‹ Nouvelles promenades archéologiques:Chapitre 64 sur 94 · La Grande- Grèce y par François Lenormant · texte numérisé non relu

La Grande- Grèce y par François Lenormant

qui se passe chez nous ! Récemment M. de La Blanchère, qui a séjourné à Terracine et exploré courageusement les marais Pontins, a eu l’occasion d’observer les mêmes usages et de les décrire. Là aussi, les maquis sont déserts pendant la moitié de l’année; au mois d’octobre, les émigrants y arrivent. En général, ce sont les mêmes personnes qui se fixent dans les mêmes lieux. Ils descendent ensemble de l’Apennin et des Abruzzes et viennent reprendre leurs travaux. « Chacun, dit M, de La Blanchère, va trouver sa lestra, c’est-à-dire un essartfait par lui ou par un devancier, — souvent par un ancêtre, car les familles se sont perpétuées pendant des siècles sur le mêmesol. — V ne staccionat a , lice grossière garnie de broussailles, enferme les bêtes; des cabanes en forme de ruches, les gens. Pour son compte, ou pour celui d’un autre, l’occupant exerce un ou plusieurs des mille métiers de la macchia. Berger, vacher, porcher le plus souvent, parfois bûcheron, toujours braconnier et rôdeur, usant de la macchia sans scrupule, comme un sauvage de la forêt vierge, il vit, et de son industrie fait un revenu au maître du sol et au sien, qui lui a confié ses bêles, quand les bêtes ne sont pas à lui. Ainsi se passent six ou sept mois. Juin arrive : les marais sèchent, les mares de la forêt ont tari, les enfants tremblent de la fièvre, les nouvelles du pays sont bonnes. En quinze jours, les chemins sont couverts de gens qui regagnent lamontagne. Famille par famille, lestra par lestra^ la macchia se vide. On ne rencontre que des habitants escortant leurs chevaux, leurs ânes et leurs femmes, chargés de ce qui doit ;’emporter,etbien rares sont ceux que juillet surprend

OSTIE ET LAVINIUM

encore dans ces parages. La foret est abandonnée à vingt espèces de taons et d’insectes qui y rendent la vie impossible L »

C’est à peu près ce qui se passe sur tout le littoral du Latium. J’avoue pourtant qu’à Ostie le tableau m’a paru plus triste que ne le représente M. de La Blanchère. Là, les émigrants sont tous des laboureurs qui viennent ensemencer les terres et faire la moisson. Le soir, ils s’entassent dans des cabanes faites de vieilles planches, avec des toits de chaume. J’en ai visité une, étroite et longue, qui ressemblait à un couloir. Elle n’avait pas de fenêtres et n’était éclairée que parles portes placées aux deux extrémités. L’aménagement était des plus simples. Au milieu, les marmites où se fait la soupe; des deux côtés, dans des soupentes sombres, les hommes, les femmes, les enfants couchent pêle-mêle sur des tas de paille qui ne se renouvellent jamais. A peine est-on entré dans la cabane qu’une odeur fétide vous serre à la gorge; sur la route, l’œil qui n’est pas fait à celte obscurité ne peut rien apercevoir; on n’entend que les gémissements des malades que la fièvre retient sur leur paille et qui se penchent pour demander l’aumône au passant. Je n’aurais jamais cru qu’un être humain pût vivre dans de pareils taudis. Au moins, à Pratica, il y a des maisons dont l’apparence est assez convenable. Elles sont vides une moitié de l’annce et beaucoup trop pleines le reste du temps; mais les émigrants qui s’y pressent n’ont pas à souffrir comme ceux qui croupissent dans les baraques d’Ostie. Le petit village, en

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