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Lettre à sa sœur du 5 septembre

MADEMOISELLE ZÉNAIDE FLEURIOT 217

avancées. » 11 n'y avait qivun moyen; passer la nuit à étudier les leçons du lendemain, mais travailler sans maître et presque sans livres et sans moyen de s'en procurer, parce qu'on manque d'argent et qu'on habite au fond des terres, n'y avait-il pas de quoi décourager la volonté?

Un deuil aggrava encore l'anxiété de l'heure. Le pore Fleuriot mourut subitement ; Zénaïde ne put le revoir. Les larmes qu'elle versa dans la solitude de sa chambrette n'en furent que plus amères. Mais une institutrice a-t-elle le droit de pleurer? Le chagrin reste un luxe qui n'est pas à la portée des petites bourses — pour Zénaïde, devenir orpheline, c'était d'abord un deuil à acheter. Elle se décida à faire teindre sa meilleure jupe ; alors ce fut une autre histoire :

« Si tu savais dans quelles transes j'ai été, raconte-t-elle à sa sœur ! Figure-toi que cette mauvaise étoffe verte a été brûlée par la teinture et que le bas s'est tout effilé; imfpossible de repriser. L'aiguille faisait des trous, tellement l'étoffe était claire ; impossible aussi de rentrer, car alors ma robe devenait trop courte. Je mourais de honte; enfin, j'ai pu tirer un morceau du devant que cache mon tablier et qui m'a servi à raccommoder le bas; je souffre de me

voir ainsi; mais il faut se résigner et attendre la fin des premiers six mois, ainsi qu'il a été convenu. Je ne voudrais rien demander avant le terme fixé^ »

D'autres, à sa place, se fussent découragées. N'avait-elle pas été élevée en demoiselle bourgeoise qui aura sa petite dot et, en attendant le mariage, n'occupe qu'au bon plai^ir de sa fantaisie, les dix doigts de ses mains blanches? Mais Mlle Fleuriot avait dans les veines du sang breton.

« Tu conviendras, ma bonne Marie, qu'il n'est pas gai, après avoir entendu parler fêtes et plaisirs, d'aller seule se creuser la tète sur des livres secs et arid(^s, et de se retrouver pauvre institutrice : « La bonne d'école » comme m'appellent les habitants de notre paroisse. Mais qu'importe! j'éprouve une sorte de joie austère devant ma jeunesse sans fortune. Que Dieu soit béni de tout ! cette vie n'est qu'une épreuve* ! ... »

Bernardinette de Saint-Pierre tenait pourtant à continuer de mériter son surnom. Quoique les loisirs fussent plus rares que les beaux jours, elle prenait sur ses nuits plutôt que de laisser sa plume se rouiller au fond de l'encrier. Le soir.

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