‹ Nouvelles princesses de lettresChapitre 39 sur 49 · LA CRISE · texte numérisé non relu

LA CRISE

« Un jour suffit, un jour ! Alix mon cœur fidèle « Eût voulu que ce jour n'eût pas de lendemain!... > (Zénaïde Feuriot, Adieu.)

Cependant le malheur allait mettre un terme à cette activité. Zénaïde se croyait destinée à vieillir une plume entre ses doigts, assise devant un bureau, dans le castel des Kéréver. Dieu ne permit point: par l'épreuve, il prétendit la purifier. De cette période tourmentée, il existe deux photographies, l'une datant de 65, montrant une solide Bretonne, au front radieux, aux yeux de certitude — l'autre datant de 67, évoquant une femme en deuil, au visage usé par les larmes. Il suffit de rapprocher ces deux images,

1. Les quatre volumes cités font partie de la Petite Bibliothèque (le la famille, de la Maison Hachette. A la même librairie, toujours de ces mêmes premières années : Les Prévalonais, La Glorieuse, V Oncle Trésor. Chez Blériot et Gauthier: Histoire pour Tous, Une Famille bretonne. Chez Lecoffre : Mon Sillon, Au hasard, et l'on cite encore toujours ayant paru entre 1860 et 1866 : Marquise et pécheur, Sans nom, Nos ennemis intimes, Souvenirs de Jeunesse d'un vieux campagnard, etc., une vingtaine d'ouvrages au bas mot.

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OÙ l'on a peine à reconnaître les mômes traits, pour deviner la violence du drame d'amitié et de mort qu'il faut raconter.

D'abord, ce fut une tâche qu'elle ne se crut pas le droit d'éluder puisqu'elle y discernait un devoir. De ses trois frères, l'avocat se faisait une place au soleil. Après des études pénibles, il avait trouvé une femme dont la dot confortable facilitait ses projets. Zénaïde avait la joie de se savoir tante. « Tu as deviné, écrivait-elle à sa belle-sœur, que ce poupon-là est déjà à mes yeux, un bien cher petit personnage. » Hélas, l'idylle conjugale devait être sans lendemain! A vingt-sept ans, après dix-sept mois de bonheur!.. Mlle Fleuriot se considéra comme la mère adoptive de l'orphelin. N'avait-elle point reçu le précieux dépôt de cette jeune vie, des mains mêmes de la mourante ?

(( Je n'hésite plus, annonce-t-elle à sa sœur, quoiqu'il m'en coûte de quitter cette famille que j'aime comme la mienne, si Frantz veut me confier son fils, je m'installerai pour l'automne, à Saint-Brieuc, et je le garderai chez moi, en lui faisant suivre comme externe, les cours de Saint-Charles. » A moins de s'être institué le bourreau de son fils, Frantz ne pouvait qu'accepter. En octobre 66, Mlle Fleuriot ayant dit non pas adieu, mais au revoir à Château-Billy,

louait donc un logement, montait un ménage et engageait une servante. Si ses débuts de petite mère furent heureux, ses expériences de maîtresse de maison laissèrent à désirer. Néanmoins « tante Zéna » ne demandait qu'à persévérer, lorsqu'éclata une épidémie de choléra fameuse dans les annales bretonnes du xix® siècle. Zénaïde ne concevait aucune crainte. « Il n'y a guère de frappés que les ivrognes et les trop misérables ! » Sans se douter que l'intruse fut à la porte de la maison, le 1 1 février, l'ex-institutrice avait passé l'après-midi avec ses anciennes élèves. En bonnes amies, ces demoiselles prirent le café.... Au départ ce furent des baisers. Mais voici que le 12, au matin, comme Mlle Fleuriot sortait de l'église, sa servante accourt bouleversée. — Quoi, qu'y-a-t-il? — Ah! Mademoiselle, Mademoiselle! — Je vous entends, parlez vite. — Mlle Alix est au plus mal, elle vous demande!...

Zénaïde veut se mettre à courir, ses forces la trahissent. Alix est au plus mal! Alix son élève préférée, sa sœur d'élection, Alix ! l'enfant charmante sur la tête de laquelle se sont concentrés les besoins d'affection de sa nature ardente! Elle arrive à la maison des Kéréver. Ce ne sont que visages terrifiés, allées et vonue.^ de médecins, on attend le prêtre.^.. La nuil

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n'était pas venue qu'Alix de Kéréver n'était plus!...

On a de la peine à comprendre la douleur sans nom que fut pour Mlle Fleuriot, le départ de cette jeune fille. Celle qui avait supporté avec une sérénité chrétienne la mort de son père, de ses frères, les coups multiples d'un sort contraire, frappée en plein cœur, se livra à l'excès de son désespoir : « Mon chagrin est le môme et sera toujours le même ! . . . Je ne puis me relever, n'attendez rien de moi M... » L'amitié parfaite est un sentiment si rare que, lorsque nous en rencontrons un exemple, nous demeurons interdits comme en face d'un phénomène. Ce ne sont point les documents qui font défaut ; en prose ou en vers, Zénaïde avec sa facilité proverbiale a décrit, analysé, chanté et pleuré le sentiment qui fut — ce sont ses paroles — « l'intérêt, la joie, le bonheur de sa vie ! ... » Elle a fini même par composer un gros roman (deux volumes) où en l'embellissant, selon saciéthode, elle raconta la pure destinée de cette Alix qui vécut l'espace d'une jeunesse. Nous ne retrouvons plus cette fois l'écrivain de bon sens et de bon ton qui traça tant de scènes humoristiques. C'est une femme, une femme violente

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