‹ Nouvelles promenades archéologiques:Chapitre 18 sur 94 · Epist.y I · texte numérisé non relu

Epist.y I

aises, et qui souhaitait être tranquille, ne devait pas faire, dans ces endroits agités, un fort long séjour. Sa fantaisie satisfaite, il revenait au plus vite dans sa paisible maison des champs, et je me figure que ces quelques semaines de fatigue la lui faisaient trouver plus agréable et plus douce.

On s’aperçoit bien, quand on lit avec soin ses œuvres, que son affection pour sa campagne va sans cesse en grandissant. Au début, quand il y avait passé quelques semaines, le souvenir de Rome se réveillait dans sa pensée. Ces grandes villes, qu’on déteste, quand on est forcé d’y vivre, il suffit d’en sortir pour les regretter! L’esclave d’Horace, le jour où, abusant de la liberté des saturnales, il dit à son maître tant de vérités désagréables, ne manque pas de lui reprocher de ne jamais se plaire où il est :

Romæ rus optas, abscntem Yillicus urbcm Tollis ad astra levis

Lui-même s’en voulait beaucoup de son inconstance; il s’accusait « de n’aimer que Rome quand il était à Tibur, et de songer à Tibur, dès qu’il se trouvait à Rome^». Il finit pourtant par se guérir de cette légèreté qui l’impatientait. C’est un témoignage qu’il se rend dans l’épître qu’il adresse à son fermier, et où il essaye de le convaincre qu’il n’est pas nécessaire, pour être heureux, d’avoir un cabaret dans son voisinage. « Quant à moi, lui dit-il, tu sais que je suis aujourd’hui conséquent avec moi-même, et que je ne

1 Sal.y II, 7, 28. — 2. Epist.y i, 8, 12.

m’éloigne (Fici qu’avec tristesse toutes les fois que d’odieuses affaires me rappellent à Rome F » Sans doute il s’arrangeait pour séjourner de plus en plus dans sa maison de campagne; il espérait qu’un jour pourrait venir où il lui serait possible de ne plus guère la quitter; il comptait sur elle pour porter plus légèrement le poids des dernières années.

Elles sont lourdes, quoi qu’on fasse, et l’àge ne vient jamais sans amener beaucoup de tristesses. C’est d’abord une nécessité qu’on laisse, quand la vie se prolonge, beaucoup de ses amis sur la route. Horace en a perdu auxquels il était très tendrement attaché; il a eu le malheur de survivre dix ans à Tibulle et à Virgile. Que de regrets n’a pas dû lui coûter la mort du grand poète dont il disait « qu’il ne connaissait pas d’âme plus candide que la sienne et qu’il n’avait pas de meilleur ami^! » Le grand succès qu’obtint l’œuvre posthume de Virgile ne dut le consoler qu’à moitié de sa perte, car il regrettait en lui l’homme autant que le poète. Mécène aussi, qu’il aimait tant, lui donna de grands sujets*de tristesse. Ce favori de l’empereur, ce roi de la mode, dont tout le monde enviait la fortune, finit par être très malheureux. On a beau prendre toute sorte de précautions pour s’assurer du bonheur, fuir les affaires, chercher le plaisir, amasser des richesses, s’entourer de gens d’esprit, réunir autour de soi tous les agréments de l’existence, les ennuis et la douleur, quelque effort qu’on fasse pour leur fermer la porte, trouvent le moyen d’entrer. Ce qu’il y a de plus triste, c’est que Mécène fut d’abord

Page 1