La Maison du Péché, p
5. Voir A la manière de... par Paul Reboux et Charl( Muller, 1 vol. Bernard Grasset éditeur.
MADAME MARCELLE TINAYIŒ 15î>
plagiai, il semble malaisé de distinguer — les tics de cette romancière sont si nombreux. On dirait qu'elle s'applique à les cultiver!... Je sais bien qu'il y a encore autre chose, la passion, l'idée — mais tout de môme mieux vaudrait qu'il n'y ait pas cette chose exaspérante î...
Mais revenons aux Sœurs Tinayre. Qu<* leur destinée au fond, reste identique sous l'apparente diversité des circonstances! Toutes, elles furent bien, selon les expressions de Tune d'elles, « des chercheuses de tendresses !... » A défaut du mari qu'elle méritait, Marianne se contentera de Tamant — et à défaut de Tamant qu'elle décevra, Marthe sera charmée de retrouver le mari. — Quant à Jacqueline, que voulezvous? pour sauver son époux elle eût été capable de donner « cent fois sa vie » (p. 2!3), mais renoncer à la douceur d'avoir un bienaimé, un tel héroïsme fût demeuré au-dessus de son courage. Josane est plus inconsciente encore; elle conduit à deux, elle conduit à trois, elle conduirait à quatre si cela lui chantait, sans cesser de s'estimer pure entre les pures. C'est le cas de répéter ce mot d'un de nos bons moralistes : un pauci^e petit animal de luxure. Reste Fanny Manolé, mais qu'ajouterai-je? — il s'agit du pur chef-d'œuvre ! — Je lui dois pour-
tant Tune de mes pires déceptions.... Tandis que d'amour son amant se mourait pour elle — oh! qu'il avait tort mes amis, qu'il avait tort! — elle cherchait entre les bras d'un sportsman des consolations dépourvues de platonisme! AU rightî...
J'éprouve quelque honte à dépouiller de leurs artifices, ces artificieuses histoires. Je ne demandais qu'à les admirer. Avant de les connaître, je disais à Mme Tinayre : — a Vous êtes le phénix de la librairie parisienne î » Mea ciilpa^mea maximaculpa, — je l'ai même imprimé. Il est vrai que c'était en allemand, dans la Deutsche Revue de Leipzig. Comme je n'éprouve aucune difficulté à reconnaître mon changement d'opinion (sauf à l'égard du chefd*œuvre) je m'en vais traduire mon texte allemand avant d'énumérer les mobiles tout intellectuels de ma conversion :
« Quant à Mme Marcelle Tinayre, il se pourrait que lui fût réservée la couronne qui n'a pas encore été placée sur le front d'aucune de nos Princesses de lettres. Que dis-je? Les lecteurs, d'année en année plus nombreux, de la Maison du Péché, de ces douloureuses et amoureuses pages, la lui ont déjà décernée. Ainsi sa royauté intellectuelle se fonde-t-elle en s'établissant, non plus sur le droit divin, moyennage-
rie périmée, non pas même sur la volonté d'un f?eul, ou de plusieurs, injustice sociale, mais sur le consentement raisonné de la majorité. Et par nos temps républicains, n'est-ce pas la seule royauté qui ait chance de s'imposer? Tant qu'il y aura des Françaises qui céderont à l'attrait de l'amour et qui souffriront et qui pleureront de leurs faiblesses, Mme Marcelle Tinayre avec sa cour aura son public de fidèles; elle semble incarner la Française d'aujourd'hui et même de demain, lorsqu'elle parle d'une bouche qui mériterait d'être appelée cTor tellement les paroles qui en sortent sont choisies avec art. »
Je dois confesser qu'à l'époque où j'écrivais ces lignes galantes (elles précédaient la réponse qu'envoya Mme Tinayre à mon Enquête sur la possibilité (Vvn rapprochement intellectuel entre la France et l'A llemag7ie^),]ç^ dois avouer qu'alors je n'avais lu de la grrrande romancière que le chef-d'œuvre, le pur chef-d'œuvre. J'étais parti pour l'admiration sans critique — c'eût été trop beau ! — Non, nous n'avons pas encore une nouvelle Germaine de Staël. — Dès le début de la Rebelle que je pris ensuite, je fus stupéfait, quoiqu'il y ait bien de la grâce pourtant dans un récit qui n'a que le défaut de