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pas séduit. Il faut croire que, lorsqu’il la visita plus tard lui-même, son plaisir fut aussi vif, et que la réalité confirma toutes les illusions du rêve. La Sicile est un de ces beaux pays où les déceptions ne sont pas à craindre et qui répondent à tout ce qu’on peut attendre d’eux.
Nous avons la bonne fortune, assez rare, de savoir en quel état à peu près Virgile a dû la trouver. D’ordinaire on connaît mal la situation des provinces romaines; personne presque ne nous parle d’elles: tous les yeux étaient alors fixés sur la capitale, et ils n’aimaient pas à se détourner vers les pays qui l’entouraient. Mais, par suite d’un événement particulier, quelques années avant l’époque d’Auguste, l’attention générale s’était un moment arrêtée sur la Sicile. Un grand seigneur, qui la gouvernait au nom du peuple romain, l’ayant, selon l’usage, très rudement traitée, ses administrés l’attaquèrent devant les tribunaux de Rome. Ils furent soutenus par le parti démocratique, qui, dans la personne du préteur concussionnaire, voulait déconsidérer toute sa caste, et Cicéron se chargea de le poursuivre. Les procès de ce genre étaient fort communs en ce moment, et, une fois qu’ils étaient jugés, on n’en gardait pas le souvenir. Grâce au talent de l’orateur, celui de Verrès est devenu immortel. Les discours de Cicéron se sont par bonheur conservés, et ils abondent en détails curieux sur la situation de la Sicile. Puisons à cette source intarissable pour savoir ce qu’elle était en ce moment et l’effet qu’elle pouvait produire sur les Romains qui allaient la visiter.
Nous voyons d’abord que, bien que la population
ÉNÉE EN SICILE
de la Sicile eût des origines très diverses, un des éléments dont elle se composait avait à peu près absorbé tous les autres, et qu’une seule langue, la langue grecque, dominait dans l’île entière. Seulement les Romains étaient frappés de voir que les Grecs de ce pays ne ressemblaient pas tout à fait à ceux qu’ils rencontraient ailleurs. Ils avaient, comme tous leurs compatriotes, beaucoup de finesse et d’agrément dans l’esprit, le goût de la dispute, surtout celui de la raillerie : « Dans leurs plus grandes épreuves, dit Cicéron, ils trouvent toujours quelque occasion de plaisanter ^ ; » mais de plus ils étaient sobres et laborieux, deux qualités qu’on ne trouvait pas au même degré chez les habitants de la Grèce propre et de l’Asie^. Cicéron ajoute qu’ils avaient bien accueilli la domination romaine. Ils s’associaient volontiers aux négociants de Rome, qui leur apportaient leurs capitaux et leur industrie, et ils exploitaient leurs terres en leur compagnie, comme ils ont depuis exploité leurs vignobles et leur soufre avec des Allemands et des Anglais. Ce n’est pas qu’ils eussent pour les Romains une affection particulière, mais ils sentaient qu’il leur était impossible de se passer d’eux ; ils comptaient sur leur secours pour échapper à un péril dont ils ne pouvaient pas se tirer tout seuls. La culture des céréales était la grande industrie de la Sicile, et là, comme ailleurs, les paysans étant devenus rares, il avait fallu les remplacer par des esclaves : nous savons que les gens riches en possédaient des milliers. Ces esclaves n’étaient pas établis