vol. Pion et Cic, éditeurs, 7« édition
saires et, dès octobre 71, les locaux, les professeurs, tout était prêt.
« Pour trouver, raconte notre ex-institutrice, les jeunes filles auxquelles nous voulons nous dévouer, nous avons pris le moyen le plus simple : nous avons battu le quartier.... Quand nous voyions une fillette de douze à quatorze ans flâner sur le trottoir, le nez collé à la devanture des magasins, j'entrais en conversation : Ma petite fille quel est votre âge ? Continuez-vous d'aller à V école ? Etes-vous en apprentissage? A cette dernière question, lorsque l'enfant me disait qu'elle devait y aller, mais que ses parents ne savaient où l'envoyer^ je l'invitais à venir avec sa mère, rue du Cherche-Midi^ 116. Nous ouvrons dans huit jours, avec vingt-cinq élèves. Vous allez crier au miracle, et avec raison*. »
Zénaïde résolument, s'installa dans l'école, au-dessus des salons de vente ; à part les heures de la matinée et de la soirée qu'elle se voyait contrainte, afin de gagner son pain, de réserver à la composition littéraire, toutes ses forces désormais furent consacrées aux jeunes filles dont elle préparait l'avenir. Chaque matin, à onze heures et demie, une cloche annonçait !<'
1. Lettre à la princesse de Sayn-Wit%enstein, du 17 oc tobre 1871.
MADEMOISELLE ZÉNAIDE FLEURIOT 253
(linor (les apprenties. Au premier coup, Zéuaïde posait sa plume et, quittant son modeste salon de reps bleu, l'active directrice qu'elle était, surveillait le repas, et quoiqu'elle-môme n'eût pas déjeuné, présidait la récréation, organisant les jeux, recevant les confidences.... Quelles que dussent être les occupations de l'après-midi, la seconde récréation de quatre heures la retrouvait à son poste. L'hiver, lorsque le terrain était humide, elle s'affublait d'une mante et de gros sabots. Après avoir souri, ses pupilles admirèrent. On aurait tort de supposer que Zénaïde eût la charité prêcheuse. Son esprit humoristique discernait l'horreur du tartuffisme. Par dévouement pour ses élèves n'alla-t-elle pas jusqu'à leur dédier des chansonnettes, de petites comédies; elle les faisait représenter le dimanche. Les meilleures furent imprimées dans ce Ihéàtre chez soi^ qu'on peut, les yeux fermés, recommander aux amateurs de saynètes de salon. Le neveu a le droit d'écrire^ que les amis de sa tante avaient grand'peine à comprendre qu'une personne d'un tel mérite se fît si humble avec des enfants du peuple. Cela dura dix-huit ans. Que M. Francis Fleuriot me permette de lui indiquer le miracle, le miracle