Verr.f prima act.j
206 NOUVELLES PROMENADES ARCïiÉOLÔGîQtJES.
Rome, un bronze de moyenne grandeur vendu publiquement 120000 sesterces (24000 francs), le prix d’une fermer Verrès se trouvait être un de ces Romains que Fart grec avait séduits; mais, comme il se mettait au-dessus des préjugés et qu’il ne se piquait pas de pratiquer les vertus anciennes, il avait le courage d’avouer ses goûts et ne se gênait pas pour les satisfaire. Ce fut un grand malheur pour lui d’être envoyé en Sicile : la vue des chefs-d’œuvre dont ce pays était plein enflamma sa passion et la porta à tous les excès. J’imagine que, devant nos tribunaux, cette sorte de fureur dont il était atteint pour les objets d’art lui mériterait peut-être quelque indulgence; à Rome, au contraire, elle contribua beaucoup à le perdre. S’il s’était contenté de prendre l’argent des provinciaux, il aurait causé moins de scandale : c’était un crime alors fort commun et Ton s’y était accoutumé; mais voir un Romain qui se donnait tant de mal pour voler des statues et des tableaux, voilà ce qui n’était pas habituel, et l’indignation s’augmentait par la surprise. Un crime aussi extraordinaire paraissait indigne de pardon.
Le portrait que Cicéron trace de Verrès doit être fidèle; je remarque que certains détails de cette figure n’ont pas cessé d’être vrais ; c’est un original dont nous connaissons des copies. Il ne suffit pas de dire qu’il avait le goût des œuvres d’art, il en avait la manie. Cicéron rapporte que, quelques jours avant qu’on jugeât son procès, il assistait à une fête donnée par un riche Romain, Sisenna, où l’on avait sorti,