‹ Nouvelles princesses de lettresChapitre 32 sur 49 · LE TROUSSEAU DE MADAME MARCELLE TLNAYRE · texte numérisé non relu

LE TROUSSEAU DE MADAME MARCELLE TLNAYRE

Les perroquets pâlissaient de faim dans leurs volières....

{Notes d'une voyageuse en Turquie, p. 117.)

Seuls quelques aras ayant des deux côtés du bec un léger duvet à la place de plumes rougissent lorsqu'ils sont en colère.

(Réponse d'un naturaliste.)

L'authoress de la AJaisoîi du Péché aime les Noyagcs — non seulement en imagination, au pays du tendre,, mais aussi de fait, à travers les pays du globe — c'est son droit — et elle se plaît à les raconter — c'est son devoir. On est journaliste ou on ne l'est pas — et cette dame l'a été, Test et le sera (longtemps enjore) avec ingéniosité et étourderie ! . . .

Mais d'abord, l'idée d'écrire un volume sur un pays exotique dont on ne parle pas la langue et dans lequel on a séjourné d'un 18 avril aux premiers jours du mois de juin de la même année, semble assez hasardeuse. S'il ne s'agissait que de paysages à la Loti, passe

encore — oui dà! Mme Tinayre n'a pas reculé devant les aperçus historiques, politiques — les Jeunes-Turcs sont ses amis et son désir aurait été d'enchanter les désenchantées !...

C'est beaucoup de desseins à la fois ; à moins d'avoir reçu du ciel la science infuse, il semble que nulle Princesse de lettres n'eût pu suffire à interroger, observer et décrire en si peu de temps tant de gens et de choses. J'entends bien qu'au retour avec de bons livres ! . . . Mais d'autres travaux, d'autres succès, attendaient à Paris Mme Tinayre : N'allait-elle pas avoir à préparer ses conférences sur l'art de plaire ?. . . — Comme il eût été plus sage de se borner à écrire un roman?

Quoique dépourvu de prétentions à l'érudition, j'avais cru m'aperce voir que plus d'une fois Mme Tinayre prenait le Pirée pour un homme. Je résolus d'en avoir le cœur net et expédiai le volume à un Bey de mes amis, en le priant de l'annoter. Il me renvoya quatre grandes pages de format ministériel où je vais cueillir quelques orties :

1) Je le déplore. Madame, vous avez confondu à la page 38, le Tcherkesse qui n'est autre chose que le Circassien, avec le Tartare Mongol, c'est-à-dire Tune des races les plus favorisées de ce monde au point de vue esthétique.

avec l'une des plus maltraitées. Toute cette page, d'ailleurs, est pleine de fautes d'inattention. Les vendeurs de journaux sont graves, et n'ont rien des voyous napolitains. Où iMme Tinayre a-t-elle vu des Turques fluettes et furtivesf — elles sont au contraire, lourdes et lentes....

2) }\d\^,Authoress, je dois le relever, le Mirbah est la pierre ou la niche indiquant la position de la Mecque. Pour haranguer des soldats devant lui, il faudrait donc tourner le dos ou aux auditeurs ou à la pierre sacrée ; gestes impossibles. Evidemment vous avez, dans votre hâte, confondu le Mirbah avec le Mimbar, la chaire. Ça commençait toujours par un M! (V. p. 55).

3) — Oh! Princesse de lettres, Caracol signifiant la poste; comment voulez-vous, Madame, que l'on fusille un poste?... comme vous l'écrivez (p. 64) vous avez pris le contenant pour le contenu. On n'est pas meilleure rhétoricienne ! . . .

