Ferr., i actiOy 4. — 2. Strabon, vi
ÉNÉE EN SICILE
province a joui sous TEmpire, elle ne parvint jamais se relever ^ N’est-il pas étrange que la paix, qu’elle a tant souhaitée et si peu connue, n’ait pas pu lui rendre un moment cette prospérité , cet éclat, cette intensité de vie, cette gloire des lettres et des arts, dont elle avait été favorisée d’une façon si merveilleuse pendant qu’elle se débattait dans d’effroyables désordres?
Il lui restait heureusement ce qu’elle tenait de la nature, ce que rien ne pouvait lui ôter : les richesses d’un sol inépuisable, dans une petite étendue une étonnante variété de sites, des montagnes pittoresques, des côtes bien découpées, un climat d’une admirable sérénité, qui frappait de surprise même des Italiens : c( On prétend, disait Cicéron, qu’à Syracuse il n’y a pas de journée si sombre que le soleil n’y luise quelques instants^. » Ajoutez-y tous ces phénomènes volcaniques mentionnés si complaisamment par Strabon, et qui causaient d’autant plus d’admiration qu’on savait moins les expliquer; ces sources brûlantes qui jaillissent de terre, ces montagnes qui jettent des torrents de feu ou de boue, ces flammes qui courent capricieusement sur les flots, ces îles qui sortent tout d’un coup de la mer et qui s’y replongent, enfin tous ces spectacles extraordinaires dont on rendait compte par des légendes, faute d’en savoir
1. Les empereurs semblent s’être découragés de s’occuper d’elle. Elle est un des rares pays où l’on n’a pas retrouvé de ces bornes milliaires qui sont si fréquentes ailleurs, ce qui semble montrer que les grandes routes n’y existaient pas ou qu’elles n’étaient pas réparées par l’autorité publique. Voyez les réflexions que fait Mommsen à ce propos {Corp. inscript, lat. X, p. 714). — 2. Il, Verr.y v, 10.
la raison, et qui donnaient à la Sicile la réputation d’étre un pays de merveilles.
Ce n’était pas là pourtant ce qui attirait surtout chez elle les voyageurs. L’auteur d’un poème sur l’Etna se plaint qu’on ne se dérange guère pour admirer les grands spectacles de la nature, tandis qu’on traverse les terres, qu’on passe les mers, qu’on se donne mille peines lorsqu’il s’agit de contempler des tableaux célèbres ou de vieux monuments L Les curieux allaient donc voir Agrigente ou Syracuse comme Athènes ou Corinthe : ils venaient y visiter les chefsd’œuvre de l’art grec. Il est sûr que leur attente n’était pas trompée, et qu’ils ne devaient pas regretter leur voyage. Songeons que tous ces édifices, dont les débris nous étonnent, quoique nous n’en ayons plus que le squelette, étaient alors intacts et complets. Les temples conservaient leurs frontons et leurs frises sculptées; le vent et la pluie n’avaient pas rongé les cannelures des colonnes; elles étaient couvertes d’une couche de stuc assez forte pour les protéger, assez légère pour ne pas les alourdir, semblable à ces draperies transparentes qui dessinent si parfaitement les formes des statues antiques. Les métopes produisaient tout leur effet, placées au-dessus des colonnes, à l’endroit même pour lequel on les avait faites, au lieu d’être, comme aujourd’hui, rangées le long des murs d’un musée. Il faut ajouter que toute cette architecture dorique, qui nous paraît si majestueuse, si grave, était alors relevée et comme égayée par des couleurs que le temps a effacées. On sait aujourd’hui que les