Sat., I
sonnage I)as et servile. Beulé déclarait inêine un jour qu’il fallait le bannir de nos maisons d’éducation, parce qu’il n’avait que de mauvaises leçons à donner à la jeunesse. La jeunesse n’a-t-elle donc plus besoin qu’on lui apprenne le moyen de se tirer d’affaire dans les positions délicates, de vivre avec de plus grands que soi sans s’abaisser, de faire accepter sa liberté à tout le monde sans blesser la dignité de personne, de saisir enfin, entre la rudesse qui se perd et la complaisance qui se déshonore, ce degré d’honnêteté adroite dont personne ne peut se passer dans la vie?
Il n’est pas possible d’admettre que la liaison entre Horace et Mécène ait été tout à fait exempte d’orages. Les amitiés les plus tendres, les plus intimes, sont aussi les plus délicates, celles où les moindres froissements produisent les effets les plus sensibles. Les âmes, en se rapprochant, se heurtent : c’est la loi ; il n’y a que les indifférents qui ne se querellent jamais. Quelle que fût la sympathie qui rapprochait Horace de son ami, les causes de dissentiment ne manquaient pas entre eux. D’abord Mécène était poète, et fort mauvais poète. Ses vers obscurs, pénibles, pleins d’expressions maniérées, semblaient faits exprès pour mettre hors de lui un homme de goût. Que devait penser, que pouvait dire Horace quand il était admis à l’honneur de les entendre? Quel danger s’il osait exprimer scs sentiments ! Quelle humiliation pour lui, quel triomphe pour ses ennemis, s’il était réduit à les admirer! Nous ne savons pas comment Horace, dans l’intimité, évitait cet écueil. Ce qui est sûr, c’est que, dans ses œuvres, il n’a jamais dit un mot des vers de
Mécène. Il l’appelle un savant hommCj docte Mœcenas; de tous ses ouvrages il ne parle que d’une histoire en prose qui n’était pas encore commencée et qui probablement ne fut jamais finie; il pouvait la louer sans se compromettre. Cette réserve prudente ne paraît pas avoir blessé Mécène, ce qui prouve que c’était un homme d’esprit qui n’avait rien des petitesses d’un auteur de profession ; elle fait honneur aux deux amis.
Ce qui présentait plus de péril pour Horace, c’était le mélange qu’on trouvait dans le palais de l’Esquilin de gens du monde et de gens de lettres. Ces deux sociétés ne sont pas toujours d’accord entre elles et risquent de se heurter quand on veut les faire vivre ensemble. Chez Mécène, les gens du monde appartenaient à la plus haute aristocratie de Rome; c’étaient des personnes d’un goût exquis, connaissant et respectant tous les usages, fort asservis à la mode du jour et la faisant quelquefois. Ils ne pouvaient s’empêcher de plaisanter quand ils voyaient leurs voisins, les gens de lettres, manquer à ces coutumes sacrées qui sont pendant quelques mois des lois rigoureuses pour devenir aussitôt après des vieilleries ridicules Ce crime impardonnable, les pauvres poètes le corn mettaient quelquefois sans s’en apercevoir. Ils n’obéissaient pas toujours aux règles que le maître avait tracées dans son livre sur sa toilette {de Cultu suo)\ ils arrivaient mal peignés, mal chaussés, mal vêtus; iis portaient du linge usé sous une tunique neuve ils n’avaient pas pris le temps de bien ajuster leur