‹ Nouvelles promenades archéologiques:Chapitre 61 sur 94 · Æn., Yii · texte numérisé non relu

Æn., Yii

OSTIE ET LAVINIUM

pos sur ses bords, après les fatigues de la journée. Tout ce pays avait alors un aspect bien différent de celui que dix siècles d’abandon et de solitude lui ont donné. L’île sacrée, entre Porto et Ostie, est devenue un désert où paissent quelques bœufs sauvages, et que le voyageur ose à peine traverser ; c’était alors un lieu très fréquenté, où le préfet de Rome, avec une partie de la population, venait célébrer des fêtes brillantes On nous dit que le sol y formait toute l’année un véritable tapis de verdure, qu’au printemps il y poussait tant de roses et de fleurs de toute sorte, que l’air en était embaumé et qu’on l’appelait le séjour de Vénus ^ Les rives du Tibre, jusqu’à Rome, étaient couvertes sans interruption de belles villas : « Il en a plus à lui seul, dit Pline, que tous les autres fleuves réunis^. » Aux approches de la grande ville, il était bordé de jardins délicieux, où les grands seigneurs aimaient à réunir leurs amis des deux sexes dans des festins joyeux pendant lesquels on s’amusait à voir les bateaux descendre et remonter le fleuve^. On ne peut douter que Virgile n’ait assisté plus d’une fois à ces divertissements de l’aristocratie romaine, et il y songeait sans doute en décrivant, comme il l’a fait, dans le huitième livre, le voyage qu’entreprend Énée pour aller à la ville d’Évandre. On ne saurait imaginer de navigation plus agréable : « Les vaisseaux glissent sur les eaux; le fleuve s’étonne, la forêt regarde avec surprise ce spectacle, nouveau

1. Voyez ce que dit Wernsdorf de ces fctes qui se célébraient à Ostie, dans la préface du Pervigilium Veneris (Poelœ lat. minores, éd. Lemaire, II, p. 485). — 2. Ilist. nat., iii, 5 (9). — 3. Properce, i, 14.

pour elle, de boucliers étincelants et de navires aux couleurs brillantes qui nagent sur les flots. Les rameurs travaillent sans relâche, ils s’avancent au milieu des longs détours du Tibre; ils passent sous une voûte d’arbres épais, et il semble que leur proue fend les forêts dont l’image se reflète sur l’eau tranquille L » Si l’on excepte les sinuosités du fleuve paresseux, il n’y a plus rien aujourd’hui qui ressemble à ce tableau séduisant. Un vieil écrivain, antérieur de plus d’un siècle à Virgile, et qui vivait sans doute à une époque où le travail de l’homme n’avait pas encore transformé cette nature ingrate, parle bien autrement que lui. Il représente Énée saisi de tristesse à la vue de ce pays que lui cède Latinus et où il lui faut vivre désormais. € 11 était fort mécontent, nous dit-il, d’être tombé sur une terre si aride et si sablonneuse : ægre patiebatur in eum devenisse agrum macerrimum litorosissimiinique'^. » Cette phrase énergique représente à merveille l’aspect du pays tel que nous le voyons aujourd’hui. Quand, du haut d’un de ces tertres formés par l’amoncellement des ruines, nous jetons les yeux autour de nous, il nous est impossible de ne pas plaindre ce pauvre chef troyen, qui vient de quitter les riches campagnes de l’Asie, et à qui les dieux ont fait payer par tant’de fatigues et de périls la possession de quelques lieues de sable.

Virgile lui prête d’autres sentiments ; il le représente enchanté du spectacle qui s’offre à lui et tout

1. Æn., vin, 91. — 2. Servius, inÆn., i, 7. Ce sont les paroles de l’historien Fabius Maximus.

