‹ Nouvelles promenades archéologiques:Chapitre 60 sur 94 · L . Thuillici · texte numérisé non relu

L . Thuillici

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OSTIE ET LAVINIUM

ritalie. «L’Italie! s’écrie le premier Achale. — L’Italie! » reprennent tous ses compagnons, en la saluant d’un cri joyeux. Le cœur bat de plaisir à Énée quand il aborde pour la première fois le pays que les destins lui promettent et que sa race doit rendre si glorieux. Mais ce n’est pas de ce côté qu’il peut y pénétrer : la terre qu’il a sous les yeux est tonie grecque et peuplée d’ennemis; il se contente d’y passer une nuit furtivement et continue sa route le long du golfe de Tarente. Plus tard, après son séjour à Carthage et en Sicile, où un autre fugitif de Troie, Aceste, lui donne l’hospitalité, il s’arrête à Cumes pour consulter la sibylle et descendre aux enfers. Mais ce n’est pas encore l’endroit où il doit se fixer; il faut qu’il se rembarque et qu’il se dirige vers ces terres du Latium « qui semblent toujours fuir devant lui ». Enfin, après qu’il a touché à Misène, à Palinure, à Caiète, pour y ensevelir les compagnons qu’il a perdus, et doublé le promontoire où l’enchanteresse Gircé tient sa cour, il arrive à l’embouchure du Tihre.

« Déjà la mer se colorait des rayons du jour et l’au*» rore montait à l’horizon sur son char de rose. Tout à coup, les vents tombent, la brise cesse de souffler, et il faut lutter avec les rames contre l’onde immobile. Alors Énée aperçoit sur la rive un bois touffu ; au milieu, coule le Tibre, au cours riant, qui traîne ses sables jaunes et avec des tourbillons rapides se jette dans la mer. Alentour et au-dessus de ses eaux, des oiseaux aux couleurs variées, hôtes habituels du bois et du fleuve, enchantaient l’air de leurs accents et voltigeaient parmi les arbres. Énée ordonne à ses

matelots de se diriger de ce côté et de tourner les proues vers la terre, puis il pénètre joyeusement dans le lit ombragé du Tibre ^ »

J’ai plus d’une fois parcouru cette côte, où, par une matinée de printemps, débarqua le pieux Énée, et j’avoue que le spectacle que j’ai eu sous les yeux n’est pas tout à fait celui que Virgile vient de dépeindre. Le Tibre continue à tourbillonner sans bruit en rongeant ses rives et à rouler ses eaux jaunes vers la mer, mais les arbres sont rares sur cette plage désolée et je n’ai guère entendu les oiseaux y chanter. Au lieu de ce tableau d’idylle, on a devant soi un paysage monotone et silencieux qui fait naître dans l’âme une impression de tristesse et de grandeur. 11 en était autrement du temps de Virgile, et il faut croire que, s’il a orné sa description de couleurs si riantes, c’est qu’il nous a dépeint ces lieux comme il les voyait. Près de l’embouchure du Tibre s’élevait Ostie, le vieux port de Rome, qui gagnait tous les jours en importance à mesure que les rapports de l’Italie avec les pays étrangers devenaient plus fréquents. Le moment approchait où la grande ville, incapable de se nourrir, allait être forcée de demander sa subsistance aux contrées voisines, l’huile à l’Espagne, le blé à l’Afrique et à l’Égypte. Toutes les denrées du monde commençaient à prendre le chemin d’Ostie, qui devenait de plus en plus riche et populeuse. C’est alors que Virgile l’a visitée; il a vu le Tibre comme l’avaient fait ces négociants enrichis qui venaient chercher un peu de fraîcheur et de re-

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