vol. Hachette et Cie
littéraire; en agissant de la sorte Zénaïde ne perdit pas autant ses loisirs qu'on le pourrait supposer. Réfléchissez; pour peu que l'infatigable collaboratrice de la Bibliothèque i^ose et de la Bibliothèque verte neût point vécu en journalière communion d'esprit avec la jeunesse, ses romancelets n'auraient pas ce réalisme d'observation qui leur procura et leur procurera plusieurs générations détecteurs!... L'été, elle retournait dans sa chère Bretagne, auprès de sa chère famille. En 72, la maisonnée de Saint-Brieuc ayant pris ses quartiers de bains de mer sur une plage du Morbihan, àLocmariaquer, Zénaïde après avoir déclaré l'endroit impraticable, s'y trouva tellement à sa convenance, qu'elle résolut d'y devenir propriétaire et l'année suivante, l'incomparable tante Zoizeau pouvait offrir l'hospitalité à « tout son petit monde. » Or « tout le petit monde » se composait d'une (( Grande » que la jalousie consumait, du frère d'humeur plus conciliant! . d'une seconde et prolifique belle-sœur et de cinq neveux qui donnaient à leur tante phis de mal que les quarante apprenties de la professionnelle. « Obtenez-moi, disait-elle, la oertude la patience; encore si j'avais une nièce, une douceur; mais non, un frère et cinq neveux* Ah! parlez-moi des filles ! »
MADEMOISELLE ZÉNAIDE FLEURIOT 255
Le cottage ne présentait rien d'écossais. Les trois fenêtres de façade se surmontaient d'un premier étage dessinant trois autres croisées ouvrant leurs volets parmi les ardoises d'une toiture importante. Plus tard, le succès des romans enfantins permit de flanquer le chalet d'une aile à droite, d'une aile à gauche. Kermoareb — ce qui signifie en celtique villa de la tacite — prit des aspects de forlif. D'ailleurs qu'importait le plus ou moins de confort, puisque la maison s'élevait dans une lande semée de dolmens et de menhirs à vous donner la passion de l'archéologie, puisqu'à la barrière du jardin, se déroulait une plage de sable fin et puisque les croisées s'ouvraient toutes, oui toutes (car Locmariaquer est bâti dans une presqu'île) sur la changeante beauté de l'immense Océan. Ce fut là, dans cette maisonnette qu'elle devait au labeur de sa pensée, que l'institutrice passa les meilleures journées de son existence. La mer, avec la fantasmagorie de ses colorations, lui causait un enchantement qu'elle subissait davantage à chacun de ses retours. « Oh ! comme je regrette, disait-elle avec clairvoyance, de me sentir impuissante à rendre la grâce des paysages que j'ai sous les yeux M ... »
1. Lettre du 18 août 1878, à la princesse de Sayn Wittgenstein.
Pourtant ce fut à ce spectacle , dont tous les Bretons bretonnant comprendront la séduction, qu'elle dut les seules pages descriptives qu'elle ait jamais signées. Cette marine n'est-elle pas agréable :
« Nous avons longé les jolies îles de Baden et de Larmor. Que la mer était brillante sous le soleil ! C'était comme une immense plaine bleue, semée d'étoiles scintillantes, le ciel est à peine aussi beau par les chaudes soirées d'été : Oh mais il pleut des étoiles! s'écriait Berthe qui plongeait les deux mains dans la mer pour en attraper; mais les étoiles s'évanouissaient sous ses doigts!... »
La suite se trouve dans la fiction à peine fictive que Zénaïde situa parmi les horizons de ce golfe de Quiberon. Sur la foi des catalogues cet En congé^ qu'à treize ans, la suave Marcelle Tinayre imita avec plus de démocratisme que de talent, renferme mille remarques gracieuses dont Zénaïde broda la trame légère d'un livre qui — à part vingt pages vieux jeu — semble l'humoristique journal de l'existence estivale qu'elle menait dans son oasis bretonne.
L'activité littéraire de cette demoiselle no garda pas dans la seconde partie de sa carrière, l'importance qu'elle présentait dans la première Toutefois même en tant qu'opération commer-