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joyeux J'aborder sur celte rive inconnue. C’est qu’il espère qu’il est enfin arrivé au ternie de son voyage et que la terre qu’il va fouler est celle où les destins le conduisent. Mais, quand on connaît le pieux Énée, on peut être certain qu’il ne se fiera pas légèrement à ses espérances. Avant de commencer à fonder un établissement solide, il attendra que les dieux lui aient montré par des signes manifestes qu’il ne se trompe pas; pour qu’il ait pleine confiance, il faut qu’ils lui prouvent à deux reprises, par deux prodiges successifs, qu’il est dans le pays où il doit rester. Ces prodiges, que Virgile raconte en détail, ont dans son œuvre un caractère particulier. Ils étonnaient déjà les critiques de l’antiquité, ils surprennent encore plus les lecteurs modernes^ et ont donné lieu à de grandes discussions. Puisque nous sommes précisément sur le terrain où ils se sont produits, occuponsnous d’eux un moment.

On sait quelle place tient la religion dans VÉnéide^ et que cette religion est, pour l’essentiel, celle d’Homère. Je ne puis pas raconter ici comment il s’est

1. Voltaire craint tellement qu’on ne les trouve ridicules, qu’il éprouve le besoin d’excuser Virgile de les avoir racontés. « N’est-il pas vrai, dit-il, que nous permettrions à un auteur français, qui prendrait Clovis pour son héros, de parler de la sainte ampoule, qu’un pigeon apporta du ciel dans la ville de Reims pour oindre le roi, et qui se conserve encore avec foi dans cette ville? Tel est le sort de toutes ces anciennes fables, où se perd l’origine de chaque peuple, qu’on respecte leur antiquité en riant de leur absurdité. Après tout, quelque excusable qu’on soit de mettre en œuvra de pareils contes, je pense qu’il vaudrait encore mieux les rejeter entièrement : un seul lecteur sensé que ces faits rebutent mérite plus d’être ménagé qu’un vulgaire ignorant qui les croit. »

fait que les dieux de la Grèce et de Rome, qui à l’origine ne se ressemblaient pas, ont fini par se coniondre. Les amis des lettres grecques aidèrent sans doute beaucoup à cette confusion ; dans tous les cas, ils en ont été fort heureux : elle leur permettait, lorsqu’ils composaient quelque œuvre poétique, de faire agir ou parler Jupiter et Minerve comme Zeus ou Athéné, et d’imiter franchement ces chefs-d’œuvre dont leur imagination était charmée. Il n’y a pas de doute que Virgile ne l’ait acceptée aussi très volontiers : il aimait trop Homère pour ne pas saisir avec empressement toutes les occasions de se rapprocher de lui. On voit pourtant qu’il a cherché à conserver de quelque façon à sa mythologie un caractère national, et c’est là son originalité parmi les poètes de son pays. D’abord, il est visible que, lorsqu’il emprunte une fable aux poètes grecs, il s’efforce d’en placer le lliéâlre dans quelque coin de la terre italienne. Au lieu d’évoquer les morts sur un champ d’asphodèles, dans une île inconnue de l’Océan, comme fait Ulysse, Enée descend aux enfers près du lac Averne, à l’endroit où les gens du pays placent une entrée du Tarlare. La demeure où Vulcain forge les armes divines n’est plus à Lemnos, mais près de la Sicile, dans une de ces îles volcaniques « d’où l’on voit jaillir des feux qui ressemblent à ceux de l’Etna^ ». Tisiphone, quand elle a fini son œuvre de discorde, et qu’elle veut quitler la terre, se précipite dans le lac d’Amsanctus, qui exhale des vapeurs empestées Enfin Junon, qui veut regarder de près les derniers

1 Æu., VIII, 410. — 2. Æn , vu, 563.

