Il, Verr.f iv
ÉNÉE EN SICILE
les connaisseurs, ou ceux qui croyaient l’être, les admirateurs de l’art grec, qui savaient qu’elle était au moins aussi riche en monuments anciens que la Grèce ou l’Asie. Le voyage était sans doute moins commode et moins rapide qu’aujourd’hui, mais peut-être se faisait-il plus aisément qu’il y a quelques années. Cicéron rapporte que, lorsqu’il voulut dresser l’acte d’accusation de Verrès, il parcourut l’île entière en cinquante jours, « de façon à recueillir tous les griefs des villes et des particuliers]^ », ce qui suppose qu’il y avait alors des moyens assez faciles pour se transporter d’un endroit à l’autre. Aussi voyait-on beaucoup de Romains se mettre en route pour la Sicile. Dans les VerrineSj toutes les fois que l’orateur parle de quelque ville importante ou de quelque monument fameux, il paraît supposer qu’il y a, dans son auditoire, des personnes qui les connaissent.
C’est là précisément ce qui nous cause une certaine surprise : nous sommes étonnés qu’il y ait eu tant de gens à Rome qui aient pris la peine d’aller si loin pour voir de beaux édifices et de riches musées. Longtemps les Romains avaient affiché un souverain mépris pour les arts et, à l’époque même dont nous nous occupons, les magistrats en exercice, les orateurs qui voulaient paraître sérieux, affectaient de n’avoir jamais entendu parler des grands artistes de la Grèce; mais c’était une comédie : en réalité, ceux mêmes qui se donnaient le plaisir d’écorcher à la tribune le nom de Praxitèle ou de Polyclète commençaient à payer très cher leurs ouvrages, et l’on venait de voir, à