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chologue qui s'y connaît^ reste la suprême ambition des romanciers qui savent s'y prendre. De là, les philosophiques visées de la Maison du Péché, le chef-d'œuvre, les historiques visées de la Vie amoureuse de François Barhazanges, ce hors-d'œuvre, les féministes visées de la Rebelle qu'elle juge son grand œuvre, les visées morales de V Amour qui pleure, cette mauvaise œuvre, et les visées régionalistes de \ Ombre de P Amour qui n'est hélas aussi que l'ombre d une œuvre ! . . .

Ne touchons pas à la reine — je veux dire à la Maison du Péché!... Quant à là Vie de François Barbazanges., je l'aime avec dilection. Convenons-en pourtant, oncques ne vit-on Hvre plus mal composé. Chaque partie, à l'aventure, s'en va de son côté, sans vouloir se souvenir de celle qui la précéda, ni songer à préparer celle qui lui succédera.... A chaque fin de chapitre, il semble qu'il s'agisse du dernier. Sans Tadorable dentelle d'un style susceptible de voiler bien des solutions de continuité, ces morceaux détachés ne parviendraient jamais à composer un tout harmonieux. La Rebelle réclame quelques précisions; c'est l'un des principaux efforts, le plus beau succès de vente de Mme Tinayre!... Le manuscrit devait s'intituler primitivement le Joug brisé. Que de mots ambi

(ieux!... — En réalité, l'anneau, le pauvre petit anneau conjugal ne sera pas môme brisé ; à peine tordu, puis un peu négligé, mais toujours respecté, jusqu'au jour où il reprendra avec bonheur, (mais pour combien de jours? l'histoire ne le dit pas?) sa place d'honneur.

« — Le conflit entre les droits de la chair et les droits de l'àme que j'ai étudié sous sa forme religieuse et morale dans la Maison du Péché, m'a déclaré didactiquement Mme Tinayre — car les femmes qui sont ou se croient géniales deviennent plus didactiques que les hommes — cet éternel conflit, je l'ai repris sous sa forme sentimentale et sociale, dans la Rebelle. » Pour parler net le roman a moins d'allure que la déclaration. Il s'agit pour appeler mi chat un chat., d'une jeune femme fort entraînée aux sports de l'amour, qui trouvant de moindres dispositions chez un époux miné par la tuberculose, se console avec le premier amant venu. Par malheur, ce partenaire, sa fantaisie passée, dans son désir normal de constituer une cellule sociale, la quittera pour se marier. Sur ces entrefaites, la Rebelle, étant devenue veuve, se laissera sans scrupule, consoler par l'inévitable troisième larron. Ce que vous n'imagineriez pas tout seul, par exemple, c'est qu'elle n'aura rien de plus pressé que de convoler alors en « justes et légi-

times iiopces ! » J'ai perdu mon latin et mon français à essayer de faire entendre à Mme Tinayre qu'une telle solution annulait l'audace de son titre. Nulle n'est moins rebelle que sa brebis d'héroïne. C'est du féminisme à l'usage des Parisiennes adonnées aux jeux de l'amour et du hasard. Conventions pour conventions, je préfère les anciennes (elles avaient mieux raison de se faire respecter puisqu'elles reposaient sur des articles de foi), à ces illusions dont une piqûre d'épingle suffit à dégonfler les puériles ambitions ! . . .

« — Quoi, vous eussiez souhaité que ma Josane renonçât au bénéfice du mariage, mais pour des êtres comme elle et son ami, le mariage ne présente aucune importance. C'est tout simplement une commodité dont ils auraient tort de se priver!... » Quoique le couplet soit adroit, la logique oblige à constater que tant qu'il s'agissait de satisfaire ses désirs au préjudice de ses devoirs, Mme Josane sut très bien cacher à son mari l'existence de son amant, mais que, dès que ses devoirs purent s'accorder avec ses désirs, cette Parisienne expérimentée préféra que son mari et son amant se confondissent en une seule et même personne !... Je conclus : au fond pas émancipée pour un sou!... Cette petite Josane n'a aucune idée de ce que doit devenir l'amour

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pour une féministe qui se respecte. En seraitelle encore à croire que la passion, qui chez Thomme reste un épisode, forme le fond de l'existence féminine? C'est une rebelle qui ne demande qu'à se soumettre? Sous ses allures de vierge folle, c'est-à-dire de personne très occupée, elle redit le triomphe, Tapologie des vertus hypocrites ! Ça vous a des airs de renverser la Bastille tandis que c'est au fond, bourgeois comme chausson. Si vous en doutiez comparez Marcolle Tinayre à Ellen Key ! Avec une révérence, un sourire, une œillade, celle-ci a cru résoudre des questions dont, soit légèreté, soit calcul, elle néghgea, ignora le premier mot. Mais lorsque Germaine de Staël refusa pour toutes sortes d'orgueilleuses, de personnelles raisons d'indépendance, d'épouser Benjamin Constant — elle l'aimait pourtant et avec quelles fièvres ! — €ette pathétique Genevoise était, il y a plus d'un siècle, cent fois plus rebelle que toutes les rebelles de notre adroite Limousine. — Et ce souvenir seul jt suppose, comme on chante ou à peu près dans la Belle Hélène, me dispense ! — Madame Marcelle !. . .

