‹ Nouvelles promenades archéologiques:Chapitre 19 sur 94 · Epist,y I, 14, 17. — 2. Sat.f i · texte numérisé non relu

Epist,y I, 14, 17. — 2. Sat.f i

iTiallicurcLix par sa faute. Il avait eu le tort, — un homme si prudent et si sage ! — d’épouser sur le tard une coquette et d’en devenir très amoureux. Elle lui donna des rivaux, et parmi eux l’empereur lui-même, dont il n’osait pas être jaloux. Lui, qui avait tant ri des autres, il donnait aux Romains la comédie à ses dépens. Son temps se passait à quitter Térentia et à la reprendre : (( Il s’est marié plus de cent fois, disait Sénèque, quoiqu’il n’ait eu qu’une femme L » A ces tracas intérieurs se joignirent les maladies. Sa santé n’avait jamais été bonne; l’âge et les chagrins la rendirent plus mauvaise. Pline nous dit qu’il passa trois années entières sans pouvoir dormir^. Comme il supportait mal la souffrance, il désespérait ses amis par ses plaintes. Horace, qu’il entretenait toujours de sa fin prochaine, lui répondait en beaux vers : « Toi, Mécène, mourir le premier! toi, l’appui de ma fortune, l’ornement de ma vie! Les dieux ne le permettront pas et je n’y veux pas consentir. Ah! si le destin, hâtant ses coups, me ravissait en toi la moitié de mon être, que deviendrait l’autre? Que ferais-je désormais, odieux â moi-même et ne me survivant qu’à demi^? »

Au milieu de ces tristesses, Horace lui-même se sentait vieillir. C’est une heure grave que celle où l’on se trouve en présence de la vieillesse. Cicéron, qui s’en approchait, voulut se donner du cœur par avance, et, comme il se consolait de tout en écrivant, il composa son de Senectictc, livre charmant, où il

1. Sen.^ Episl.y li i, 6. 2. Pline, llisl. nat,, vu, 51 (52). —

Carm.f ii, 17, 3.

essaye de parer de quelques grâces les dernières années de la vie. Il n’eut pas à faire usage des consolations qu’il s’était préparées, et l’on ne sait si, le moment venu, elles lui auraient paru suffisantes. Je crains bien que cet esprit si jeune et si plein de vie ne se fût résigné qu’avec peine aux décadences inévitables de l’âge. Horace, non plus, n’aimait pas la vieillesse, et il en a fait un tableau assez morose dans son Art poétique. Il avait d’autant plus de motifs de la détester, qu’elle était venue pour lui d’assez bonne heure. Dans un de ces passages, où il nous fait si volontiers les honneurs de sa personne, il nous dit que ses cheveux blanchirent vite^; pour comble de disgrâce, il avait beaucoup grossi, et, comme il était de petite taille, son embonpoint lui allait fort mal. Auguste, dans une de ses lettres, le compare à ces mesures de liquides qui sont plus larges que hautes ^ Si, malgré ces signes trop évidents, qui l’avertissaient de son âge, il avait tenté de se faire illusion à lui-même, il ne manquait pas de gens pour le détromper. C’était le portier de Néère, qui ne laissait plus entrer son esclave, affront qu’Horace était forcé de supporter sans se plaindre. <( Mes cheveux qui commencent à blanchir, disait-il, m’avertissent de ne pas chercher de querelle. Je n’aurais pas eu tant de patience du temps de ma bouillante jeunesse, sous le consulat de Plancus^. » Puis, c’était Néère elle-même qui refusait de venu* quand il l’appelait; et cette. fois encore le pauvre poète se rési-

1. Episl.» I, 20, 2i. — 2. Suclone, Vila Hor., p. 47 (ed Reiferscheid). — 3. Carm.y ni, 14,25.

LA MAISON DE CAMPAGNE D’HORACE. 6l

pnant d’assez bonne grâce trouvait après tout qu’elle avait raison et qu’il était naturel que l’amour préférât la jeunesse à l’âge mûr :

Abi

Quo blandæ juvenum te revocant preces *.

Heureusement, ce n’était pas un mélancolique comme ses amis Tibulle et Virgile. Il avait même sur ce point des opinions très differentes des nôtics. Tandis que nous avons pris l’habitude, depuis Lamartine, de regarder la tristesse comme un des éléments essentiels de la poésie, il croyait, au contraire, que la poésie a le privilège de nous empêcher d’être tristes: « Un homme que protègent les Muses, disaitil, jette aux vents qui les emportent les soucis et les chagrins^. » Sa philosophie lui avait appris à ne pas se révolter contre les maux inévitables. « Quelque pénibles qu’ils soient, on les rend plus légers en les supportant^.)) Il acceptait donc avec résignation la vieillesse, parce qu’on ne peut pas s’y soustraire et qu’on n’a pas encore trouvé le moyen de vivre longtemps sans vieillir. La mort elle-même ne l’effrayait pas ; il n’était pas de ceux qui s’en accommodent tant bien que mal â la condition de ne s’en occuper jamais. Il conseillait au contraire d’y penser toujours. « Ne comptez pas sur l’avenir. Croyez que le jour qui vous éclaire est le dernier qui vous reste à vivre. Le lendemain aura plus de charme pour vous si vous n’espériez pas le voir. ))

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