‹ Nouvelles promenades archéologiques:Chapitre 38 sur 94 · Il, Verr., iv, 43. — 2. ii, Fer/’., ii · texte numérisé non relu

Il, Verr., iv, 43. — 2. ii, Fer/’., ii

dans des villages ou disséminés dans des fermes, comme le sont chez nous les gens qui travaillent les champs ; la Sicile ne devait pas posséder alors plus de villages et de fermes isolées qu’elle n’en a de nos jours. On les rassemblait en grandes troupes, comme ces laboureurs que nous voyons faire les semailles ou la moisson dans les plaines de l’Italie méridionale ; mal nourris, peu vêtus, durement traités, ils étaient menés à l’ouvrage par des qui devaient res-

sembler beaucoup aux caporali d’aujourd’hui. Ils travaillaient les fers aux pieds, et, pendant le jour, la surveillance du villicus les empêchait de communiquer entre eux. Mais le soir, dans ces campements provisoires où on les entassait, il leur était facile de se concerter. C’est ainsi qu’il éclata en quelques années deux révoltes qui épouvantèrent le monde. On vit un Syrien et un Cilicien, à la tête de plus de soixante mille pâtres ou laboureurs, tenir en échec des généraux romains, dévaster la province et verser à flots le sang des hommes libres. Depuis ce moment, les Siciliens vivaient dans une sorte de terreur perpétuelle. On avait fait des lois qui défendaient, sous peine de mort, aux esclaves de porter jamais aucune arme sur eux, et ces lois étaient observées avec la dernière rigueur. « Un jour, dit Cicéron, on apporta un sanglier énorme au préteur Domitius. Surpris de la grosseur de l’animal, il voulut savoir qui l’avait tué. On lui nomma le berger d’un Sicilien ; il ordonne alors qu’on le fasse venir ; le berger accourt, s’attendant à des éloges et à des récompenses. Domitius lui demande comment il a tué cette bête formidable. « Avec un épieu, » répond-il. A l’instant le prêteur

ÉNÉE EN SICILE

le fit mettre en croix ^ » Depuis quelques années, à ce fléau toujours menaçant il s’en était joint un autre. Des flottes de pirates, parties de la Cilicie, couvraient la Méditerranée. Leurs vaisseaux légers passaient entre les escadres qu’on envoyait pour les surveiller et se jouaient des lourdes galères romaines. On les vit un jour entrer par bravade dans le port même de Syracuse, et, après avoir fait le tour des quais, sortir tranquillement, sans qu’on osât les poursuivre ^ Contre tous ces dangers, les Siciliens avaient besoin de l’appui de Rome; aussi s’étaient-ils toujours montrès, depuis la fin des guerres puniques, des sujets soumis. Ils ne cessaient de faire des avances à leurs vainqueurs, et Cicéron remarque avec quelque surprise que beaucoup d’entre eux prenaient des noms romains, ce qui semblait indiquer qu’ils voulaient renoncer à leur ancienne nationalité pour accepter celle de leurs nouveaux maîtres^. Les deux races commençaient donc à se mêler ensemble et déjà se préparait cette assimilation de la Sicile avec l’Italie qui de nos jours est devenue si complète.

Ce n’est pas que Rome ait toujours accordé aux Siciliens une protection bien efficace. Elle choisissait quelquefois, pour les gouverner, des gens qui remplissaient fort mal leurs fonctions et qui pillaient ceux qu’ils auraient dû défendre. Verrès, en gardant pour lui l’argent destiné à l’entretien de la flotte, en

1. Il, Verr.y v, 3. — 2. ii, Ferr., v, 37. — 3. ii, Ferr., v, 43. Ce fut Antoine qui, après la mort de César, donna le droit de cité romaine à toute la Sicile. Il prétendit avoir trouvé le décret qu’il pul)lia dans les papiers du dictateur, mais Cicéron croit que les Siciliens l’avaient payé pour le fabriquer.

la mettant sous les ordres du mari de sa maîtresse, qui était aussi mauvais amiral que mari complaisant, l’avait livrée aux pirates. Lui-même ne s’était occupé, dans les deux années de sa préture, qu’à remplir ses coffres ou ses galeries. Il avait mis en vente toutes les charges municipales de la province, fait payer aux laboureurs deux fois plus d’impôts qu’ils n’en devaient, et confisqué, sous prétexte de crimes imaginaires, la fortune des personnes les plus distinguées et les plus riches. « La Sicile, disait Cicéron, est aujourd’hui tellement affaiblie et perdue qu’elle ne retrouvera jamais son ancienne prospérité L » C’était une prédiction, et elle s’est accomplie à la lettre. L’Empire donna sans doute à la Sicile, comme au reste du monde, la paix au dehors et la sécurité intérieure. Pendant près de trois siècles on n’entendit plus parler des pirates. Il y eut encore quelques révoltes d’esclaves, par exemple celle de Selurus, qu’on appelait le fils de VEtna, parce qu’il avait longtemps couru et dévasté les environs de cette montagne. Strabon le vit dévorer par les bêtes, dans le grand cirque de Rome, à la suite d’un combat de gladiateurs. (( On l’avait placé, dit-il, sur un échafaudage très élevé qui figurait l’Etna. Tout à coup l’échafaudage se disloqua, s’écroula, et lui-même fut précipité au milieu de cages remplies de bêtes féroces qu’on avait mises au-dessous ^ » Ces tentatives, comme on voit, étaient vigoureusement réprimées et elles ne prirent jamais le caractère terrible de celles d’Eunus et d’Athénion. Cependant, malgré le calme dont la

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