Quoiqu'ils ne réalisent donc que faiblement les ambitions qu'ils poursuivent, quoiqu'ils se res-

semblent comme les doigts des mains et qu'en lire un, c'est les avoir tous lus, quoiqu'ils soient d'une femme restée femme au sens le moins profond du mot, cette demi-douzaine de romans possède cependant une grâce qui devait suffire à assurer leur succès : — le sens et le ton des choses d'amour ! Notez bien que je ne dis pas de passion. Nulle authoress ne fut plus étrangère à la passion que Mme Tinayre. En cela, elle est bien authentiquement Limousine du Limousin; ce qu'elle affectionne c'est Tamour — une grande passion la désobligerait — ses héroïnes sont toutes extrêmement consolables... ce sont de délicieuses et faillibles — oh combien ! faillibles créatures — auxquelles coûte que coûte il faut du plaisir, et un amant de plus ou de moins ne leur pèse pas davantage sur la conscience qu'une plume sur leur chapeau ! Or Mme Tinayre est trop experte en question de modes pour ignorer qu'il est. admis d'abuser aujourd'hui des autruches et autres oiseaux de terre, de mer ou de paradis ! . . . Le charme de ces petites folles sera de donner à leur conduite de fallacieuses allures d'émancipation, quand pour appeler Bollet un fripon — selon le conseil de Boileau — il faudrait se borner à parler de libertinage. Je disais à Mme Tinayre : il est étrange à quel point vos romans qui passent pour passionnés sont,

à les analyser, privés de scènes violentes ! . . . — « Parce que la femme sera toujours plus réservée, meilleure que l'homme » — me fut-il répondu. Tac, Isaac; mais je pensai : — Non, ce n'est pas pour cela; les deux termes de Téquation vitale se valent. Remarquez que Mme Serao vient, sous une forme plus cordiale, de faire à la môme question la même réponse. Mais il y avait chez la Napolitaine, une candeur qui désarme, tandis qu'il y a chez la Limousine, une assurance qui exaspère. — Et en ce qui concerne la rédactrice d'Avant l Amour qui pleure son Ombre, ne serait-ce pas plutôt parce que l'évocation des affres suprêmes de la passion telles que les transcrivirent, avec quelle flamme et quelle âme! une Elisabeth Barett-Browning, une Marceline Desbordes-Valmore — pour n'en pas citer d'autres — implique un oubli de soimême, auquel ne consentira jamais Tirréductible égotisme d'une Marcelle Tinayre!... Racine clamait de Phèdre : C'est Vénus toiH entière à sa proie attachée. . . . Chaque fois que les amants auxquels les sœurs Tinayre demandèrent de subvenir aux défaillances de leurs époux exigèrent le divorce, la Pitié spécieusement, à temps, est intervenue. Ne faisons pas de peine à ces pauvres maris que nous trompons d'un cœur si allègre!... Cueillons la fleur douce de Theure

qui passe et ne soyons pas romantiques ! Oh non mon chéri ! pas pour un centime ! . . . Et maintenant: ollé! oUé!...

Evidemment, tant qu'il y aura des femmes incapables d'accepter par devoir ou par dévouement, les médiocrités que leur offre leur sort, Mme Tinayre ne manquera jamais de lectrices. Ses romans flattent les perfides instincts des innombrables Emma Bovary en exprimant de nouveaux prétextes pour excuser Finconduite des personnes enclines aux divertissements libertins. A l'étranger, cela commence à faire sourire. N'est-ce pas Mme Tinayre elle-même qui devant la table fleurie d'une hospitalière maison nous contait que Mistress Humphrey Ward, la grande romancière théologienne de l'Angleterre venait, ce matin-là, de lui adresser une lettre où elle lui faisait ce reproche!...

Avant r Ombre de F Amour on pouvait encore se demander : que resterait-il de ces romans si l'on en supprimait ce qui a trait aux péchés de la concupiscence? — Depuis la publication de ce livre, la réponse est faite : cette interminable histoire d'un jeune poitrinaire, dépourvue de poésie comme de réalisme ce qui, dans un autre sens, (témoin la Joie de vivre de Zola) eût présenté une grandeur tragique, possède le pire des défauts — l'ennui! Rien

n'égale en longueur ces monotones chapitres ! Que de peine Mme Tinayre a dû se donner pour composer cette encyclopédie régionale! Vous souvient-il de Numa Roumestan? livre d'hier, livre de toujours; de combien de livres de ces années en pourra-t-on dire autant? — L'histoire s'y trouve d'une petite chanteuse de romances, qui se cassa la voix à vouloir invoquer les « Divinités du Styx » d'Alceste. C'est un peu Taventure de Mme Tinayre ! Qu'elle se hâte de redevenir spirituelle et tendre, oh surtout tendre, et l'ombre que fait sur son soleil levant cet Ombre de l'A mour se dissipera vite ! . . .

Mais il serait temps que l'esclave capitoline lui répétât le salutaire avertissement dont je parlais au début. Pour peu que cette impartiale étude remplit cet office, je ne regretterais point le chagrin qu'elle m'a coûté. Car si j'admire Mme Tinayre, je ne l'admire que pour son chefd'œuvre, et j'enrage de constater qu'au lieu d'en créer de nouveaux, elle semble s'obstiner à en diminuer la portée par des productions hâtives, discutables, indignes de celle qui signa la Maison du Péché!...

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