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combats de Turnus et d’Énée, quitte l’Olympe et se place sur les hauteurs du mont Albain, où s’éleva plus tard le temple célèbre et national de Jupiter Latiaris ^ C’était une façon de rattacher à l’Italie cette mythologie étrangère et d’y intéresser tous les Romains en la rapprochant d’eux. Mais il a voulu faire plus encore. L’invention de la religion hellénique n’avait pas supprimé toutes les anciennes fahles des peuples italiens; quelques-unes survivaient, attachées à des villes ou à des temples dont elles expliquaient la naissance. Elles étaient grossières, comme le peuple qui les avait créées, et les gens du monde, qui trouvaient qu’elles rappelaient la rusticité des aïeux, s’en moquaient volontiers. Virgile était plus respectueux pour elles ; leur antiquité les lui rendait chères et il pensait qu’ayant bercé l’enfance du peuple romain, elles avaient le droit de figurer dans un poème qui racontait ses origines. Sans doute, ce n’était pas une entreprise aisée que de les mettre à côté des fables homériques, si élégantes d’ordinaire et si gracieuses, et elles risquaient beaucoup d’y faire une pauvre figure; mais ce péril n’arrêta pas le poète, et il voulut précisément qu’Énée, à son premier pas dans le Latium, fût pour ainsi dire accueilli et salué par une vieille légende latine.

1. Æn., XII, 134. Il est curieux, à ce propos, de noter à quel point Horace et Virgile ont des tendances contraires : tandis que le patriote Virgile, qui lient à donner une couleur latine aux fables grecques, semble vouloir confondre l’Olympe avec le mont Albain, Horace, à qui ce souci est fort indifférent, se moque de ceux qui veulent identifier le mont Albain avec le Parnasse et qui prétendent en faire le séjour des Muses : Dictitet Albano Musas in monte locutas {Episl.^ ii, 1, 27).

nouvelles promenades ARCliÉOLOGIQÜES.

« Les Troyens, nous dit-il, venaient d’attacher leurs vaisseaux aux rives verdoyantes du Tibre. Énée, avec les principaux chefs et le bel Iule, se reposent sous les branches d’un arbre élevé. Ils préparent leur repas ; et d’abord, sous les mets dont ils doivent se nourrir, ils placent des gâteaux de pur froment (c’était Jupiter lui-même qui leur suggérait cette idée) , puis ils chargent de fruits champêtres cette table composée des produits de Gérés. Il arriva que, tous ces mets étant épuisés, leur faim, qui n’était pas rassasiée, les contraignit d’attaquer ces légers gâteaux. Ils les prennent à la main, obéissant aux destinées, ils les portent à leur bouche et ne ménagent pas leur surface large et ronde : « Ah! s’écrie Iule en plaisantant, voilà que nous màngeons aussi nos tables! » Il n’en dit pas davantage; mais cette parole suffit pour annoncer aux Troyens la fin de leurs maux. Énée la recueille aussitôt de la bouche de son fils, et frappé de l’accomplissement de l’oracle, il la médite en silence. Puis, tout d"un coup : « Salut, s’écria-t-il, terre que les destins m’ont promise! et vous aussi, salut, fidèles Pénates de Troie! voici votre demeure, voici votre patrie ! Mon père Anchise (je m’en souviens aujourd’hui) m’a révélé autrefois les secrets de l’avenir . « Mon fils, me disait-il, lorsque, arrivé sur des rivages inconnus, la faim le forcera, après avoir épuisé tout le reste, à dévorer aussi tes tables, espère alors une demeure fixe, et souviens-loi de tracer en ces lieux l’enceinte d’une ville nouvelle. » Voilà donc cette faim terrible qu’on nous annonçait! Oui, nous venons de subir la der-

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iiière épreuve qui doit mettre un terme à nos courses errantes ^ »

Heyne, qui, ayant passé sa vie à commenter Virgile, fait ordinairement profession de Tadmirer beaucoup, ne peut s’empêcher ici d’être scandalisé. Cette légende des tables mangées lui semble « tout à fait ridicule et indigne de la majesté du poème épique ». Il faut reconnaître qu’elle a le caractère d’une fable de paysans; ils aiment assez à raconter de ces histoires qui paraissent d’abord terribles et se terminent d’une façon presque plaisante. Celle-là était sans doute ancienne et se redisait depuis longtemps dans les cabanes des laboureurs du Latium^. Virgile est allé l’y chercher, et, loin de l’en blâmer, comme Heyne, je crois qu’il faut le féliciter d’avoir eu le courage de l’introduire dans son poème, d’autant plus qu’il n’ignorait pas que beaucoup de ses lecteurs en seraient choqués. Il connaissait, lui aussi, ces railleurs et ces sceptiques auxquels s’adresse Ovide, lorsque, au moment de parler du vieux Janus et de ses surnoms ridicules, il leur dit : « Vous allez rire. » Il a même fait des efforts visibles pour les désarmer :

