U y in Verr.y iv, 23. — 2. Ibid.yXo
210 NOUVELLES PROMENADES ARCHÉOLOGIQUEô
soumis à ses pieds et des flatteurs empressés autour de luij il perdra vite la tête et se croira tout permis. C’est cette ivresse du pouvoir absolu, dans une nature détestable, jointe à un mélange malsain de Piomain et de Grec, qui, sous l’Empire, a produit Néron ; Verrès fut une ébauche de Néron sous la République.
Heureusement pour la Sicile, les Romains qui venaient s’établir chez elle ne ressemblaient pas tous à Verrès. Pour revenir enfin à Virgile, que nous avons depuis trop longtemps quitté, il n’est pas douteux qu’il n’ait été, lui aussi, très sensible aux beautés de l’art grec. Soyons assurés qu’il n’a pu parcourir sans une vive émotion des villes comme Sélinonte, Agrigente ou Syracuse; il a certainement visité leurs temples et leurs théâtres, admiré les statues et les tableaux qui leur restaient après les larcins du terrible préteur; mais lui au moins s’est contenté d’admirer. On peut croire que le souvenir des monuments qu’il avait vus en Sicile lui revenait à la pensée lorsqu’il avait à décrire des édifices semblables. N’avait-il pas dans l’esprit Agrigente ou Ségeste, quand il nous parle de ces temples « qui s’élèvent sur un rocher antique et dont cent colonnes soutiennent le faîte ^ » ? Ne se rappelait-il pas les riches colorations dont j’ai dit un mot tout à l’heure, lorsqu’il nous dépeint ces toits magnifiques où l’or étincelle, aurea tecta^'^ Cependant je suis tenté de penser que, comme il était surtout venu chercher le repos en Sicile, il fut encore plus touché des agréments du climat et des beautés
1. ni, 84 : saxo structa vetusto; — vu, HQ : contum sublime çolumnis. — 2. vi, 13,
ÉNÉE EN SICILE
de la nature. Je m'imagine qu’il dut choisir quelque part, dans un site gracieux, le long de ces montagnes qui descendent vers la mer, une demeure solitaire où il pouvait travailler, sans être distrait, à sa grande épopée. La Sicile avait pour lui le mérite de rappeler la Grèce. Jeune encore, il avait exprimé dans des vers célèbres le bonheur qu’il éprouverait à parcourir les belles vallées de la Tbessalie ou de la Thrace et à voir les jeunes filles de Sparte bondir sur les hauteurs du Taygète :
O ubi campi,
Sperchiusque, et virginibus baccata Lacænis Taygeta* !
On est fort étonné qu’il n’ait entrepris ce voyage si souhaité que dans la dernière année de sa vie; il est probable que la Sicile lui fit prendre patience. La Sicile, c’était la Grèce aussi, mais une Grèce plus voisine de lui, plus à sa portée, et qui surtout était presque italienne : c’était pour Virgile une grande raison lie l’aimer. Aussi a-t-il fait beaucoup d’efforts pour la rattacher tout à fait à l’Italie; il affirme qu’elle en a fait primitivement partie, et qu’en réalité elle lui appartient, quoiqu’elle soit grecque d’apparence et de langage. « Ges lieux, nous dit-il, furent autrefois secoués et bouleversés par des convulsions profondes. Les deux terres ne faisaient qu’une, quand la mer furieuse se fraya entre elles un passage et les sépara par ses flots. C’est ainsi qu’elles furent détachées vio-