Il, Verr., iv
ÉNÉE EN SICILE
de faux antiques. Il avait à Syracuse des ateliers où des ouvriers habiles travaillaient pour lui, et il y passait des journées entières, vêtu d’une tunique brune et d’un manteau grec^ C’est encore un goût assez ordinaire aux collectionneurs : il leur semble que par ces réparations et ces restaurations, en se permettant d’achever ou de modifier les œuvres des maîtres, ils se font leurs collaborateurs, et leur amour s’accroît pour des ouvrages où ils ont mis quelque chose d’euxmêmes.
Cicéron ajoute, comme dernier trait, que Verrès était en somme fort ignorant et peu capable d’apprécier par lui-même tous ces chefs-d’œuvre qu’il entassait. Il avait à ses ordres deux artistes grecs fort expérimentés, qui étaient chargés de le renseigner. « Il voit par leurs yeux, dit Cicéron, et prend par ses mains » Les amateurs ne sont pas toujours des connaisseurs; ce qui ne les empêche pas d’aimer avec fureur des objets dont ils ne comprennent pas tout le prix, car on sait que les passions les moins éclairées sont quelquefois les plus fortes. Celle de Verrès s’augmentait de ce qu’il y avait d’ordinaire de violent et de grossier dans l’âme des Romains. C’étaient toujours des soldats et des paysans ; la Grèce avec ses raffinements n’était pas parvenue à détruire ce fond de barbarie et de brutalité qu’ils tenaient de la nature, et il leur arrivait encore d’unir les emportements du sauvage aux goûts délicats du civilisé. Supposons qu’uu amateur de ce caractère possède une autorité sans li< miles, qu’il se trouve en pays vaincu, avec des sujets