1. Æn.j VII, 107.— 2. Il est vraisemblable que certains rites du culte des Pénates lui avaient donné naissance. Il était d’usage d’offrir à ces petits dieux les prémices des repas, et on les leur présentait sur des tranches de pain qu’on appelait mensœ paniceœ. Naturellement, elles étaient sacrées, et il fallait supposer une terrible famine pour qu’on osât y toucher. Manger les paniceæ voulait donc dire simplement souffrir d’une de ces grandes disettes qui forcent à ne rien respecter. Telle devait être l’origine de la prédiction faite aux Troyens et qui les effrayait tant. La bonhomie ingénieuse des paysans latins trouva le moyen que raconte Virgile pour accomplir l’oracle à peu de frais.

nous voyons bien qu’il cherche à préparer ces beaux esprits malins à celte histoire rustique et à les familiariser avec elle. Afin qu’ils soient moins surpris quand ils l’entendront raconter, il la fait annoncer plusieurs fois d’avance^; il charge de ce soin les Harpies, vieilles divinités grecques, grossières et un peu grotesques, tout à fait propres à cet office. Quant au récit lui-même, je viens de le citer tout entier, et il est facile de voir avec quelle adresse il est fait. On n’y trouve pas de ces petites malices, comme il y en a chez Ovide, qui sont destinées à prouver que le poète n’est pas dupe de l’histoire qu’il raconte et qu’il en sourit le premier; tout y est simple et sérieux. Il faut pourtant remarquer le rôle qu’on donne à Iule dans cette affaire; c’est lui qui s’aperçoit qu’on a mangé les tables et qui le dit. Dans une autre bouche, ce propos pourrait surprendre ; il convient à un enfant chez qui ces petites observations sont naturelles. Sans qu’il y paraisse, Virgile s’y est donc pris avec beaucoup d’habileté pour nous faire accepter cette légende naïve.

L’autre était plus importante et jouissait dans le pays d’une plus grande popularité. La première aventure, que nous venons de raconter, assurait Enée qu’il avait enfin mis le pied sur la terre qui lui était promise,

1. On vient de voir que, dans le récit de Virgile, Énée ne parle que d’Anchise; c’est lui seul qui lui a prédit qu’il en viendrait à manger ses tables. Il est donc vraisemblable que la prédiction des Harpies a été ajoutée plus tard par le poète. Je ne crois pas qu’il soit téméraire de supposer, comme je viens de le dire, que Virgile ne l’a fait que parce qu’il craignait le mauvais effet que pouvait produire son récit sur quelques lecteurs et qu’il voulait le jusliüer et les y préparer d’avance.

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et lui ordon ait de faire un premier établissement à l’endroit même cù il venait de débarquer. Mais ce n’était pas la le terme de sa fortune. Les Troyens ne resteront pas dans cette sorte de camp retranché qu’ils vont construire à l’embouchure du Tibre; ils doivent en sortir pour s’avancer à de plus grandes conquêtes, s’enfonçant de plus en plus dans l’intérieur du pays, et bâtissant, chaque fois qu’ils s’arrêteront, une ville nouvelle. Cette marche, dont Rome est le but, il faut qu’Énée la connaisse : il mérite d’être mis dans les secrets de l’avenir, car il se donne assez de mal pour le préparer. S’il ne travaillait que pour lui, il y a longtemps qu’il se serait fixé sur quelque terre tranquille pour y terminer en paix son existence agitée. Mais il se doit à ses descendants, il ne faut pas qu’il les prive des pays sur lesquels ils sont appelés à régner et de la gloire qui les attend. N’est-il pas juste que, pour se consoler des fatigues et des périls auxquels il s’expose, il puisse au moins se rendre compte de ce qui doit arriver après lui et entrevoir ces grandes destinées pour lesquelles il prend tant de peine? Voici de quelle manière les dieux lui font connaître l’avenir.

