Lettre du 3 janvier
Mlle Fleuriot fût revenue en Bretagne, si elle n'avait dû songer à ses affaires. Or le moment n'était pas favorable, le public vivait un roman trop tragique pour s'intéresser aux petits travaux des romanciers. Sans le vouloir, sans le savoir, elle s'attarda. Le 20 mars, elle griffonnait : « Je me sauve, ce n'est pas la peur, c'est la honte qui me fait fuir; je n'ai pas redouté l'obus prussien, je redoute l'obus français!... » Et les landes que le printemps parait d'une nouvelle moisson de digitales roses et do genêts d'or rendirent à l'émigrante la paix de l'esprit ! . . .
Puis en abeille qui savait qu'elle n'avait à compter que sur son zèle pour butiner dans les champs de la pensée le miel des jours futurs, elle se mit aux ouvrages qu'elle s'était engagée à composer avec ses impressions de l'année terrible. Malheureusement, au lieu d'écrire des « choses vues » qui auraient aujourd'hui l'importance de « mémoires historiques, » Mlle Fleuriot préféra imaginer de vrais et quels romans ! Pour ses débuts dans le pathétique, Zénaïde n'eût point la plume heureuse. Avec son inévitable fille du général français, fiancée avec le non moins inévitable espion allemand, et lui disant après Sedan, tout comme Chimène au Cid (excusez du peu!) :
Le sang de mon père est entre nous!... Une
MADEMOISELLE ZÉNAIDE FLEURIOT 251
Parisienne sous la foudre^ n'est pas, à beaucoup près, la meilleure des fictions de Mlle Fleuriot. M. Bourget prétend que les femmes ont « une tendance naturelle à romancer leurs récits. » Chez Mlle Fleuriot c'était plus qu'une tendance ! . . .
Cette crise l'amona du moins — depuis la mort d'Alix, les progrès de Zénaïde sont tous d'ordre moral — à se rendre compte do rinefficacité de son action sociale. En vivant au plein air des rues, cette chrétienne fut frappée des tentations auxquelles restaient exposées les ouvrières. Ces paroles d'un grand philanthrope, que « l'entrée à l'atelier était dans neuf cas sur dix l'initiation au mal, » la poursuivaient. Après avoir beaucoup prié, la romancière, tolstoienne avant Tolstoï, estima.que le moyen de modifier cet état de choses, semblait la création d écoles professionnelles religieuses. Et cette vaillante résolut de payer d'exemple, en fondant une école de couture. Les limites de cette biographie ne permettent point de retracer les démarches et les contremarches qui ne découragèrent nullement le zèle de Zçnaïde. Elle rencontra d'inestimables sympathies. Mme Dufaure, la femme de l'ancien ministre de la justice, rassembla les fonds néces-