‹ Nouvelles promenades archéologiques:Chapitre 44 sur 94 · Il, Verr,, iv · texte numérisé non relu

Il, Verr,, iv

ÉNÉB Eiy SICILE.

pour faire honneur aux invités, toutes les curiosités que possédait le maître de la. maison. Verrès avait un grand intérêt à paraître indifï'érent à ce spectacle. Il lui importait de cacher sa folie pour ne pas donner raison à ses accusateurs; mais il ne put passe contenir : il lui fut impossible de ne pas s’approcher de ces richesses étalées pour les regarder de plus près, pour les toucher, pour les manier, à la grande frayeur des esclaves, qui connaissaient sa réputation et ne le perdaient pas de vue/. Quand un objet lui plaisait, il ne pouvait plus s’en passer : c’était une maladie. Il demandait à l’emporter pour quelques jours et ne le rendait plus. Souvent il proposait de l’acheter, et d’abord le propriétaire refusait : « Les Grecs, dit Cicéron, ne vendent jamais volontiers les objets précieux qu’ils possèdent » Mais Verrès était maître absolu de la province; il avait mille moyens de perdre ceux qui ne se montraient pas complaisants pour lui. Après avoir prié, il menaçait, et les malheureux finissaient par s’exécuter en gémissant. Voilà comment il lui arriva de ne donner que 6500 sesterces (1300 francs) pour quatre statues de maîtres et de payer 1600 sesterces (320 francs) le Cupidon de Praxitèle^. C’était un vol manifeste; Verrès l’appelait simplement une bonne affaire. Ce mot est commode pour déguiser un marché douteux; les collectionneurs l’emploient volontiers; rien ne leur plaît tant que de ne pas payer un objet ce qu’il vaut: ils y trouvent, en même temps qu’une économie, une satisfaction de vanité. Quand il s’agissait de dépouiller

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