Quand Enée ne peut plus douter de l’hostilité des Latins, il est inquiet de la guerre qui le menace et en proie à mille soucis. Le soir venu, il s’étend sur le rivage, « sous la voûte fraîche des cieux ^ », et ne s’endort qu’après tous les autres, bien avant dans la nuit. Pendant son sommeil, un dieu lui apparaît, « vêtu d’une légère tunique de pourpre aux plis

t, Æ??., VIH, 20,

azuréSj et la tête couverte d’une couronne de roseaux ». Il se nomme: c’est le fleuve même auprès duquel le héros repose, le Tibre chéri du ciel, qui coule à pleins bords le long des plaines fertiles.

Ego sum, pleno quem Rumine cernis Stringentem ripas et pingiiia culta secantem,

Cæruleus Tibris, cœlo gratissimus amnis.

Il commence par redire à Énée, qui ne saurait trop le savoir, que cette terre est bien celle où il doit s’établir : « C’est ici ta demeure assurée; ici doivent se fixer tes Pénates ; » et pour qu’il ne se croie pas le jouet d’un songe, il lui annonce un signe manifeste de la volonté divine : « Sous les chênes qui couvrent ce rivage, tu trouveras une énorme laie étendue, qui vient de mettre bas trente petits; elle est blanche, et ses petits, blancs comme leur mère, sont suspendus à ses mamelles. Cet endroit est celui où s’élèvera la ville que tu dois bâtir (Lavinium) ; c’est le terme de toutes tes fatigues. De là partira plus tard, après trente années révolues, ton fils Ascagne, pour aller fonder Albe, la noble ville, dont le nom rappellera l’origine {Alba, la blanche). Sois sùr que mes prédictions ne te trompent pas. » En effet, Énée trouve, en se réveillant, la laie blanche couchée sur le rivage, avec ses trente petits, et les immole à Junon.

Cette légende, comme la précédente, est une histoire de paysans: le jeu de mots qui en est le fond, et qui explique le nom de la ville d’Albe, en indique assez l’origine. De plus, ces paysans sont des habitants du Latium ; ils apparliennent à un pays dont les

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porcs forment la principale richesse; le vieux Varron parle avec vanité de ceux qull élève dans ses domaines, et il croit flatter ses compatriotes en les appelant des porchers, porculatores italici. On peut dire à la vérité que ces animaux figurent plus avantageusement dans une ferme que dans un poème épique. Homère sans doute ne répugne pas à parler d’eux; cependant lorsque Jupiter, dans VIliade, veut redonner du cœur aux combattants par un présage favorable, il leur envoie d’ordinaire un aigle qui déchire un serpent ou qui tient un faon dans ses serres : l’aigle, il faut bien le reconnaître, a meilleure apparence qu’un porc ou qu’une laie. On a remarqué que Virgile luimême, dans ses Géorgiques^ c’est-à-dire dans un ouvrage où il chantait l’agriculture italienne, n’a pas donné tout à fait à ces animaux la place qu’ils méritaient d’occuper; il ne parle du porc que deux ou trois fois ; encore, dans un de ces passages, a-t-il cru devoir lui attribuer une attitude presque héroïque, qui le dénature entièrement:

Ipse ruit dentesque sabellicus exacuit sus,

Et pede prosubigit terram*.

Nous ne trouvons plus les mêmes précautions timides dans y Enéide, Il n’a pas hésité à y introduire la laie blanche et ses petits, et ne s’est pas demandé ce qu’en penseraient les délicats. Ici encore, il faut lui savoir quelque gré de son courage.

Tout le monde s’accorde à reconnaître que Virgile

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