners que donna son mari — car les tables des littérateurs à la mode ont ceci de commun avec celle du roi Arthur, qu'elles doivent être constamment garnies de confrères hélas, fort enclins à conspirer!... Ailleurs, nous la voyons assister aux premières souvent discutées de son mari ou des amis de son mari, en agitant un éventail dont le frémissement « avait la colère d'ailes d'oiseaux qui se battent ^ » Mais si le vieux Concourt ne dit pas toujours ce qu'il faut, il dit souvent ce qu'il ne faudrait pas. Son besoin de documentation le rendait involontairement indiscret.
Quelle nécessité, je vous en fais juge, d'imprimer que Mme Daudet lui présenta de la sorte sa fille née de la veille, la si blonde Edmée Daudet. « Elle est très grande, voyez elle pèse
fants et Mères, 1 vol. Elzévir, 1892. — Reflets sur le sahle et sur VeaUy 1 vol., id. 1903. — Au bord des terrasses, 1 vol., id. 1906. — Articles non réunis dans V Officiel, VEcho de Paris, V Action Française, etc.... Au Lyceuni Club et ailleurs, Mme Daudet avec une voix dont Rodenbach nous dira l'attrait a fait des conférences appréciées. 1. Journal des Concourt, t. VII, p. 35.
sept livres et demie, le poids d un gigot pour douze personnes M... De telles vérités se peuvent omettre. » — « C'est exact, m'avoue la première intéressée, mff famille en voulut quelque temps à ce charmant vieillard!... Mais pour ma part, j'étais tellement persuadée qu'il avait agi sans arrière-pensée!... j'avais été si bien habituée à vivre sous les yeux des reporters qu'il ne me semblait pas extraordinaire que notre ami Concourt continuât! » Ne devait-elle pas écrire joliment : « Il n'avait pas prévu le tapage de ses confidences... la jalousie de notre parenté... cela m'émut aux larmes avec un regret de ni'être laissée influencer par mon entourage... on ne peut s'empêcher d'aimer et d'admirer l'auteur si honnête et si inconsciemment coupable M . . . »
De l'aîné des deux frères, la conversation passe au cadet, dont j'estime qu'il eût du génie si son frère, plus adroit, n'eût que du talent. N'importe ; ces deux honnêtes ouvriers en bonnes et belles lettres donnèrent un exempfe de fidéhté fraternelle que nous ne reverrons probablement jamais. Ni les succès ni les chutes ne les disjoignirent, tandis que tous ceux qui depuis
1. Journal des Goncourt, t. VII, p. 135 et surtout p. 134, à la date du 29 juin 1886.