4) Cela pas, illustre romancière; la piété n'a rien à voir avec le voile des Turques. Les chrétiennes et les juives en portent aussi bien que les musulmanes. C'est affaire de mœurs, de mode, si vous voulez. Pas une femme, il y a vingt-cinq ans, n'eût consenti à sortir sans voile. Et parmi les modernes dévoilées — pour

employer la belle expression de votre compatriote la duchesse de Rohan — il y a des révoltées de toute confession. Le Koran sur ce point n'intervient pas. Il n'a jamais varié ainsi que vous l'imprimez (V. p. 370^) Il a toujours répété : « La femme doit être voilée de lâon cou à ses pieds, mais le visage peut demeurer visible. » A Stamboul, en Perse, en Egypte, toutes les femmes du peuple montrent leur visage. Le reste est snobisme, comme les petits pieds des Chinoises, la taille étranglée des Parisiennes, les dents noires des Japonaises, les anneaux pendus au nez des négresses, votre soi-disant féminisme ! . . .

5) — Oh î « reporteresse sans prudence » l'exclamation Machallah n'a jamais voulu dire Dieu les conserve ! C'est une expression intraduisible qui signifie à peu près Mazetie !.. et à laquelle se mêle une certaine idée religieuse — voilà tout (V. p. 175).

6) — Non Parisienne avertie, jamais, au grand jamais, les fiancés ne se virent avant la cérémonie — et ce n'est pas l'époux jamais non plus qui enlève les fils d'argent — il se contente de soulever le voile (V. p. 196).

1. Le Koran de hier est encore celui d'aujourd'hui; aucune lettre n'a été ajoutée ni retranchée à son corps (Aa.ssem-Amin, p. 180),

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7) — Les castagnettes des danseuses turques, illustre Limousine, sont des crotales de cuivre et s'appellent des sagattes (V. p. 198).

8) En outre, je vous atteste que le Kébab ne constitue pas un plat de résistance, ce sont vos brochettes françaises, à cela près que le lard a (Hé remplacé par de la graisse de mouton (V. p. 253).

9) Enfin, car il faut finir, j'ai mission de vous aviser que la dame turque que vous avez caricaturée sous le nom de Mme Ange, s'est montrée 1res affectée de vos humorismes et que tous les harems partagent son indignation. »

Ce n'était pas assez; le Bey ne suffisait point. J'ai un autre ami, dans la diplomatie turque. Je lui ai envoyé le livre. Voici le début de sa réponse : « Ne me demandez pas de poursuivre la lecture d'un ouvrage de dame qui dès la dixième page traite le Tasbiha de chapelet. Autant traiter de chapelet, le collier de vos belles mondaines. C'est incommensurable!.*.. »

Plus on cherche, plus on trouve de perles... fausses....

En maintes occasions, au cours de cet inattentif volume, Mme Tinayre regrette, affirme que Mahomet méprisant la femme, en enseigne le dédain et que sur ce chapitre le Koran est abominable. Mme Tinayre avait évidemment

trop à voir pour trouver les loisirs de s'adonner à la lecture de la Bible musulmane. Elle est fort édifiante, cependant à cette réserve près, que l'intelligence orientale n'étant pas Tintelligence occidentale, nos méthodes de logique s'y trouvent soumises à de rudes épreuves.

Cette fois, j'opposerai à Mme Marcelle Tinayre l'avis de Mme Ruchdi Pacha. Française, ayant vécu dans le harem, de nombreuses années, cette dernière eut l'occasion d'étudier, non point en chercheuse d'impressions journalistiques, mais en épouse d'un musulman, ces questions de théologie.

« Avant de fermer la traduction du Koran^ que j'ai sous les yeux — écrit cette femme qui fut belle — je voudrais protester contre une sotte légende : celle qui fait de Mahomet l'ennemi de notre sexe, au point de nous refuser les joies du Paradis. Non seulement je ne trouve pas trace de cette odieuse injustice dans le texte sacré, mais je compte plus de dix versets promettant formellement aux femmes d'être récompensées suivant leurs mérites. Le prétendu mépris du Prophète pour nous est donc aussi faux que sa partialité. A l'égard des épouses, il témoigne une très réelle sollicitude. Pour relever la di-

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